Guy Allix, poète

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En  cours d'élaboration...

 

Je dédie cette page à Esther et Tristan qui la liront sur mes genoux quand ils étaient petits. Je la dédie aussi à Robinson en espérant aussi le tenir un jour dans mes bras.

 

  

 

Cette page est destinée aux petits princes et petites princesses pour qu'ils découvrent leur poème dans ce beau désordre. Mais aussi à Papa, à Maman, à la maîtresse ou au maître.

Donner un poème à un enfant, c'est le faire entrer dans un pays qui ouvre les portes du rêve et de la vie. Donner un poème à un enfant, c'est partager l'amour mais c'est aussi lui apprendre l'indispensable fantaisie. Voici de premiers textes. D'autres suivront très vite, avec peut-être la collaboration de tous  (voir en fin de page).

Les références sont souvent manquantes mais elles apparaîtront peu à peu.

A découvrir en vagabondant et en donnant du temps au temps.

 

 

Une mouche

Une mouche a mouché

Les chandelles

De la chapelle.

 

Le chapelain choqué

Pourchassa

Dans la chapelle

La mouche qui moucha des chandelles.

Mais la mouche échappa,

Echappa

Au chasse-mouches.

 

Échappa

Au, chasse-mouches

Du chapelain qui louche.

P. Coran. Comptines pour ne pas chuinter, éd. Casterman

***

 

Connaissez-vous ?

 

Connaissez-vous cet astre noir

Aux huit rayons vils et velus ?

Au bout d'un fil s'est laissé choir

Sur les étoiles du talus.

 

Avec des halos de dentelle

Entre les herbes irisées,

Il tisse vite son ombrelle

Où viendra rire la rosée.

 

Plus d'un céleste voyageur

S'y embarrasse l'aileron.

L astre bondit, le crime au front,

Et le poignarde, droit au cœur.

Alain Debroise, Mon premier livre de devinettes

***

 

Pour Esther et Tristan

 

Je fus un père sans père

Et sans repère

Un père sans patrie

Un père sans passé

Je ne fus pas

Même l’ombre d’un père

 

Il n’y eut que cet amour pour mes enfants

Et pour leur avenir

 

Il n'y eut que cet amour qui n’est pas une patrie

Mais le vœu d’un autre monde sans frontière

Et sans haine

 

Guy Allix

 

***

 

La seconde et le siècle

Tu as trois secondes

trois années

trois siècles

pour poser la question

 

une seule

 

trois secondes

c'est trop court

trois années

trop long

trois siècles

 

je ne serai plus là

 

trop tard

les trois secondes sont passées,

 

Yvon Le Men, Ouvrez la porte au loup, Folio cadet or, poésie Gallimard

 

***

L'alphabet

Quand tu apprends l'alphabet

ne laisse pas tomber une lettre

car si elle se blesse

tu ne trouveras plus le mot pour appeler

 

quand tu apprends l'alphabet

et que le Z te paraît bien loin du A

demande à ta maman une chanson

pour finir le chemin

 

quand tu apprends l'alphabet

n'oublie pas le W

car même s'il est le plus costaud

il ne sort pas souvent et se sent un peu triste

 

quand tu apprends l'alphabet

rappelle-toi qu'avec vingt-six lettres

om peut faire beaucoup de mots

et ru pourras les partager

avec tes parents, tes amis, tes secrets

Yvon Le Men, Ouvrez la porte au loup, Folio cadet or, poésie Gallimard

 

***

 

 

Le Loup

 

 

Ouvrez, ouvrez la porte au loup

petites fées des contes

cachées dans l'âme des enfants

ils ne sont féroces que poussés par la faim

comme les hommes

dont les mains creusent des trous dans la pierre

pour chercher le grain

 

ouvrez, ouvrez la porte au loup

petites fées des contes

cachées dans l'âme des parents

qui souffrent trop

quand l'homme est un loup pour l'homme

 

ouvrez, ouvrez la porte au loup

petites fées des contes

et racontez-nous d'autres histoires

où la joie donne des ailes

et la forêt des nids

dans lesquels nous pouvons nous endormir

en paix

Yvon Le Men, Ouvrez la porte au loup, Folio cadet or, poésie Gallimard

 

***

 

les crapauds

 

en été les crapauds dinent très tôt

à croupetons dans leurs jabots baveux

servis par des têtards

 

puis très sérieux ils hurlent des gros mots

jusqu'à très tard

 

pendant ce temps dans leurs salons de nénuphars

dames crapaudes pondent

des petits déjà tout vieux

futurs fêtards

Jean-Louis Maunoury, Bêtes à bon dieu, revue Offset n° 12/13

 

***

 

orangs-outans

 

l'orang-outan et l'orange-outane sa chère moitié

sont des singes vraiment étranges

avec leur pelage orange et leurs bras longs jusqu'à

leurs pieds

 

ils mangent en rotant et en proutant

ils se lèchent sans se gêner où ça les démange

vous pouvez les regarder c'est pas ça qui les dérange

 

en plus ils font où ça les arrange

et ils ne changent jamais de linge

de sorte qu'ils puent comme des harengs

 

vautrés dans leur fange ils sont toujours contents

ils n'arrêtent pas de rire aux anges

tout en se chouchoutant

 

oui vraiment l'orang-outan est un dégoûtant

et l'orange-outante

une dégoûtante

Jean-Louis Maunoury, Bêtes à bon dieu, revue Offset n° 12/13

 

***

 

un escargot

 

 

il pleut

je.sors tout habillé

 

un escargot me regarde étonné

un oeil dressé à bout de corne

et l'autre descendu

 

c'est qu'il n'a jamais vu

quelqu'un sortir de sa coquille

sans être tout nu

 

Jean-Louis Maunoury, Bêtes à bon dieu, revue Offset n° 12/13

 

*** 

Au revoir la terre

 

 

Bleu - nuit

Ils flottent dans le ciel

Un train

Un camion

Une carriole

 

Au revoir la terre, au revoir la terre !

Des notes de musique qui font broum broum

Pas de route précise

 

Dans tous les sens

Au revoir la terre, au revoir la terre !

 

Le cocher a le ventre qui gargouille

Les voyageurs font signe : à bientôt !

l'oiseau a l'air surpris

 

Au revoir la tere, au revoir la terre !

 

Anata Cuadros, 10 ans

 

***

 

 

Le petit clown blanc de la lune

 

 

Le petit clown blanc de la lune

Joue du violon, bat du tambour,

Jongle avec des noyaux de prunes,

Des diamants, des pommes d'amour,

Dans la douce nuit de velours.

 

Le petit clown blanc de la lune

Se balance au ciel en rêvant ;

Par-dessus la mer et les dunes,

Il se laisse bercer au vent

Sur son grand trapèze volant.

 

Le petit clown blanc de la lune

Me regarde au fond de la nuit.

Il console mes infortunes,

Il me sourit, pâlit et puis

Le petit clown s'en va sans bruit.

Jacques Charpentreau, Le Clown, éditions Motus

 

***

 

Fantôme d’oiseau

 

Le fantôme d’un oiseau

Dans le fantôme d’une cage

Jouait de la clarinette et du piston

Tandis que je te parlais doucement à l’oreille

De nos amours anciennes

Qui n’avaient jamais existé

Avec des mots d’amour inoubliables

Qui s’envolaient doucement

Dans l’air léger

 

Joseph Bodson


 ***

Le petit dix heures

 

 

 

Il est bon que l’on ait

Un poème pour la route

 

Qu’on le choisisse beau

Qu’on l’aime et l’emmitoufle

Comme un biscuit d’enfant

Caché avec amour

Dans un recoin secret

Sous l’écharpe et les moufles

 

Compagnons de voyage

Ils auront tout leur temps

Qu’on les garde soumis

Pour la petite faim

Car elle peut surgir

Un moment comme un autre

Sans que sonnent dix heures

Du soir ou du matin

 

                                                                                    Pierre Guérande

  *** 

 

Le chat Pacha

 

 

Sancho Pança

De la gouttière

Le chat Pacha

Chassait les rats

Un rat pas sot

Flatta le chat

 

 

Chat de gouttière

Ou bien d'ailleurs

Peux-tu passer

En moins d'une heure

Dedans le chas

D'une aiguière

 

De l'aiguière

Ou bien d'ailleurs

Le chat peu chaud

S'y essaya

Pour son malheur

Il s'y coinça

 

Cossu pansu

Le chat Pacha

Aurait voulu

Flouer le rat

Mais c'est le rat C

'est incongru

 

Qui tu l'as vu

 Floua le rat

Jeannine DION-GUERIN

 

 

***

 

 

On a volé la mer

 

Mais où est donc passée la mer

Dans le brouillard pas de repère

Le ciel a envahi la terre

Et sur la terre était la mer

 

 

Désemparée nue comme un ver

Je me blottis dans cette sphère

Rien que du gris rien que le fer

Mais où est donc passée la mer

 

 

Y a pas de haut y a pas de bas

Ni de devant ni de derrière

Y a pas de sens y a que c'qu'y a

Une noyée au fond d'un verre

 

 

Jeannine DION-GUERIN

 

***

 

Un petit clavecin...

 

 

Un petit clavecin bavardait comme un trou

Tout béat et transi, à genoux dans la brune

 

Et moi je l'écoutais

Caché dans la poubelle

Et je comptais comptais

Les pas nous séparant

Séparant de l'aurore.

 

Emeric de Montenard

 

*** 

 

Am Stram Gram

A toi mon âme

Où se trame

Dans mon sommeil

Si je n'y veille

Un filigrane

D'amertume

 

Et pour cette tune

D'amertume

Que je hume

Insolemment

D'un coup de vent

Mon mât se braque

 

Et je m'y colle

Et je m'y pique

Repique et colle

Un gramme de folie

Dans un morne

Epigramme

 

A toi ma nuit

Refuse d'égrener

Comme gangrène

Le chapelet de l'ennui

 

Pique, pique et trame

Les gammes de ta vie

Jeannine DION-GUERIN

 

 

***

 

 

 

Le jour se lève

 

Après s’être couché

Toute la nuit

Les oiseaux à l’unisson

Lui souhaitent la bienvenue

Derrière un petit amas de nuages

Le soleil encore engourdi

De sommeil

Le salue le sourire aux rayons

La rosée lave les brindilles

La brise secoue les rameaux

Cajole les ormes

Les mots un à un s’étirent

Les phrases baillent

Le verbe semble chercher sa voie

L’harmonie sort de sa torpeur

Le jour se dresse

Après s’être étendu

Toute la nuit

Dans son lit d’obscurité

 

Ahmed El lnani

 

***

 

Entre les plis de la pluie,

les premières encres                                  

sèchent encore au verger                                 

et déjà tu reconnais l’oiseau                            

à son empreinte sur le vent,                           

à ce chant en suspens                                

dans l’instant du pommier,                            

à ce rien                                                      

qui allège ton cœur.

Gérard Cousin

*** 

Entre ciel et terre

 

Sous le ciel

j’ai mis mon chapeau,

sous mon chapeau

j’ai mis ma tête,

sous ma tête j’ai mis mon cou

et sous mon cou

j’ai mis le reste.

 

Reste qui n’a pas d’importance

 

Je n’ai pas trop les pieds sur terre.

 

Michel Astre

 ***

 

 

 

Ce qui me fait rire

 

 

Donnez-moi un moustique à bicyclette,

Un dromadaire avec un gibus sur la tête,

Un kangourou qui joue de la trompette,

Un lapin qui mange son herbette

Avec couteau et fourchette,

Une araignée qui porte des lunettes,

Un escargot fumant la cigarette.

 

Ou bien ne m’en donnez pas tant

Mais dites-moi plutôt quelque chose

“ je me suis disputé avec une rose,

j’ai mangé une chaise et je l’ai trouvée

Trop salée

Mon manteau aime la risotte

A ma machine

A écrire il a poussé une canine ”

 

Ou bien ne m’en dites pas tant

Mais plutôt montrez-moi

Un sot qui se croit intelligent.

Gianni Rodari, La tête pour penser

 

***

 

Mon lit est un bateau

 

 

Mon lit est un petit bateau;

Nounou m’aide à y embarquer,

Me met l’habit de matelot,

Me pousse dans l’obscurité.

 

De nuit, à bon bord, je dérive,

Salue mes amis sur la rive;

Je ferme les yeux, vogue au loin,

Et ne vois ni n’entends plus rien.

 

Parfois j’emporte des objets

Qu’emportent les bons matelots

Peut-être un morceau de gâteau,

Ou bien encor quelques jouets.

 

Toute la nuit nous dérivons ;

Mais quand le jour revient briller,

Rentré dans ma chambre, au ponton

Je vois mon vaisseau amarré.

Robert Louis Stevenson, (1850/1894)

 

*** 

 

Quand je serai pas clown

Je n'aurai pas de nez rouge

Au milieu de la figure

Je n'aurai pas de pieds

Longs longs dans mes chaussures

Je n'aurai pas de cheveux fous

De cheveux roux de cheveux saouls

Ni de z'yeux qui pleurent en fontaine

Ni de crème qui dégouline sous les feux

Ni de cris sur la piste

Ni de rires immenses complices

Je ne m'appelerai pas Mimile Zigoto Badini Tatava

Je m'appelerai M. Moi-Moi-Moi-Moi-Moi-Moi

Et j'aurai une cravate et des cartes de visite en relief

 

Quand je serai pas clown J'aurai oublié

Le pitre dans mon coeur Qui dansait.

François David, Le Clown, éditions Motus

 

*** 

 

La girafe

 

 

La girafe et la girouette

Vent du sud et vent de l’est,

Tendent leur cou vers l’alouette

Vent du nord et vent de l’ouest.

 

Toutes deux vivent près du ciel,

Vent du sud et vent de l’est,

A la hauteur des hirondelles,

Vent du nord et vent de l’ouest.

 

Et l’hirondelle pirouette,

Vent du sud et vent de l’est,

En été sur les girouettes,

Vent du nord et vent de l’ouest.

 

L’hirondelle fait des paraphes,

Vent du sud et vent de l’est,

Tout l’hiver autour des girafes,

Vent du nord et vent de l’ouest.

Robert Desnos, (1900/1945)

 

***

Mon cartable

 

 

Mon cartable a mille odeurs

Mon cartable sent la pomme

Le livre, l’encre, la gomme

Et les crayons de couleurs

 

Mon cartable sent l’orage

Le bison et le nougat

Il sent tout ce que l’on mange

Et ce que l’on ne mange pas

 

La figue et la mandarine

Le papier d’argent ou d’or

Et les coquilles marines

Les bateaux sortant du port

 

Les cow-boys et noisettes

La craie et le caramel

Les confettis de la fête

Et les billes remplies de ciel

 

Les longs cheveux de ma mère

Les joues de mon papa

Les matins dans la lumière

La rose et le chocolat

 

Pierre Gamarra, in La tarte aux pommes, collection "poètes contemporains",

école des loisirs, 1985. 

 

***

 

Si les enfants...

 

Si les enfants obéissaient,

Les enfants seraient...

 Chimpanzés.

 

Si les enfants étaient prudents,

Les enfants seraient...

Des serpents.

 

Si les enfants disaient toujours “ oui merci bonjour s’il vous plait ”,

Les enfants seraient...

Perroquets.

 

Si les enfants manquaient d’audace,

Les enfants seraient...

Des limaces.

 

Si les enfants étaient...

Assez ! Assez !

Assez d’enfants amidonnés, grattés, rentiers,

Assez ! Assez !

 

Jacqueline Held

 

***

Recyclage

 

Le clown était hors circuit

Entre deux représentations,

Entre deux répétitions ...

- As-tu fini de faire le clown ?

Dit au clown

Le Directeur du cirque.

Et le clown interdit

S'interdit

De faire le clown.

Il fit

Le chien, le singe, l'otarie

Savants,

Naturellement.

 

Et tout le monde Applaudit.

 

Jacqueline Held,  Le Clown, éditions Motus

 

 

***

 

POISSON

 

Tant de fois
tu l'avais croisée
sur ta route
que tu n'as pas vu
venir la mort

Elle t'a eue
par surprise
un premier avril

Jean-Claude Touzeil, petits cailloux pour Gita, L'écho optique

 

***

 

Séisme

 

La première fois
que j'ai vu ma mère
pleurer
j'étais tout petit
le facteur avait apporté
un télégramme

Le billet bleu
plié dans 5a main
plié chiffonné
torturé
annonçait la mort clé eom père

Je ne comprenais pas bien
ne voyais pas le rapport
de cause â effet
mais voir ma mère
pleurer
fut mon premier
tremblement de terre

 

Jean-Claude Touzeil, Petits cailloux pour Gita, L'écho optique, 2008 

 

 

***

 

Nostalgie

 

Certaine soirs,
quand papa lui avait dit
une parole de travers,
maman avait un coup de Hues
et songeait à son pays,
â son frère, à ses sceurs.
Son pays qu'elle avait quitté
avec sa jeunesse...
Son pays qu'elle idéalisait
où tout était mieux que chez nous,
sa famille â qui elle envoyait
des colis de vétements.
Son frère qu'elle adorait
et qui n'écrivait jamais.
Ses sceurs qui avaient partagé

ses éclats de rire.

Son pays qu'elle avait quitté
avec sa jeunesse...

 

Jean-Claude Touzeil, Petits cailloux pour Gita, L'écho optique, 2008 

 

 

***

Le chameau

 

 

Un chameau entra dans un sauna

Il eut chaud Très chaud

Trop chaud

 

Il sua

Sua

Sua

 

Une bosse s’usa

S’usa

S’usa

 

L’autre bosse ne s’usa pas.

Que crois-tu qu’il arriva ?

Le chameau dans le désert

Se retrouva dromadaire.

 

Pierre Coran, La tête en fleur, Ed. Le Cyclope

*** 

Tu as passé la petite heure du matin

à rassembler les sources et les parfums.

Tu as fait provision d’air bleu,

d’une embellie de libellule

et de mille autres petits secrets.

Les bras en balancier,

tu avances sur le fil du jour

un plein d’espoir dans chaque main.

Le ciel aussi y croit

qui grandit avec toi.

 

Gérard Cousin

 

***

 

Jeu de piste

 

Elle épousa

Un rabat-joie Pour sa richesse.

 

Amour doux-amer !

 

Elle ruina

Le rabat-joie,

Se fit clownesse.

 

Au Cirque d'Hiver.

 

Pierre Coran, Le Clown, éditions Motus

***

Magma

 

 

Il se réveilla,

toussa

éructa.

 

La quinte le reprit,

L’oppressa,

l’étouffa.

 

L’un coup, il fit sauter le chapeau

qu’il n’avait plus ôté

depuis des décennies.

 

Il en sortit des pluies

de feu,

de suies,

de cendres.

 

Longtemps, il hoqueta,

bava,

tira la langue

tel un loup, flancs ouverts,

à bout de vie exsangue.

 

Pas de foule accourue,

peu de flashes,

de rares paysans de la montagne à vaches.

 

Alors, déçu, vexé, il referma la bouche,

fit taire son étuve

puis il se rendormit

avec ses rêves de Vésuve.

 

Pierre Coran

 

***

 

  Elle m'adit

Je t'aime beaucoup

Beaucoup

C'est pas assez

A-t-elle ajouté

Et elle a effacé

"Beaucoup"

 

 

Jean Rivet, Le soleil meurt dans un brin d'herbe, éditions Motus

 

***

 

Le cerisier le grand cerisier

Dont les branches sous la lune

Perdent leurs feuilles

Ce cerisier le grand cerisier

Que l'hiver rejoint

Quand Margaux apprend

Quelque mot nouveau

Et qu'elle me prend la main La main

Et que le soleil meurt Dans un brin 'd'herbe

 

Jean Rivet, Le soleil meurt dans un brin d'herbe, éditions Motus

***

  

- Tu as quel âge ?

- J'ai soixante-douze ans

- C'est vieux

- Oui c'est vieux

- Tu es le plus vieux ?

- oui

- Alors tu mourras avant Mamie ?

- Oui

- C'est bien

Jean Rivet, Le Soleil meurt dans un brin d'herbe, éditions Motus

***

Grande marée

 

 

Aujourd’hui grande première

à la mer

Sous la baguette du vent

l’océan joue Wagner

 

Et sautent les vagues

comme des petits rats

en tutus d’écume blanche

 

Les jours de grande marée

ne venez pas chez moi

je suis à l’opéra

 

Clod’Aria

 

***

 

drôles de clowns

 

Monsieur Glouglou est un clown-barrique

quand il se débouche tous les gens sont ivres sur les gradins

lorsqu'il était enfant pourtant il détestait le vin

 

Monsieur Zigzig est un clown-fusée

allumez-le il monte haut dans le ciel grand ouvert

mais lorsqu'il était petit seule une fessée

lui mettait le feu au derrière

 

Monsieur Fredo est clown-frigo

ouvrez-le et servez-vous en esquimaux

Monsieur Vroum est clown-aspirateur

il avale tout ciseaux papiers cailloux pour votre bonheur

 

Monsieur Marteau lui est clown-piano

quand on lui tape dessus il joue des airs

autrefois il aurait répondu à coups de poing

 

et toi, garçon, quel drôle de clown seras-tu ?

quel mal sauras-tu te faire

pour faire aux autres du bien ?

 

Jean-Louis Maunoury, Le Clown, éditions Motus

 

***

Granulés

 

 

Un oiseau

qui mange trop

de granulés

devient

gras

nul

et laid.

 

Michel Besnier

 

 

 

***

 

Toutes les mains

 

Il y a des mains de bruyère

qui nous font signe

sur les chemins du soir

 

Il y a des mains d'eau calme

qui dorment sur le sable

 

Il y a la main de l'aube

où la mésange fait son nid

 

Et la main de pierre aussi

où le lézard se nourrit de soleil

 

Toutes les mains ont leur histoire

qu'elles soient filles des oiseaux

ou de la neige reposée

ou rude écorce

ou feuille douce

et la caresse est leur mémoire

 

Jean-Pierre Siméon, La Nuit respire, Imprimerie de Cheyne

 ***

 

L'arbre bercé

 

pour Anaïs

Mon enfant, ne tremble pas

tu portes un arbre dans tes bras

le vent te coiffe

et l'oiseau glisse dans ta voix

 

Allonge-toi fragile

dans le drap odorant d'une ombre

caresse la barque des feuilles

 

Dors, mon enfant

dans tes branches closes

tu tiens dans ton poing fermé

le fruit chaud du silence

 

Et chaque jour plus haut

mon enfant

tu deviens l'arbre que j'attends

 

Jean-Pierre Siméon, La nuit respire, Imprimerie de Cheyne

***

La chenille

 

 

Elle épouse le rail unique des nervures

Avec ses soufflets ses wagons

tous nos raves en voiture

jusqu’à la gare papillon

 

Omnibus et chenillard

voici donc la gare cocon

agitez vos blancs mouchoirs

mon terminus c’est papillon

 

Voici la fin de l’aventure

je m’envole c’est ma station

qu’on me pardonne les ratures

puisque voilà le papillon.

 

Jean-Hugues Malineau

***

 

Tu as tout à me dire

de l’onde des tes rêves.

Mais tu ne sais plus.

Rien qui soit à la portée de tes mots.

Il te reste  un poudroiement lointain,

un trouble merveilleux

et tes yeux qui font leur plein de lumière.

 

Gérard Cousin

 

 

***

Sourire

à un enfant turc

 

Ton sourire ouvre la porte du monde

ton geste doux parle d’un pays

d’arbres et de sources

de chants ensoleillés

de tambours qui battent dans la nuit

de légendes au cœur gros

du blé qui pousse si haut dans la montagne

et du vent au goût de résine

 

Ton sourire ouvre la porte du monde

il est comme un enfant volant dans l’azur

il va et vient et ne veuf jamais s’arrêter

 

Michel Cosem

 

***

 

J’ai vu le menuisier...

 

 

J’ai vu le menuisier

Tirer parti du bois.

 

J’ai vu le menuisier

Comparer plusieurs planches.

 

J’ai vu le menuisier

Caresser la plus belle.

 

J’ai vu le menuisier

Approcher le rabot.

 

J’ai vu le menuisier

Donner la juste forme.

 

Tu chantais, menuisier

En assemblant l’armoire.

 

J e garde ton image

Avec l’odeur du bois.

 

Moi j’assemble des mots

Et c’est un peu pareil.

 

Eugène Guillevic

 

 

***

 

La trompe de l’éléphant...

 

 

La trompe de l’éléphant,

c’est pour ramasser les pistaches

pas besoin de se baisser.

Le cou de la girafe,

c est pour brouter les astres

pas besoin de voler.

La peau du caméléon,

verte, bleue, mauve, blanche,

selon sa volonté,

c est pour se cacher des animaux voraces

pas besoin de fuir.

La carapace de la tortue,

c’est pour dormir à l’intérieur,

même l’hiver :

pas besoin de maison.

Le poème du poète,

c’est pour dire tout cela

et mille et mille et mille autres choses

pas besoin de comprendre.

 

Alain Bosquet

 

 

***

Tu me grondes

parce que j’ai les doigts

de toutes les couleurs

noir-polar

ou jaune-sable des squares

parfois blanc-banquise

ou rouge-révolution

et même bleu-contusion

Tu me grondes

et tu te trompes

mes doigts je les ai trempés

dans l’amitié

des mains

des enfants

du quartier

 

des enfants

du monde entier

 

Joël Sadeler

 

***

Le Sphinx

 

 

Le sphinx est mort

Il n’a jamais cessé

De fixer

Devant lui

 

François Vey (né en 1979)

 

***

 

 

Au feu !...

Au feu !

Au feu

Au fe

Au

A


Pierre ETAIX (né en 1928)

 

 

 

*** 

 

Le pou et l’araignée

 

 

Tu es vraiment trop moche

Disait le pou à l’araignée

 

Avec ton ventre et ta bidoche

Avec ton manteau en galoche

Et ton nez comme une pioche

 

Pou, je te trouve un peu cloche

Lui répliqua l’araignée

 

Tu es si petit si bancroche

Tu ne vaux pas une taloche

Pour te voir faut que je m’approche

 

Sommes-nous beaux sommes-nous moche

Ce n’est pas ta laideur qui me fera plus belle

Ni la mienne à ce que tu crie

Qui t’embellira.

 

Jacques Gaucheron (né en 1920)

 

 

***

La mouche qui louche

 

 

Chaque fois que la mouche qui louche

veut se poser sur le plafond

elle s’y cogne le front

et prend du plâtre plein la bouche

 

Moralité

 

Pauvres mouches qui louchez

Posez-vous sur le plancher

 

Jean Orizet (né en 1937)

 

 

***

Il m’a dit

 

 

Il  m’a dit :

Ma race est la race jaune ;

J’ai répondu :

Je suis de ta race.

 

Il m’a dit :

Ma race est la race noire.

J’ai répondu :

Je suis de ta race.

 

Il m’a dit :

Ma race est la race blanche.

J’ai répondu :

Je suis de ta race.

 

Car mon soleil faut l’étole jaune

Car je suis enveloppé de nuit ;

Car mon âme, comme la pierre de la loi

Est blanche

 

Edmond Jabes, 1912-1991)

 

 

***

 

Si...

 

Si la sardine avait des ailes,

Si Gaston s’appelait Gisèle,

Si l’on pleurait lorsque l’on rit,

Si le pape habitait Paris,

Si l’on mourait avant de naître,

Si la porte était la fenêFre,

Si l’agneau dévorait le loup,

Si les Normands parlaient zoulou,

Si la Mer Noire était la Manche

Et la Mer Rouge la Mer Blanche,

Si le monde était à l’envers,

Je marcherais les pieds en l’air,

Le Jour je garderais la chambre,

J’irais à la plage en décembre,

Deux et un ne feraient plus trois

Quel ennui ce monde à l’endroit !

 

Jean-Luc Moreau, (né en 1937)

 

 

***

Kilimandjaro

 

 

Petit à petit

La fourmi

Gravit

Le Kilimandjaro.

Juste pour voir,

Une seconde,

Ce que l’on voit

Du toit du monde.

 

Puis à la fin de son voyage,

La tête dans les nuages,

L’insecte se réjouit

D’être pour cette seconde

La plus grande fourmi

Du monde.

 

Thomas Scotto, (né en 1974)

 

 

***

 

 

 

Girafe

 

 

Quand je serais grand, je serais girafe

Pour être bien vu par les géographes.

 

Pas éléphant blanc, c’est trop salissant,

 Ni serpent python, ni caméléon.

 

La girafe est belle, elle est une échelle

Entre sol et ciel, l’herbe et le soleil.

 

Mammouth, c’est trop tard, et marsouin trop loin,

 Le chameau a soif, le saurien a faim.

 

Tandis que girafe on a des pattes!

 Un cou bien plus haut que le télégraphe !

 

Le kangourou boxe, il reçoit des coups,

Il a une poche, mais jamais un sou.

 

Non, décidément quand je serais grand,

Je serais girafe et vivrai cent ans.

 

Alors sa maman lui dit tendrement:

C’est trop d’ambition, mon petit gardon!

Marc Alyn, L ‘arche enchantée, Editions ouvrières.

 

 

***

Les hiboux

 

 

Ce sont les mères des hiboux

Qui désiraient chercher le poux

De leurs enfants, leurs petits choux,

En les tenant sur les genoux.

 

Leurs yeux d’or valent des bijoux

Leur bec est dur comme cailloux,

Ils sont doux comme des joujoux,

Mais aux hiboux point de genoux !

 

Votre histoire se passait où ?

Chez les Zoulous ? Les Andalous ?

Ou dans la cabane bambou ?

A Moscou ? ou à Tombouctou ?

En Anjou ou dans le Poitou ?

Au Pérou ou chez les Mandchous ?

Hou ! Hou !

Pas du tout, c’était chez les fous.

 

Marc Alyn, L ‘arche enchantée, Editions ouvrières.

 

***

 

Conseils donnés par une sorcière

 

 

Retenez-vous de rire

Dans le petit matin.

N’écoutez pas les arbres

Qui gardent les chemins !

Ne dites votre nom

A la terre endormie

Qu’après minuit sonné !

A la neige, à la pluie

Ne tendez pas la main !

N’ouvrez votre fenêtre

Qu’aux petites planètes

Que vous connaissez bien !

Confidence pour confidence

Vous qui venez me consulter méfiance, méfiance,

On ne sait pas ce qui peut arriver.

Jean Tardieu, Monsieur, Monsieur,

 

 

***

Il était une feuille

 

 

Il était une feuille avec ses lignes

Ligne de vie

Ligne de chance

Ligne de cœur

Il était une branche au bout de la feuille

Ligne fourchue signe de vie

Signe de chance

Signe de cœur

Il était une fois un arbre au bout de la branche

Un arbre digne de vie

Digne de chance

Digne de cœur

Cœur gravé, percé, transpercé,

Un arbre que nul jamais ne vit.

Il était des racines au bout de l’arbre

Racines vignes de vie

Vignes de chance

Vignes de cœur

Au bout des racines il était la terre

La terre tout court

La terre toute ronde

La terre toute seule au travers du ciel

La terre

 

Robert Desnos, Portes battantes

 

 

 

***

 

De temps en temps les nuages

Nous reposent

De tant regarder la lune.

 

Haïku de Bashô

 

***

Dialogue

 

 

- On n’abat que les arbres qui gênent les plus forts.

- La loi est la même pour les hommes.

 

- L’homme a des oreilles. Pas l’arbre.

- Mais l’arbre écoute. Pas l’homme.

 

- L’homme a deux poumons. Pas l’arbre.

- L’arbre est un poumon. Pas l’homme.

 

- A quoi lui sert de vivre s’il doit être immobile.

- Ce n’est là qu’illusion l’arbre marche la nuit.

 

- L’homme aussi se tient debout.

- Mais l’arbre jamais ne plie.

- C’est vrai : l’homme parfois se penche et se gratte la cheville.

 

- L’homme voyage. Pas l’arbre.

- L’arbre voyage : les oiseaux lui disent tout.

 

- L’homme, pour faire l’arbre, se met tête à l'envers.

- L’arbre n’a nul besoin de faire l’homme.

Jacques Fournier, Arbrures, Epi de seigle

 

 

***

Le petit chat blanc

 

 

Un petit chat blanc

Qui faisait semblant

D’avoir mal aux dents

Disait en miaulant :

 

“ Souris mon amie

J’ai bien du souci

Le docteur m’a dit

Tu seras guéri

 

Si entre tes dents

Tu mets un moment

Délicatement

La queue d’une souris. ”

 

Très obligeamment

Souris bonne enfant

S’approcha du chat

Qui se la mangea.

 

MORALITE

 

Les bons sentiments

ont l’inconvénient

d’amener souvent

de graves ennuis

aux petits enfants

comme-z-aux souris

 

Claude Roy ; Enfantasques, Ed. Gallimard

 

 

***

La Sauterelle 

 

Saute, saute, sauterelle,

Car c’est aujourd’hui jeudi.

Je sauterai, nous dit-elle,

Du lundi au samedi.

 

Saute, saute, sauterelle,

A travers tout le quartier

Sautez donc, Mademoiselle,

Puisque c’est votre métier.

 

Robert Desnos, Enfantimages

 

 

***

Rayon vert

 

 

Le rayon vert a disparu

Un soir

Entre la mer

Et l’horizon

Habite-t-il

D’autres étés ?

S’est-il noyé ?

Se cache-t-il dans l’arc-en-ciel ?

 

Madeleine Le Floch, Petits contes verts pour le printemps et pour l’hiver

 

 

***

Plaintes de la tricoteuse

 

 

Suspendez les points

Points de suspension

Point et virgule

Virgule virgule point

Exclamons les points

Points d’exclamation

Interrogeons les interrogations

Point d’interrogation

Plusieurs points

Point point point

Et point à la linge

A la ligne

Philippe Soupault, Poèmes et poésies 1917-1973

 

***

 

 

A marée basse,

Bernard l'ermite

parfois invite

A boir'la tasse,

Dans un vieux gîte,

Des crustacés

Mal élevés ;

 

La langoustine

Fait grise mine

Et la crevette,

C'est le bouquet,

A la hoquet.

 

Eric Dauzon, La mer à boire, les enfants terribles, 1998.

 

***

 

 

 

Il neige

 

Le paysage

est une page blanche

Les arbres nus

des encres noires

dans les marges

 

Quelques oiseaux dessinent

des points de suspension.

 

***

 

La nuit

dans les branches

est lourde

comme un nid de pies

 

La lune pend

à une branche

 

comme une lanterne.


***

 

Les racines

sont mots de la terre

les nuages

mots de l’air

les vents

mots du rêve

les averses

mots de la mer

qui questionnent les étoiles

 

 

Le ciel

est un buvard.

 

 

 

 

Marie-Josée Christien

Début de « Conversation de l’arbre et du vent »

Collection A la cime des mots (poésie Jeunesse)

Editions TERTIUM, 2008

 

 

Vous pouvez dès maintenant nous envoyer les poèmes qui vous touchent et touchent les enfants sans tomber dans la mièvrerie. Même si nous avons laissé quelques "classiques", nous voudrions avant tout, que cette page soit une page de découverte.

 

Et bien sûr, les enfants (et les poètes...) ont aussi et surtout la parole.  

 

 
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