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Gilles Lades
Né en 1949 à Figeac. Professeur de Lettres.
A récemment publié :
_Lente lumière, L’Amourier, 2002
_Le temps désuni, Sac à mots, 2005
_Personne perdue, Gros Textes, 2007
Anthologie des poètes du Quercy, Le Laquet, 2001.
Prix Froissart 1987 et Antonin Artaud 1994.
Gilles Lades affronte les métamorphoses intérieures dans un itinéraire d’où la référence au lieu est rarement absente.
Une poésie profondément attachée à la terre, à cette terre tout à la fois rude et intrasigeante de sa région avec “l’idée du seul poème/dressé comme un sapin/ dans la pente infinie”. Ce poème-là nous retient effectivement, il est notre rampart, notre garde-fou contre la bêtise immense qui nous mène vers le grand vide définitif. A lire avec delicatesse, avec exigence. Chaque mot doit être dûment pesé.
*
La pente noire dévorée cachée
par un peuple de chats
pattes et pattes qui vont toucher
la terre de tous les tombeaux
l’humus la roche le chemin
déjà blanchis
la vallée vouée à ton silence
à ton frisson qui s’arrête à mi-mort
à l’étrange paix de la clôture sans limite
du ciel qui tombe en semaison de lettres
livres ouverts pulvérisés
fragments de phrases tous égaux indifférents
que le vent même a quittés
neige ô neige ô la voûte du temple
ouverte à ce vertige indécidable
au don multiplié du singulier
foule qui nous effleure sur la face
avec tout l’infini de son salut
la foudre lente d’un chemin possible
*
Des visages dans une église
éclairés d’attente
un aveu de mère
une sombre journée froide
et ses piqûres d’insignifiance
un horizon interdit
par les mêmes lances croisées
la forêt rousse
eternelle
la main du brouillard dont on sait qu’elle bouge
des villages sortis de soi
reconnus à leur blancheur mortelle
et ramenés brûlants au cœur
des profils après des voix
un porche aux arômes de gouffre
un livre où le poète mort
bondit verbe au clair
l’enfant que l’on est
invariable à trois pas
un jour imaginé
dans le jardin solaire
l’idée du seul poème
dressé comme un sapin
dans la pente infinie
***
Certains soirs le soleil fait gloire à toutes les collines
et le vent
comme un vieillard qui laisse tomber les bras
permet que montent bruits et cris
autant de lignes d'horizon
que de vies dans le chœur intime
on imagine que même les crimes cessent de souffrir
sous leurs mètres de terre
et l'on travaille à plein cœur
de soleil prime en gris pesant
un chant d'oiseau creuse la lisière
loin
dans les bleus épargnés
un clocher fini comme un doigt d'enfant
fait signe
à tous les regards qui furent
***
De la brume au plein jour
la lumière devient si juste
que l'année pourrait continuer sans passer par l'hiver
chaque forme
voisine avec la joie de respirer
nul objet n'est si pauvre de sens
qu'on pourrait le désirer ailleurs
pourtant
rien n'est résolu dans les mille collines
et les chênes retardent leurs feuilles
pour cueillir au plus bas les sèves
l'ombre, prenant tout arbre pour pivot
parachève l' inventaire du soleil
quelque part un poète va trouver sa voix
comme une eau fracturée
redevient sonore au faible d'une pente