Guy Allix, poète

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Hubert Reeves

 

 

Portrait d'Hubert Reeves par mon ami Jacques Basse

 

Né à Montréal, Province de Québec, le 13 juillet 1932.

Inutile de présenter ici l’astrophysicien Hubert Reeves dont on connaît l’œuvre scientifique, l’œuvre de vulgarisation (car c’est bien "faire œuvre" que de vulgariser avec un tel talent) et la grande générosité.

Tout juste peut-on renvoyer le lecteur curieux à son site : http://www.hubertreeves.info

Mais, on le sait moins, comme nombre de vrais scientifiques à la suite d’un Bachelard (nous comptons aussi un Jean-Pierre Luminet), Hubert Reeves est aussi poète et ce bien plus que beaucoup de fervents adeptes des cénacles et salons parisiens. Il lui arrive d’ailleurs d’emprunter aux poètes pour ses titres. Ainsi Patience dans l’azur qu’il doit à Valéry. C’est donc le poète que nous donnons à lire avec son aimable autorisation. 

A voir aussi : http://www.biodiversite2012.org et http://www.roc.asso.fr

 

 

 

 

Au plus lointain, j’ai vu l’explosion fulgurante d’un chaos torride et, dans un océan éblouissant de lumière, un magma de matière informe se répandre.

Puis, sous mes yeux étonnés, de gigantesques masses nébulaires se sont disloquées. Les fragments, s’enroulant sur eux-mêmes, se sont lentement dessinés en spirales bleutées, et tout au long de leurs bras, de fantastiques explosions d’étoiles ont projeté dans l’espace, avec une force inouïe, des moissons d’atomes multicolores.

J’ai observé dans les abysses océaniques des torrents de matière opaque s’éjecter des cheminées volcaniques, et d’immenses colonies d’organismes s’agiter en cadence auprès de cette manne sulfureuse.

J’ai assisté aux combats brutaux de cerfs pour la femelle qui portera leur semence et veillera sur l’avenir de la lignée.

Par ces spectacles, j’ai mesuré la puissance du ferment d’organisation dont la nature est possédée. Et j’ai goûté en moi une saveur exaltante faite d’enthousiasme et de reconnaissance.

Mais quand j’ai été horrifié devant les amas de cadavres dans les camps d’exterminations, j’ai été envahi d’un sentiment de grande perplexité.

Où l’aventure cosmique s’était-elle fourvoyée ? Ou bien n’avais-je pas été simplement le jouet d’une illusion, d’un rêve en couleurs?

Du choc de ces visions contradictoires est née en moi une nouvelle idée de notre existence. Il y a quelque chose à faire de ces quelques décennies que la nature nous accorde : prendre résolument, et sans faillir, le parti d’embellir la réalité.