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Jean Rivet

 

 

Jean Rivet, né à Dreux en 1933, a connu très jeune le monde du travail : d’abord apprenti dans une imprimerie, puis manutentionnaire, il deviendra employé de banque et finira sa carrière comme directeur d’agence. Il a publié une vingtaine de recueils de poésie, un roman et un journal (Dépôt de bilan, Isoète, 1998).

 

Ses livres couronnés, notamment par le Prix Antonin Artaud (1978) ont été salué par de nombreux criques comme Jean Rousselot ou Robert Sabatier.

 

Jean Rivet, fixé depuis longtemps en Basse-Normandie, préside l’association « Rencontres pour lire », à Caen.

 

Il intervient depuis une quinzaine d’années dans les écoles primaires pour parler de poésie aux enfants.

 

Loin des petits salons parisiens, Jean Rivet écrit un œuvre discrète parce qu’exigeante, commencée il y a plus de 40 ans.  Poète attentif et secret, poète fraternel dans la chaleur d’un silence partagé que les prix Artaud ou Poésie 1 qu’il a reçus ne sont pas venus troubler. Dans l’amitié du poème. Ne cherchez pas ici d’effet, d’artifices, de « jongleries de formule ». C’est avec la sobriété des mots nécessaires et une sensibilité rare que Jean Rivet écrit. Une voix proche d’un Jean Follain et ce dès les premiers poèmes.

 

Jean Rivet n’écoute pas, lui, les sirènes du dérisoire et du superflu mais sa propre mélodie intérieure. Il veille simplement. Il fait partie, par delà cette humilité essentielle, de ces veilleurs qui nous sauvent. Osons le dire, Jean Rivet, tant dans ses poèmes pour enfants que dans son œuvre pour adultes, fait partie d’une race en voie d’extinction : c’est un grand poète.

 

 

 

Rue Circulaire premier étage porte droite

quand le chien s'essuyait les pattes sur le tapis

un jour d'amour de terre tendrement mouillée

avec ces flocons sur les arabesques de la fenêtre

Rue Circulaire premier étage le samedi soir

après la fumée des cigarettes ah ces trains que

nous avions aimés ces espoirs cette jeunesse qui

nous prenait à la gorge le samedi soir dans la fumée

des cigarettes dans ces parties de cartes

où le noir sortait souvent

Le samedi soir au lit nous entendions les voisins

du dessus faire l'amour et nous nous demandions

pourquoi il allait falloir abandonner ces quais

de gare ces mots d'amour ce désir qui nous

brûlait et entrer dans les rides laisser

notre enfant l'herbe du plateau d'Avron

les pivoines au soleil couchant les marches

gravies un dimanche après-midi et la lecture

de ces livres dont les pages étaient

marquées à jamais d'une carte hebdomadaire

de métro station Denfert-Rochereau

 

In Chemin d’automne, Le Nouvel Athanor, 2002

 

 

*** 

 

 

Il a dû pleuvoir cette nuit

Ou à l’aube

Alors je choisis du regard une des feuilles

De la vigne qui est derrière la fenêtre

De ma cabane

Et je choisis une feuille

Celle qu’on voit le moins

Et sur cette feuille la goutte de pluie

Celle qui est le plus au bord

Qui va tomber tomber

Et je suis provisoirement cette goutte

Eternelle de pluie qui va s’écraser

 

***

 

 

Derrière la vitre embuée

Il devine le ressac

Ces promeneurs sur la plage

Qui vont ailleurs

Je lui prends alors la main

Comme si nous avions vingt ans

Comme si l’amour n’avait pas de passé

 

 

*** 

 

 

Avant de partir tu as voulu m’embrasser

On t’a expliqué qu’il n’était pas convenable

Qu’une petite fille voie

Son grand-père nu sous la douche

Je me range assez à cet avis péremptoire

D’autant que le sans en rien n’arrangent en rien le corps

Tu t’es alors contentée d’envoyer

Un baiser à l’arbre le plus proche

Dûment rhabillé et t’ayant en vain cherchée

J’ai vu ton regard dans l’arbre

Et l’hiver a commencé à me pénétrer