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Jean-Luc Steinmetz

 

 

 

 

Photo de Guillaume Landemaine

 

 

Jean-Luc Steinmetz, universitaire (spécialiste de Rimbaud entre autres) et poète. Né en 1940, Il a été à l'origine du groupe TXT avec Christian Prigent.

 

Il  a été notre deuxième "poète invité" après l'ami Pierrre Dhainaut.

 

Il habite près de Caen à Clinchamp sur Orne, rue Géo Lefèvre, dans la maison de son grand-père maternel justement appelé Géo Lefèvre (homomyme du créateur du tour de France...), lui-même peintre. J'y suis allé de temps à autre sur mon vélo. Tout en haut de la côte de Clinchamp, Il m'accueillait avec chaleur... et me désaltérait. Puis il m’offrait un livre que je mettais dans mon maillot. Je redescendais un peu plus vite la côte en pensant à Robic et à son bidon rempli de plomb. Dans les montées, en revanche, je regrettais que le livre n'ait pas pris le chemin de la poste et je maudissais mon hôte trop généreux.

 

Heureusement je prenais un peu d'envol ensuite à la lecture du beau cadeau qui avait, au passage, pris l'odeur du maillot du besogneux champion.

 

Depuis L’écho traversé, publié chez Chambelland en 1968, on lui doit de très nombreux ouvrages tant critiques que poétiques.

 

Au cours des années, la parole de Jean-Luc Steinmetz s'est faite plus limpide plus essentiellle.

 

Il vient de publier un très beau recueil : Le jeu tigré des apparences aux éditions du Castor astral et un gros volume critique où sont réunies des études lumineuses sur Rimbaud, Nerval, Mallarmé, Baudelaire, Lautréamont dans une très belle édition (Reconnaissances, éditions Cécile Defaut).

 

On pourra lire sa présentation sur le site Poézibao (voir dans "liens").

 

Jean-Luc vient de recevoir le grand Prix de la Socié des gens de lettres pour son dernier recueil et l'ensemble de son œuvre.

 

 

LE TOUT-VENANT DU JOUR

(extrait)


Des raisons existent
pour qu’un livre soit.
À d’autres
elles peuvent paraître inutiles.
Car de nécessité dans le jour
il n’y a que le jour
destiné à s’effacer
ou brillant, en même temps qu’une nuit dorée
sur l’autre bord.
Et que des pages soient remplies
ne signifie rien de plus
que la présence effective d’un homme
ayant décidé que de lui
viendrait un nouveau sens
— ou se répéterait.
J’ai grande angoisse, j’ai grande joie
de figurer sur ce blanc banalisé,
d’être une touche noire
un dièse
ou déjà parenthèse par atavisme de gens de peu
— les miens, dit-on,
qu’il faut invoquer comme Vénus ou Dieu
au début de l’ode,
ce moins que rien que nous sommes
qui dure, artiste ou fébrile,
sur la portée séculaire.
———


Il est toujours beau de commencer,
de fabriquer cette naissance qui part de soi
d’une main apte à faire des lettres,
à étreindre, à caresser.
Ainsi la volonté trace
à même l’heure et dans l’inorganique aérien
une sorte de ressemblance
où ne se retrouvent ni le port de tête ni les yeux.
Rien qu’une allure sensible
par laquelle rester mémorable.
Mais de celui-là peu de temps on dira
qu’il fut.
Puis un oubli le remisera au rang des pierres
qu’éclaire parfois l’ultra-violet du non-savoir.


Jean-Luc STEINMETZ