Guy Allix, poète

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Indécence

« Dans quel monde nous vivons… »

 

« J'ai grand respect pour la démocratie, j'ai grand respect pour le droit de manifester, mais quand j'entends les slogans de manifestations de ces derniers jours d'une petite partie de la Fonction publique d'Etat, je me demande s'ils se rendent compte de la gravité de la crise. Que des gens viennent de bonne foi nous demander en réponse à la crise d'embaucher davantage de fonctionnaires et davantage d'emplois publics, je me demande s'ils ont bien compris dans quel monde nous vivons. » (Nicolas Sarkozy, 23 octobre 2008)

 

Monsieur le Président, nous sommes effectivement un certain nombre, nous aussi, à nous demander si vous avez bien compris dans quel monde nous vivons. Dans quel monde surtout vivent et vivront ceux qui, par manque de moyens, sont ou seront plus tard exclus de l’école et donc de la société, à cause de vos coupes budgétaires dans l’Education nationale (mais nous pourrions aussi parler d’autres secteurs comme la justice où le manque patent de moyens là aussi conduit à des aberrations et à des décisions iniques comme c’est de plus en plus le cas, les magistrats débordés n’ayant plus les moyens d’exercer leur tâche et de consulter suffisamment leurs dossiers…). J'ose ajouter que pour beaucoup de ces exclus, ils se retrouveront un jour,  tôt ou tard, dans des prisons surpeuplées indignes de notre pays et qui conduisent à un grand nombre de suicides.

 

Je me demande si vous avez bien compris  dans quel état se trouve aujourd’hui l’Education nationale. Pourriez-vous enseigner une seule petite heure dans un collège classé ZEP ? Là, il ne s'agit pas de s'en sortir avec des balivernes et des miroirs aux alouettes ?

 

Passons... tout cela ne vous concerne en rien. Vous vivez effectivement dans un autre monde où vous ne risquez rien, Monsieur le Président, ni vous, ni vos proches, ni les enfants de vos proches qui fréquentent et fréquenteront les établissements protégés et pourront se payer autant de cours particuliers qu'il le faudra. Quant à nous, nous n’avons pas tout compris mais nous croyons savoir qu’un pays qui abandonne son effort d’éducation, de recherche et de culture est voué au déclin. Mais il est vrai que quand vous entendez le mot « culture »(1)…

 

Par ailleurs, je vous l’avoue, Monsieur le Président, je n’ai pas compris dans quel monde vous vivez. Je ne suis seulement jamais monté dans un yacht…. Et je ne peux et je n’ai nulle  envie, comme la plupart des concitoyens que vous devriez normalement représenter, de bien connaître le cynisme de ce monde-là, qui justement, par ses spéculations a entraîné cette crise que vous évoquez.

 

"J'ai grand respect" pour la démocratie mais "j’ai grand respect" aussi pour mes concitoyens. Et je m’indigne quand je vois que celui-là même qui, le premier, devrait avoir pour eux ce respect peut, à ce point, les mépriser jusqu'à les ignorer... voire insulter l’un d’entre eux dans la rue.

 

Monsieur le Président, "j’ai grand respect" pour les fonctions que vous occupez mais je n’ai pas bien compris en quoi vous en êtes digne.

 

Guy Allix, enseignant, écrivain

 

(1) Bien entendu, les points de suspension ici ne signifient en rien des rapprochements qui seraient bien outranciers avec le régime nazi. Mais souvenons-nous bien, en même temps, qu'il y a aujourd'hui des moyens bien plus efficaces que le révolver pour réduire la culture au silence.

 

Réagissez à ce point de vue.

Guiall@aol.com

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