En cours d'élaboration...
Je dédie cette page à Esther et Tristan qui la liront sur mes genoux quand ils étaient petits. Je la dédie aussi à Robinson en espérant aussi le tenir un jour dans mes bras.
Cette page est destinée aux petits princes et petites princesses pour qu'ils découvrent leur poème dans ce beau désordre. Mais aussi à Papa, à Maman, à la maîtresse ou au maître.
Donner un poème à un enfant, c'est le faire entrer dans un pays qui ouvre les portes du rêve et de la vie. Donner un poème à un enfant, c'est partager l'amour mais c'est aussi lui apprendre l'indispensable fantaisie. Voici de premiers textes. D'autres suivront très vite, avec peut-être la collaboration de tous (voir en fin de page).
Les références sont souvent manquantes mais elles apparaîtront peu à peu.
A découvrir en vagabondant et en donnant du temps au temps.
Une mouche
Une mouche a mouché
Les chandelles
De la chapelle.
Le chapelain choqué
Pourchassa
Dans la chapelle
La mouche qui moucha des chandelles.
Mais la mouche échappa,
Echappa
Au chasse-mouches.
Échappa
Au, chasse-mouches
Du chapelain qui louche.
P. Coran. Comptines pour ne pas chuinter, éd. Casterman
***
Connaissez-vous ?
Connaissez-vous cet astre noir
Aux huit rayons vils et velus ?
Au bout d'un fil s'est laissé choir
Sur les étoiles du talus.
Avec des halos de dentelle
Entre les herbes irisées,
Il tisse vite son ombrelle
Où viendra rire la rosée.
Plus d'un céleste voyageur
S'y embarrasse l'aileron.
L astre bondit, le crime au front,
Et le poignarde, droit au cœur.
Alain Debroise, Mon premier livre de devinettes
***
Pour Esther et Tristan
Je fus un père sans père
Et sans repère
Un père sans patrie
Un père sans passé
Je ne fus pas
Même l’ombre d’un père
Il n’y eut que cet amour pour mes enfants
Et pour leur avenir
Il n'y eut que cet amour qui n’est pas une patrie
Mais le vœu d’un autre monde sans frontière
Et sans haine
Guy Allix
***
La seconde et le siècle
Tu as trois secondes
trois années
trois siècles
pour poser la question
une seule
trois secondes
c'est trop court
trois années
trop long
trois siècles
je ne serai plus là
trop tard
les trois secondes sont passées,
Yvon Le Men, Ouvrez la porte au loup, Folio cadet or, poésie Gallimard
***
L'alphabet
Quand tu apprends l'alphabet
ne laisse pas tomber une lettre
car si elle se blesse
tu ne trouveras plus le mot pour appeler
quand tu apprends l'alphabet
et que le Z te paraît bien loin du A
demande à ta maman une chanson
pour finir le chemin
quand tu apprends l'alphabet
n'oublie pas le W
car même s'il est le plus costaud
il ne sort pas souvent et se sent un peu triste
quand tu apprends l'alphabet
rappelle-toi qu'avec vingt-six lettres
om peut faire beaucoup de mots
et ru pourras les partager
avec tes parents, tes amis, tes secrets
Yvon Le Men, Ouvrez la porte au loup, Folio cadet or, poésie Gallimard
***
Le Loup
Ouvrez, ouvrez la porte au loup
petites fées des contes
cachées dans l'âme des enfants
ils ne sont féroces que poussés par la faim
comme les hommes
dont les mains creusent des trous dans la pierre
pour chercher le grain
ouvrez, ouvrez la porte au loup
petites fées des contes
cachées dans l'âme des parents
qui souffrent trop
quand l'homme est un loup pour l'homme
ouvrez, ouvrez la porte au loup
petites fées des contes
et racontez-nous d'autres histoires
où la joie donne des ailes
et la forêt des nids
dans lesquels nous pouvons nous endormir
en paix
Yvon Le Men, Ouvrez la porte au loup, Folio cadet or, poésie Gallimard
***
les crapauds
en été les crapauds dinent très tôt
à croupetons dans leurs jabots baveux
servis par des têtards
puis très sérieux ils hurlent des gros mots
jusqu'à très tard
pendant ce temps dans leurs salons de nénuphars
dames crapaudes pondent
des petits déjà tout vieux
futurs fêtards
Jean-Louis Maunoury, Bêtes à bon dieu, revue Offset n° 12/13
***
orangs-outans
l'orang-outan et l'orange-outane sa chère moitié
sont des singes vraiment étranges
avec leur pelage orange et leurs bras longs jusqu'à
leurs pieds
ils mangent en rotant et en proutant
ils se lèchent sans se gêner où ça les démange
vous pouvez les regarder c'est pas ça qui les dérange
en plus ils font où ça les arrange
et ils ne changent jamais de linge
de sorte qu'ils puent comme des harengs
vautrés dans leur fange ils sont toujours contents
ils n'arrêtent pas de rire aux anges
tout en se chouchoutant
oui vraiment l'orang-outan est un dégoûtant
et l'orange-outante
une dégoûtante
Jean-Louis Maunoury, Bêtes à bon dieu, revue Offset n° 12/13
***
un escargot
il pleut
je.sors tout habillé
un escargot me regarde étonné
un oeil dressé à bout de corne
et l'autre descendu
c'est qu'il n'a jamais vu
quelqu'un sortir de sa coquille
sans être tout nu
Jean-Louis Maunoury, Bêtes à bon dieu, revue Offset n° 12/13
***
Au revoir la terre
Bleu - nuit
Ils flottent dans le ciel
Un train
Un camion
Une carriole
Au revoir la terre, au revoir la terre !
Des notes de musique qui font broum broum
Pas de route précise
Dans tous les sens
Au revoir la terre, au revoir la terre !
Le cocher a le ventre qui gargouille
Les voyageurs font signe : à bientôt !
l'oiseau a l'air surpris
Au revoir la tere, au revoir la terre !
Anata Cuadros, 10 ans
***
Le petit clown blanc de la lune
Le petit clown blanc de la lune
Joue du violon, bat du tambour,
Jongle avec des noyaux de prunes,
Des diamants, des pommes d'amour,
Dans la douce nuit de velours.
Le petit clown blanc de la lune
Se balance au ciel en rêvant ;
Par-dessus la mer et les dunes,
Il se laisse bercer au vent
Sur son grand trapèze volant.
Le petit clown blanc de la lune
Me regarde au fond de la nuit.
Il console mes infortunes,
Il me sourit, pâlit et puis
Le petit clown s'en va sans bruit.
Jacques Charpentreau, Le Clown, éditions Motus
***
Fantôme d’oiseau
Le fantôme d’un oiseau
Dans le fantôme d’une cage
Jouait de la clarinette et du piston
Tandis que je te parlais doucement à l’oreille
De nos amours anciennes
Qui n’avaient jamais existé
Avec des mots d’amour inoubliables
Qui s’envolaient doucement
Dans l’air léger
Joseph Bodson
***
Le petit dix heures
Il est bon que l’on ait
Un poème pour la route
Qu’on le choisisse beau
Qu’on l’aime et l’emmitoufle
Comme un biscuit d’enfant
Caché avec amour
Dans un recoin secret
Sous l’écharpe et les moufles
Compagnons de voyage
Ils auront tout leur temps
Qu’on les garde soumis
Pour la petite faim
Car elle peut surgir
Un moment comme un autre
Sans que sonnent dix heures
Du soir ou du matin
Pierre Guérande
***
Le chat Pacha
Sancho Pança
De la gouttière
Le chat Pacha
Chassait les rats
Un rat pas sot
Flatta le chat
Chat de gouttière
Ou bien d'ailleurs
Peux-tu passer
En moins d'une heure
Dedans le chas
D'une aiguière
De l'aiguière
Ou bien d'ailleurs
Le chat peu chaud
S'y essaya
Pour son malheur
Il s'y coinça
Cossu pansu
Le chat Pacha
Aurait voulu
Flouer le rat
Mais c'est le rat C
'est incongru
Qui tu l'as vu
Floua le rat
Jeannine DION-GUERIN
***
On a volé la mer
Mais où est donc passée la mer
Dans le brouillard pas de repère
Le ciel a envahi la terre
Et sur la terre était la mer
Désemparée nue comme un ver
Je me blottis dans cette sphère
Rien que du gris rien que le fer
Mais où est donc passée la mer
Y a pas de haut y a pas de bas
Ni de devant ni de derrière
Y a pas de sens y a que c'qu'y a
Une noyée au fond d'un verre
Jeannine DION-GUERIN
***
Un petit clavecin...
Un petit clavecin bavardait comme un trou
Tout béat et transi, à genoux dans la brune
Et moi je l'écoutais
Caché dans la poubelle
Et je comptais comptais
Les pas nous séparant
Séparant de l'aurore.
Emeric de Montenard
***
Am Stram Gram
A toi mon âme
Où se trame
Dans mon sommeil
Si je n'y veille
Un filigrane
D'amertume
Et pour cette tune
D'amertume
Que je hume
Insolemment
D'un coup de vent
Mon mât se braque
Et je m'y colle
Et je m'y pique
Repique et colle
Un gramme de folie
Dans un morne
Epigramme
A toi ma nuit
Refuse d'égrener
Comme gangrène
Le chapelet de l'ennui
Pique, pique et trame
Les gammes de ta vie
Jeannine DION-GUERIN
***
Le jour se lève
Après s’être couché
Toute la nuit
Les oiseaux à l’unisson
Lui souhaitent la bienvenue
Derrière un petit amas de nuages
Le soleil encore engourdi
De sommeil
Le salue le sourire aux rayons
La rosée lave les brindilles
La brise secoue les rameaux
Cajole les ormes
Les mots un à un s’étirent
Les phrases baillent
Le verbe semble chercher sa voie
L’harmonie sort de sa torpeur
Le jour se dresse
Après s’être étendu
Toute la nuit
Dans son lit d’obscurité
Ahmed El lnani
***
Entre les plis de la pluie,
les premières encres
sèchent encore au verger
et déjà tu reconnais l’oiseau
à son empreinte sur le vent,
à ce chant en suspens
dans l’instant du pommier,
à ce rien
qui allège ton cœur.
Gérard Cousin
***
Entre ciel et terre
Sous le ciel
j’ai mis mon chapeau,
sous mon chapeau
j’ai mis ma tête,
sous ma tête j’ai mis mon cou
et sous mon cou
j’ai mis le reste.
Reste qui n’a pas d’importance
Je n’ai pas trop les pieds sur terre.
Michel Astre
***
Ce qui me fait rire
Donnez-moi un moustique à bicyclette,
Un dromadaire avec un gibus sur la tête,
Un kangourou qui joue de la trompette,
Un lapin qui mange son herbette
Avec couteau et fourchette,
Une araignée qui porte des lunettes,
Un escargot fumant la cigarette.
Ou bien ne m’en donnez pas tant
Mais dites-moi plutôt quelque chose
“ je me suis disputé avec une rose,
j’ai mangé une chaise et je l’ai trouvée
Trop salée
Mon manteau aime la risotte
A ma machine
A écrire il a poussé une canine ”
Ou bien ne m’en dites pas tant
Mais plutôt montrez-moi
Un sot qui se croit intelligent.
Gianni Rodari, La tête pour penser
***
Mon lit est un bateau
Mon lit est un petit bateau;
Nounou m’aide à y embarquer,
Me met l’habit de matelot,
Me pousse dans l’obscurité.
De nuit, à bon bord, je dérive,
Salue mes amis sur la rive;
Je ferme les yeux, vogue au loin,
Et ne vois ni n’entends plus rien.
Parfois j’emporte des objets
Qu’emportent les bons matelots
Peut-être un morceau de gâteau,
Ou bien encor quelques jouets.
Toute la nuit nous dérivons ;
Mais quand le jour revient briller,
Rentré dans ma chambre, au ponton
Je vois mon vaisseau amarré.
Robert Louis Stevenson, (1850/1894)
***
Quand je serai pas clown
Je n'aurai pas de nez rouge
Au milieu de la figure
Je n'aurai pas de pieds
Longs longs dans mes chaussures
Je n'aurai pas de cheveux fous
De cheveux roux de cheveux saouls
Ni de z'yeux qui pleurent en fontaine
Ni de crème qui dégouline sous les feux
Ni de cris sur la piste
Ni de rires immenses complices
Je ne m'appelerai pas Mimile Zigoto Badini Tatava
Je m'appelerai M. Moi-Moi-Moi-Moi-Moi-Moi
Et j'aurai une cravate et des cartes de visite en relief
Quand je serai pas clown J'aurai oublié
Le pitre dans mon coeur Qui dansait.
François David, Le Clown, éditions Motus
***
La girafe
La girafe et la girouette
Vent du sud et vent de l’est,
Tendent leur cou vers l’alouette
Vent du nord et vent de l’ouest.
Toutes deux vivent près du ciel,
Vent du sud et vent de l’est,
A la hauteur des hirondelles,
Vent du nord et vent de l’ouest.
Et l’hirondelle pirouette,
Vent du sud et vent de l’est,
En été sur les girouettes,
Vent du nord et vent de l’ouest.
L’hirondelle fait des paraphes,
Vent du sud et vent de l’est,
Tout l’hiver autour des girafes,
Vent du nord et vent de l’ouest.
Robert Desnos, (1900/1945)
***
Mon cartable
Mon cartable a mille odeurs
Mon cartable sent la pomme
Le livre, l’encre, la gomme
Et les crayons de couleurs
Mon cartable sent l’orage
Le bison et le nougat
Il sent tout ce que l’on mange
Et ce que l’on ne mange pas
La figue et la mandarine
Le papier d’argent ou d’or
Et les coquilles marines
Les bateaux sortant du port
Les cow-boys et noisettes
La craie et le caramel
Les confettis de la fête
Et les billes remplies de ciel
Les longs cheveux de ma mère
Les joues de mon papa
Les matins dans la lumière
La rose et le chocolat
Pierre Gamarra, in La tarte aux pommes, collection "poètes contemporains",
école des loisirs, 1985.
***
Si les enfants...
Si les enfants obéissaient,
Les enfants seraient...
Chimpanzés.
Si les enfants étaient prudents,
Les enfants seraient...
Des serpents.
Si les enfants disaient toujours “ oui merci bonjour s’il vous plait ”,
Les enfants seraient...
Perroquets.
Si les enfants manquaient d’audace,
Les enfants seraient...
Des limaces.
Si les enfants étaient...
Assez ! Assez !
Assez d’enfants amidonnés, grattés, rentiers,
Assez ! Assez !
Jacqueline Held
***
Recyclage
Le clown était hors circuit
Entre deux représentations,
Entre deux répétitions ...
- As-tu fini de faire le clown ?
Dit au clown
Le Directeur du cirque.
Et le clown interdit
S'interdit
De faire le clown.
Il fit
Le chien, le singe, l'otarie
Savants,
Naturellement.
Et tout le monde Applaudit.
Jacqueline Held, Le Clown, éditions Motus
***
POISSON
Tant de fois
tu l'avais croisée
sur ta route
que tu n'as pas vu
venir la mort
Elle t'a eue
par surprise
un premier avril
Jean-Claude Touzeil, petits cailloux pour Gita, L'écho optique
***
Séisme
La première fois
que j'ai vu ma mère
pleurer
j'étais tout petit
le facteur avait apporté
un télégramme
Le billet bleu
plié dans 5a main
plié chiffonné
torturé
annonçait la mort clé eom père
Je ne comprenais pas bien
ne voyais pas le rapport
de cause â effet
mais voir ma mère
pleurer
fut mon premier
tremblement de terre
Jean-Claude Touzeil, Petits cailloux pour Gita, L'écho optique, 2008
***
Nostalgie
Certaine soirs,
quand papa lui avait dit
une parole de travers,
maman avait un coup de Hues
et songeait à son pays,
â son frère, à ses sceurs.
Son pays qu'elle avait quitté
avec sa jeunesse...
Son pays qu'elle idéalisait
où tout était mieux que chez nous,
sa famille â qui elle envoyait
des colis de vétements.
Son frère qu'elle adorait
et qui n'écrivait jamais.
Ses sceurs qui avaient partagé
ses éclats de rire.
Son pays qu'elle avait quitté
avec sa jeunesse...
Jean-Claude Touzeil, Petits cailloux pour Gita, L'écho optique, 2008
***
Le chameau
Un chameau entra dans un sauna
Il eut chaud Très chaud
Trop chaud
Il sua
Sua
Sua
Une bosse s’usa
S’usa
S’usa
L’autre bosse ne s’usa pas.
Que crois-tu qu’il arriva ?
Le chameau dans le désert
Se retrouva dromadaire.
Pierre Coran, La tête en fleur, Ed. Le Cyclope
***
Tu as passé la petite heure du matin
à rassembler les sources et les parfums.
Tu as fait provision d’air bleu,
d’une embellie de libellule
et de mille autres petits secrets.
Les bras en balancier,
tu avances sur le fil du jour
un plein d’espoir dans chaque main.
Le ciel aussi y croit
qui grandit avec toi.
Gérard Cousin
***
Jeu de piste
Elle épousa
Un rabat-joie Pour sa richesse.
Amour doux-amer !
Elle ruina
Le rabat-joie,
Se fit clownesse.
Au Cirque d'Hiver.
Pierre Coran, Le Clown, éditions Motus
***
Magma
Il se réveilla,
toussa
éructa.
La quinte le reprit,
L’oppressa,
l’étouffa.
L’un coup, il fit sauter le chapeau
qu’il n’avait plus ôté
depuis des décennies.
Il en sortit des pluies
de feu,
de suies,
de cendres.
Longtemps, il hoqueta,
bava,
tira la langue
tel un loup, flancs ouverts,
à bout de vie exsangue.
Pas de foule accourue,
peu de flashes,
de rares paysans de la montagne à vaches.
Alors, déçu, vexé, il referma la bouche,
fit taire son étuve
puis il se rendormit
avec ses rêves de Vésuve.
Pierre Coran
***
Elle m'adit
Je t'aime beaucoup
Beaucoup
C'est pas assez
A-t-elle ajouté
Et elle a effacé
"Beaucoup"
Jean Rivet, Le soleil meurt dans un brin d'herbe, éditions Motus
***
Le cerisier le grand cerisier
Dont les branches sous la lune
Perdent leurs feuilles
Ce cerisier le grand cerisier
Que l'hiver rejoint
Quand Margaux apprend
Quelque mot nouveau
Et qu'elle me prend la main La main
Et que le soleil meurt Dans un brin 'd'herbe
Jean Rivet, Le soleil meurt dans un brin d'herbe, éditions Motus
***
- Tu as quel âge ?
- J'ai soixante-douze ans
- C'est vieux
- Oui c'est vieux
- Tu es le plus vieux ?
- oui
- Alors tu mourras avant Mamie ?
- Oui
- C'est bien
Jean Rivet, Le Soleil meurt dans un brin d'herbe, éditions Motus
***
Grande marée
Aujourd’hui grande première
à la mer
Sous la baguette du vent
l’océan joue Wagner
Et sautent les vagues
comme des petits rats
en tutus d’écume blanche
Les jours de grande marée
ne venez pas chez moi
je suis à l’opéra
Clod’Aria
***
drôles de clowns
Monsieur Glouglou est un clown-barrique
quand il se débouche tous les gens sont ivres sur les gradins
lorsqu'il était enfant pourtant il détestait le vin
Monsieur Zigzig est un clown-fusée
allumez-le il monte haut dans le ciel grand ouvert
mais lorsqu'il était petit seule une fessée
lui mettait le feu au derrière
Monsieur Fredo est clown-frigo
ouvrez-le et servez-vous en esquimaux
Monsieur Vroum est clown-aspirateur
il avale tout ciseaux papiers cailloux pour votre bonheur
Monsieur Marteau lui est clown-piano
quand on lui tape dessus il joue des airs
autrefois il aurait répondu à coups de poing
et toi, garçon, quel drôle de clown seras-tu ?
quel mal sauras-tu te faire
pour faire aux autres du bien ?
Jean-Louis Maunoury, Le Clown, éditions Motus
***
Granulés
Un oiseau
qui mange trop
de granulés
devient
gras
nul
et laid.
Michel Besnier
***
Toutes les mains
Il y a des mains de bruyère
qui nous font signe
sur les chemins du soir
Il y a des mains d'eau calme
qui dorment sur le sable
Il y a la main de l'aube
où la mésange fait son nid
Et la main de pierre aussi
où le lézard se nourrit de soleil
Toutes les mains ont leur histoire
qu'elles soient filles des oiseaux
ou de la neige reposée
ou rude écorce
ou feuille douce
et la caresse est leur mémoire
Jean-Pierre Siméon, La Nuit respire, Imprimerie de Cheyne
***
L'arbre bercé
pour Anaïs
Mon enfant, ne tremble pas
tu portes un arbre dans tes bras
le vent te coiffe
et l'oiseau glisse dans ta voix
Allonge-toi fragile
dans le drap odorant d'une ombre
caresse la barque des feuilles
Dors, mon enfant
dans tes branches closes
tu tiens dans ton poing fermé
le fruit chaud du silence
Et chaque jour plus haut
mon enfant
tu deviens l'arbre que j'attends
Jean-Pierre Siméon, La nuit respire, Imprimerie de Cheyne
***
La chenille
Elle épouse le rail unique des nervures
Avec ses soufflets ses wagons
tous nos raves en voiture
jusqu’à la gare papillon
Omnibus et chenillard
voici donc la gare cocon
agitez vos blancs mouchoirs
mon terminus c’est papillon
Voici la fin de l’aventure
je m’envole c’est ma station
qu’on me pardonne les ratures
puisque voilà le papillon.
Jean-Hugues Malineau
***
Tu as tout à me dire
de l’onde des tes rêves.
Mais tu ne sais plus.
Rien qui soit à la portée de tes mots.
Il te reste un poudroiement lointain,
un trouble merveilleux
et tes yeux qui font leur plein de lumière.
Gérard Cousin
***
Sourire
à un enfant turc
Ton sourire ouvre la porte du monde
ton geste doux parle d’un pays
d’arbres et de sources
de chants ensoleillés
de tambours qui battent dans la nuit
de légendes au cœur gros
du blé qui pousse si haut dans la montagne
et du vent au goût de résine
Ton sourire ouvre la porte du monde
il est comme un enfant volant dans l’azur
il va et vient et ne veuf jamais s’arrêter
Michel Cosem
***
J’ai vu le menuisier...
J’ai vu le menuisier
Tirer parti du bois.
J’ai vu le menuisier
Comparer plusieurs planches.
J’ai vu le menuisier
Caresser la plus belle.
J’ai vu le menuisier
Approcher le rabot.
J’ai vu le menuisier
Donner la juste forme.
Tu chantais, menuisier
En assemblant l’armoire.
J e garde ton image
Avec l’odeur du bois.
Moi j’assemble des mots
Et c’est un peu pareil.
Eugène Guillevic
***
La trompe de l’éléphant...
La trompe de l’éléphant,
c’est pour ramasser les pistaches
pas besoin de se baisser.
Le cou de la girafe,
c est pour brouter les astres
pas besoin de voler.
La peau du caméléon,
verte, bleue, mauve, blanche,
selon sa volonté,
c est pour se cacher des animaux voraces
pas besoin de fuir.
La carapace de la tortue,
c’est pour dormir à l’intérieur,
même l’hiver :
pas besoin de maison.
Le poème du poète,
c’est pour dire tout cela
et mille et mille et mille autres choses
pas besoin de comprendre.
Alain Bosquet
***
Tu me grondes
parce que j’ai les doigts
de toutes les couleurs
noir-polar
ou jaune-sable des squares
parfois blanc-banquise
ou rouge-révolution
et même bleu-contusion
Tu me grondes
et tu te trompes
mes doigts je les ai trempés
dans l’amitié
des mains
des enfants
du quartier
des enfants
du monde entier
Joël Sadeler
***
Le Sphinx
Le sphinx est mort
Il n’a jamais cessé
De fixer
Devant lui
François Vey (né en 1979)
***
Au feu !...
Au feu !
Au feu
Au fe
Au
A
Pierre ETAIX (né en 1928)
***
Le pou et l’araignée
Tu es vraiment trop moche
Disait le pou à l’araignée
Avec ton ventre et ta bidoche
Avec ton manteau en galoche
Et ton nez comme une pioche
Pou, je te trouve un peu cloche
Lui répliqua l’araignée
Tu es si petit si bancroche
Tu ne vaux pas une taloche
Pour te voir faut que je m’approche
Sommes-nous beaux sommes-nous moche
Ce n’est pas ta laideur qui me fera plus belle
Ni la mienne à ce que tu crie
Qui t’embellira.
Jacques Gaucheron (né en 1920)
***
La mouche qui louche
Chaque fois que la mouche qui louche
veut se poser sur le plafond
elle s’y cogne le front
et prend du plâtre plein la bouche
Moralité
Pauvres mouches qui louchez
Posez-vous sur le plancher
Jean Orizet (né en 1937)
***
Il m’a dit
Il m’a dit :
Ma race est la race jaune ;
J’ai répondu :
Je suis de ta race.
Il m’a dit :
Ma race est la race noire.
J’ai répondu :
Je suis de ta race.
Il m’a dit :
Ma race est la race blanche.
J’ai répondu :
Je suis de ta race.
Car mon soleil faut l’étole jaune
Car je suis enveloppé de nuit ;
Car mon âme, comme la pierre de la loi
Est blanche
Edmond Jabes, 1912-1991)
***
Si...
Si la sardine avait des ailes,
Si Gaston s’appelait Gisèle,
Si l’on pleurait lorsque l’on rit,
Si le pape habitait Paris,
Si l’on mourait avant de naître,
Si la porte était la fenêFre,
Si l’agneau dévorait le loup,
Si les Normands parlaient zoulou,
Si la Mer Noire était la Manche
Et la Mer Rouge la Mer Blanche,
Si le monde était à l’envers,
Je marcherais les pieds en l’air,
Le Jour je garderais la chambre,
J’irais à la plage en décembre,
Deux et un ne feraient plus trois
Quel ennui ce monde à l’endroit !
Jean-Luc Moreau, (né en 1937)
***
Kilimandjaro
Petit à petit
La fourmi
Gravit
Le Kilimandjaro.
Juste pour voir,
Une seconde,
Ce que l’on voit
Du toit du monde.
Puis à la fin de son voyage,
La tête dans les nuages,
L’insecte se réjouit
D’être pour cette seconde
La plus grande fourmi
Du monde.
Thomas Scotto, (né en 1974)
***
Girafe
Quand je serais grand, je serais girafe
Pour être bien vu par les géographes.
Pas éléphant blanc, c’est trop salissant,
Ni serpent python, ni caméléon.
La girafe est belle, elle est une échelle
Entre sol et ciel, l’herbe et le soleil.
Mammouth, c’est trop tard, et marsouin trop loin,
Le chameau a soif, le saurien a faim.
Tandis que girafe on a des pattes!
Un cou bien plus haut que le télégraphe !
Le kangourou boxe, il reçoit des coups,
Il a une poche, mais jamais un sou.
Non, décidément quand je serais grand,
Je serais girafe et vivrai cent ans.
Alors sa maman lui dit tendrement:
C’est trop d’ambition, mon petit gardon!
Marc Alyn, L ‘arche enchantée, Editions ouvrières.
***
Les hiboux
Ce sont les mères des hiboux
Qui désiraient chercher le poux
De leurs enfants, leurs petits choux,
En les tenant sur les genoux.
Leurs yeux d’or valent des bijoux
Leur bec est dur comme cailloux,
Ils sont doux comme des joujoux,
Mais aux hiboux point de genoux !
Votre histoire se passait où ?
Chez les Zoulous ? Les Andalous ?
Ou dans la cabane bambou ?
A Moscou ? ou à Tombouctou ?
En Anjou ou dans le Poitou ?
Au Pérou ou chez les Mandchous ?
Hou ! Hou !
Pas du tout, c’était chez les fous.
Marc Alyn, L ‘arche enchantée, Editions ouvrières.
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Conseils donnés par une sorcière
Retenez-vous de rire
Dans le petit matin.
N’écoutez pas les arbres
Qui gardent les chemins !
Ne dites votre nom
A la terre endormie
Qu’après minuit sonné !
A la neige, à la pluie
Ne tendez pas la main !
N’ouvrez votre fenêtre
Qu’aux petites planètes
Que vous connaissez bien !
Confidence pour confidence
Vous qui venez me consulter méfiance, méfiance,
On ne sait pas ce qui peut arriver.
Jean Tardieu, Monsieur, Monsieur,
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Il était une feuille
Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de cœur
Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de cœur
Il était une fois un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de cœur
Cœur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l’arbre
Racines vignes de vie
Vignes de chance
Vignes de cœur
Au bout des racines il était la terre
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre
Robert Desnos, Portes battantes
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De temps en temps les nuages
Nous reposent
De tant regarder la lune.
Haïku de Bashô
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Dialogue
- On n’abat que les arbres qui gênent les plus forts.
- La loi est la même pour les hommes.
- L’homme a des oreilles. Pas l’arbre.
- Mais l’arbre écoute. Pas l’homme.
- L’homme a deux poumons. Pas l’arbre.
- L’arbre est un poumon. Pas l’homme.
- A quoi lui sert de vivre s’il doit être immobile.
- Ce n’est là qu’illusion l’arbre marche la nuit.
- L’homme aussi se tient debout.
- Mais l’arbre jamais ne plie.
- C’est vrai : l’homme parfois se penche et se gratte la cheville.
- L’homme voyage. Pas l’arbre.
- L’arbre voyage : les oiseaux lui disent tout.
- L’homme, pour faire l’arbre, se met tête à l'envers.
- L’arbre n’a nul besoin de faire l’homme.
Jacques Fournier, Arbrures, Epi de seigle
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Le petit chat blanc
Un petit chat blanc
Qui faisait semblant
D’avoir mal aux dents
Disait en miaulant :
“ Souris mon amie
J’ai bien du souci
Le docteur m’a dit
Tu seras guéri
Si entre tes dents
Tu mets un moment
Délicatement
La queue d’une souris. ”
Très obligeamment
Souris bonne enfant
S’approcha du chat
Qui se la mangea.
MORALITE
Les bons sentiments
ont l’inconvénient
d’amener souvent
de graves ennuis
aux petits enfants
comme-z-aux souris
Claude Roy ; Enfantasques, Ed. Gallimard
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La Sauterelle
Saute, saute, sauterelle,
Car c’est aujourd’hui jeudi.
Je sauterai, nous dit-elle,
Du lundi au samedi.
Saute, saute, sauterelle,
A travers tout le quartier
Sautez donc, Mademoiselle,
Puisque c’est votre métier.
Robert Desnos, Enfantimages
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Rayon vert
Le rayon vert a disparu
Un soir
Entre la mer
Et l’horizon
Habite-t-il
D’autres étés ?
S’est-il noyé ?
Se cache-t-il dans l’arc-en-ciel ?
Madeleine Le Floch, Petits contes verts pour le printemps et pour l’hiver
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Plaintes de la tricoteuse
Suspendez les points
Points de suspension
Point et virgule
Virgule virgule point
Exclamons les points
Points d’exclamation
Interrogeons les interrogations
Point d’interrogation
Plusieurs points
Point point point
Et point à la linge
A la ligne
Philippe Soupault, Poèmes et poésies 1917-1973
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A marée basse,
Bernard l'ermite
parfois invite
A boir'la tasse,
Dans un vieux gîte,
Des crustacés
Mal élevés ;
La langoustine
Fait grise mine
Et la crevette,
C'est le bouquet,
A la hoquet.
Eric Dauzon, La mer à boire, les enfants terribles, 1998.
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Il neige
Le paysage
est une page blanche
Les arbres nus
des encres noires
dans les marges
Quelques oiseaux dessinent
des points de suspension.
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La nuit
dans les branches
est lourde
comme un nid de pies
La lune pend
à une branche
comme une lanterne.
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Les racines
sont mots de la terre
les nuages
mots de l’air
les vents
mots du rêve
les averses
mots de la mer
qui questionnent les étoiles
Le ciel
est un buvard.
Marie-Josée Christien
Début de « Conversation de l’arbre et du vent »
Collection A la cime des mots (poésie Jeunesse)
Editions TERTIUM, 2008
Vous pouvez dès maintenant nous envoyer les poèmes qui vous touchent et touchent les enfants sans tomber dans la mièvrerie. Même si nous avons laissé quelques "classiques", nous voudrions avant tout, que cette page soit une page de découverte.
Et bien sûr, les enfants (et les poètes...) ont aussi et surtout la parole.