Guy Allix, poète

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Jacques Ancet

 

 

 

 

 

Jacques Ancet est né le 14 juillet 1942 à Lyon. Études secondaires et supérieures dans cette même ville. “Lecteur” de français à l’Université de Séville, puis agrégé d’espagnol. A enseigné pendant plus de trente dans les classes préparatoires aux Grandes Écoles littéraires et commerciales avant de se consacrer à son travail d’écrivain et de traducteur près d’Annecy où il réside.

 

 

Parmi son abondante bibliographie on signalera dans les ouvrages récents :

 

La chambre vide, Lettres Vives, 1995

L’imperceptible, Lettres Vives, 1998

Vingt-quatre heures l’été, Lettres Vives, 2000

La cour du cœur, Tarabuste, 2000

Le jour n’en finit pas, Lettres Vives, 2001

La brûlure, Lettres Vives 2002

Le fil de la joie, La Porte, 2003

La dernière phrase, Lettres Vives, 2004

Un morceau de lumière, Voix d’encre, 2005

Diptyque avec une ombre, Arfuyen, 2005 (Prix Charles Vildrac 2006 de la SDGL et Heredia de l’Académie Française)

Sur le fil, Tarabuste, 2005

L’heure de cendre, Opales, 2006

Entre corps et pensée, anthologie d’Yves Charnet, L’Idée Bleue/Ecrits des Forges, 2007

Journal de l’air, Arfuyen, 2008

 

Jacques Ancet est aussi l’auteur d’un nombre important d’œuvres en prose et de traductions.

 

Il est traduit en plusieurs langues.

 

 On pourra consulter le n° 37 de la revue NU(E), numéro coordonné par Serge Martin et consacré à Jacques Ancet, avec des contributions de Béatrice Bonhomme, Gaspard Hons, James Sacré, Bernard Vagaftig etc.

 

 

Sites : le site de Jacques Ancet et le blog de Jacques Ancet

 

J'aime que Jacques Ancet ait appris l'éphémère et l'oubli. Sa poésie est toute de questionnement et d'interrogation sur l'écriture même, et donc à hauteur de poésie justement, quand tout se renverse et qu'il faut "déterrer la lumière".  C'est là que l'on peut retrouver "le bruit du monde". 

 

 

           

Déterrer la lumière

 

 

 

 

Que veut dire lumière ? Et poésie ? Les noms ne désignent qu’une énigme. Je répète : lumière, poésie. Quelque chose bouge, s’éclaire. Je regarde dehors. Je vois l’éclat, les choses – je vois la lumière. Mais la poésie ? Rien d’autre que le mot. Et rien pour le poser.

 

 

 

La chute obscure dans la blancheur. Aucun bruit, pourtant. Seul celui des pages où se prennent des images. Pour ce qui est des voix, elles résonnent mais n’ont pas de sens. Pas plus que la brume qui gomme le paysage. Restent les losanges de la clôture et quelques feuilles arrêtées au bord du vide. Et le regard que rien ne vient plus remplir. Quelqu’un compte quelque part –– ou quelque chose. Une sorte de silence rythmique. Un goutte-à-goutte mais sans les gouttes. Je m’arrête. J’attends : l’addition, la soustraction, peu importe. Je regarde mes ongles.

 

 

 

 

 Ce qui se retire m’emplit les yeux, me reste sur l’estomac, s’arrête dans ma gorge. Inutile de vouloir mettre les doigts : vomir n’est pas une solution. Dans le liquide et l’odeur je ne trouverais que moi.

 

 

           

J’ai appris l’éphémère et l’oubli, les jours qui ressemblent aux jours, l’enthousiasme et l’ennui, l’angoisse toujours dans le noir du sommeil. Je regarde ce que je ne vois pas, je touche ce que je ne sais pas. Je suis au centre d’une explosion immobile dont tout s’éloigne infiniment.

 

 

 

 

Les pierres se serrent comme si elles avaient froid. Autour, une sorte de cendre au ras du sol. Avec un cri traînant, un silence fragile. Je cherche sans trouver (je ne sais pas ce que cherche). Le plafond pèse de tout son poids et le jour sur les vitres. Comment dire cette attente sans visage ? Sur la table, oranges et pommes dans un plat. Pour quel peintre absent ? J’ouvre la main. Que pourrait-elle saisir qu’elle ignore ? Et mes yeux arrêtés sur ce qu’ils croient connaître ?

 

 

 

Le scalpel tranche la peau. Le sang suinte. Dans la cour des voix et le ciel toujours noir. Chaque instant, en équilibre. Et moi, immobile, à écouter : un cri, un grignotement tenace.

 

–– Où es-tu ?

–– Là.

–– Je ne te vois pas.

–– Pas besoin de se voir.

 

Je voudrais continuer, mais tout vacille. L’heure, le jour, la rue, le verre sur la table, le visage dans la glace… Les certitudes, il y a longtemps qu’elles se sont écroulées. Je suis soudain au cœur d’un présent brutal, grelottant, comme si j’ouvrais les yeux pour la première fois.

 

 

 

Alors je déterre la lumière. Je lui rends sa splendeur. Je retrouve soudain le chien fidèle de mon ombre couché à mes pieds. Je reprends mon souffle. J’ouvre les bras et tout s’y loge : l’espace, la violence et la douceur, le ciel blanc, la stupeur de la montagne, un bougé de feuilles, le cri passant d’invisibles oiseaux, la douleur et le chant, l’amour et ce qui nous déchire. Je ris. L’air me traverse. Je traverse l’air. Nous sommes le même éclat, la même transparence.

 

 

Extrait de Chronique d’un égarement, inédit.