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Extraits critiques sur Guy Allix
« Que poésie soit à la fois recherche d'un langage et essentielle compagnie, votre recueil m'en assure : l'écriture ne peut mentir, elle révèle le fond le plus secret, la démarche de celui ou de celle qui respire, vit et se libère...Vos poèmes sont au nombre de ceux que je relirai, une voix parmi celles qui m'accompagnent. »
Pierre Seghers (lettre)
« La retraite de Guy Allix doit s'entendre de deux façons. Il a créé ce lieu d'écriture où il se retranche, parce qu'en ce lieu s'érigent ces pierres d'os rongés où bat le sang de sa mémoire. Et cette retraite est, également, résistance à ce qu'il y aurait de douteux dans tel ou tel emportement lyrique auquel il ne peut (ni ne veut, bien sûr ! ) consentir. Mais cette retraite, me semble-t-il, n'est pas, pour autant, écart ou éloignement, ni retranchement hors du monde des humains. C'est au contraire. Il y a là cette chaleur pudique et très exigeante, que l'on va, lisant les pages qui suivent, découvrir. »
Hubert Juin (Préface de Mouvance mes mots)
« Mouvance mes mots [...] peut se lire en vingt minutes, ou en toute une vie. "Sobriété abondante" constate Hubert Juin, magnifique préfacier. C'est que les mots, en leur mouvance, viennent du plus profond. Pierres rares, encore brûlantes ou déjà calcinées, qu'une glaciale éruption volcanique nous jette à la face et qui nous révèlent l'universel feu central. Un aveugle nous peint ses visions. Un sourd fait écho à ses voix. Un homme nous crie son mal de vivre et son angoisse de périr « Tout cela finira par de la terre, même ton cri », « Tu voles de la parole sur la mort ».
Inextricable écriture où le sec se mélange à l'humide comme la mort à la vie ; pluie, sperme, sang et salive ondoyant le prochain squelette. Et la tanière des ventres où se ressourcer toujours...Ainsi la poésie essentielle de Guy Allix n'est-elle pas cette chanson douce pour égayer le désastre de la vie. Elle n'est pas parure pour le drame, mais le drame lui-même révélé dans une inlassable interrogation. Elle nous traque dans notre plus intime ; elle est cri primal et murmure d'agonie ; les mots - chacun dans son irréfragable densité - nous frappent comme des météorites, ouvrant en nous la faille où s'engouffrent les salutaires angoisses.
Il faudrait lire Mouvance mes mots comme les croyants font de leurs textes sacrés : à petites étapes, par bribes et morceaux, dans les temps creux comme dans les temps forts, pour y apprendre selon les heures la dérision de l'existence ou son exaltation. Guy Allix, dont on commence à savoir qu'il est un de nos meilleurs poètes, a porté là son écriture à un rare degré d'incandescence. Ses mots nous brûlent, terrible et bienfaisant embrasement puisqu'il détruit le cal des vaines quiétudes et cautérise la lancinante blessure d'exister. »
Gilles Perrault (« Normandie-Magazine » 1984)
« ...A lire "Mouvance mes mots", on retrouve parfois, en de¬hors de tout rappel précis, l'atmosphère envoûtante de la troisième "élégie de Duino". Au delà du toi et du moi, une force obscure s'empare de l'être, en distend les formes, tord le jeu d'ombre et de lumière, envahit l'espace et le replie sur lui-même... »
Jean-Louis Backès (article inédit)
« J'ai énormément savouré votre livre comme un de ces moments rares où l'on découvre un être... Le pouvoir que vous avez de condenser en quelques vocables une très vaste angoisse ou douleur ou vision est aussi stupéfiant que celui des Japonais... « Dehors la pluie rêve d'un autre ciel » résonne en moi aussi lointainement que ce vieil haïkaï :
« L'hiver, la mer glacée
Qu'elle a du mal à dormir
La mouette. »
Composé il y a bien longtemps par un moine en chemin de haïboun... Dans une époque aussi vulgaire, "quand le silence a peine à vivre"; il est merveilleux que quelques veilleurs dont vous êtes, volent encore, et à quel prix, "de la parole sur la mort". Et avec une telle concision, une telle élégance, une telle absence de pathos, que ceci, pour un peu, passerait pour naturel. »
Jean Paris (lettre, 1984)
« Un livre comme "Mouvance mes mots" de Guy Allix surprend et trouble en nous rendant très présents des aspects du monde physique et moral.
C'est une œuvre dure et dense, sans effusions lyriques, sans concessions ni pudeur inutile, qui, comme le remarque Hubert Juin dans sa préface, manifeste "l'opération d'un extrême refus". On pourrait la qualifier d'existentielle dans la mesure où, ignorant un quelconque ordre du monde, elle exprime les angoisses d'une conscience enfermée dans l'ici-maintenant. L'auteur, qui a très peu publié et ne laisse rien transparaître de sa biographie, semble hanté comme jadis un Kierkegaard par un sentiment tragique d'insécurité. Faute d'atteindre à une transparence qui toujours se dérobe, ou simplement à une paix intérieure, il se trouve rejeté vers son moi et ses souffrances, sans espoir d'une ultime libération :
« Cela finira par de la terre même ton cri. »
Le beau titre de l'ouvrage peut à lui seul en suggérer les tendances directrices, si l'on se donne la peine d'en peser les éléments. S'y révèlent à la fois l'instabilité d'une situation vécue au jour le jour, la subjectivité délibérée, la recherche d'un recours dans le langage. La mouvance est du reste acceptée comme telle ou même justifiée par l'insolite citation d'un sociologue voulant passer de "l'élimination des contradictions au corps à corps avec les contradictions" ; elle est hautement assumée par Guy Allix qui relève une "parole troublée, tremblante, qui dit tout plutôt qu'un...".
De fait les brefs poèmes indiquent tantôt des pulsions érotiques et tantôt une profonde lassitude, tantôt un élan vital et tantôt un goût de mort. Ils en reviennent tôt ou tard au corps, à ses besoins et douleurs, à ses sueurs, à ses spasmes, dans un continuel constat vigilant et obsédant.
Cette voix n'est donc pas plaisante à entendre, mais elle doit être écoutée. Sa sincérité, sa force le méritent. Et elle s'adoucit en de rares instants qui n'en sont que plus précieux... »
Georges Sédir (« Le Républicain Lorrain », 4 octobre 1985)
« Mouvance mes mots de Guy Allix est un livre majeur car nous sommes en présence d'un poète qui va plus loin que bien d'autres dans l'interrogation de la vie et du temps...Une réalité vivante commande et creuse cette poésie pudique et exigeante où un homme retrace son itinéraire intérieur...Quête - de quelle vérité perdue ? - la parole de Guy Allix est éclat de voix vouée à sa perte, "cela finira par de la terre même ton cri", mais aussi volonté de se dépasser sans cesse : "la faille enrichit et dépasse"... Guy Allix parle juste dans sa voix d'éternel errant, conscient de la vanité, voire de l'inutilité de toute action dans cet univers chaotique où nous ne cessons de nous égarer et de nous perdre... Les images et sensations bouleversantes de Guy Allix viennent du plus profond d'un être qui "se sauve" par ses admirables stèles d'une mémoire qui éclatent en buissons ardents où poète et lecteurs brûlent littéralement au feu des mots."
Joseph-Paul Schneider (« Luxemburger Wort », 17 janvier 1985)
« Ce fut un grand bonheur pour moi de vous découvrir. Certes d'une part dans la généreuse analyse que vous faites des autres poètes, telle votre entrée à travers une porte fermée dans l'univers de Guillevic mais d'autre part et surtout par vos propres poèmes. Je n'avais lu de vous auparavant que les beaux (mais peu nombreux) poèmes parus dans les cahiers que Marcel Jullian m'envoyait fidèlement mais c'est une œuvre d'une toute autre ampleur que je découvre, vous remerciant de vos dédicaces, heureux (comme vous le devinez) de couper les pages.
Ampleur n'est pas un très bon mot car votre œuvre me paraît plutôt définie par le lien entre la rigueur, la brièveté, la concision d'une part et l'émotion poétique d'autre part.
Je lis toujours plusieurs fois les poètes et je découvre de nouvelles beautés à chaque lecture. Telle est l'aventure que je vis pour mes derniers jours de vacances en vous relisant. »
Jean Bernard (lettre, septembre 1990)
« Te lisant, toujours le coup au cœur, cette bouche vide, cette angoisse curieusement roborative. Après j'essaie vainement de me l'expliquer. Il me semble qu'avec ces "fragments des fuites", tu n'as jamais été à ce point au plus près, au plus juste - au bord de l'indicible -. Les derniers mots possibles avant la grande mort. C'est d'une extrême violence. C'est d'une rare tendresse. "Taire au plus juste la voix". Tout est là. Mais après cette magnifique et terrible réussite, est-il encore pour toi une écriture possible ? Mouvance mes mots : il me paraissait difficile d'aller plus loin. C'est fait. Il me semble impossible d'aller plus loin. Je sais que tu le feras. Tu es un grand poète. Je t'envie."
Gilles Perrault (lettre, 1987)
"Tes fragments sont arrivés au Caire martyrisés par un douanier stupide qui les a pliés en deux, après avoir essayé de les lire. Après soins, il reste une brisure au dos entre ton nom et le titre, un de ces abîmes proches que ne cessent d'indiquer, de frôler, tes poèmes. Tout serait dans cette crispation suprême, orgasme mortel et rétraction du monde, selon la doctrine stoïque : tout en un point et il n'y a plus qu'à exploser.
Le souffle même, qui m'est si cher, et j'apprécie en ami qu'il figure dans le poème que tu me donnes, le souffle, tu le fais obéir à cette loi de systole. Mais le travail de la syntaxe, je le devine sans en pouvoir encore rendre compte. C'est ta syntaxe d'abord qui est fragments. Liaisons qui ne se raturent pas. Phrases selon des modèles non vus. L'arbre chomskyen semble un buisson grotesque dans un jardin de notaire.
Mais on finit sur trois alexandrins. Est-ce pour redoubler les six syllabes de Le nom enténébré ? »
Jean-Louis Backès (Lettre, 1988)
« Merci de m'avoir envoyé votre beau Mouvance mes mots qui m'atteint à l'essentiel. Il est assez rare que la poésie actuelle m'émeuve, me paraisse originale. J'ai découvert avec vous quelque chose de fort et de vrai, l'expression admirablement juste du lieu de l'amour -tel que je le comprends, ce « ventre qui devient la scène et le souvenir »- de la mort et des mots. Vous avez des phrases que j'aimerais avoir écrites, comme « agripper la forme sur l'abîme, chaque instant le dernier poème ». Continuez à écrire des textes aussi beaux, denses, obtenus, je le sens, au prix de l'exigence la plus douloureuse."
Annie Ernaux (lettre, 1992)
« Oui, les poètes osent rêver la vie, rêver le temps, passer par le vrai chemin du monde, fait de tendresse et d'ardeur. Il y a dans ces brèves, une détermination, une force, la leçon d'une souffrance, le poids du silence, un livre comme un bûcher. J'aime cela. »
J.M.G Le Clézio (lettre)
« Enfant des corons, Normand d'adoption, spécialiste de Jean Follain, à 40 ans Guy Allix tisse une œuvre poétique fluide et réfractaire à la fois. Mouvance des mots, aimantation pour le souffle oriental, « imprononçable silence », il y a là comme les traces d'un sans-lieu, les fragiles indices d'une solitude de briques rouges. On suit, somnambule, la mystérieuse ordonnance d'une prière païenne sur les rives de glaise: « Le vent murmure ta sueur / Quelque part entre les os et la peau / Ton impatience de vivre / Dans ce pays si loin de toi » Dans sa préface, Pierre Dhainaut insiste sur l'exigence minimale, le risque absolu, « l'argile féconde et patiente » qui nourrit le souffle d'Allix. »
Patrice Delbourg, L'Evénement du jeudi, 5 août 1993
« « J'ai perdu le Nord et mon enfance », écrit Guy Allix au terme de l'extraordinaire recueil qu'il donne à lire chez Rougerie. Mais cette perte, cet égarement forcent le poète à culminer - c'est le plus beau des paradoxes - par une humilité qui trouve ses racines précisément dans ce qui est perdu : « C'est là que j'ai appris l'humilité, que j'ai appris à m'enfoncer dans la terre ». Le Nord éclaire donc en 19 pages toute la pauvreté avouée dans la première partie du livre. Guy Allix ne surplombe rien. Il écrit à hauteur de terre; il écrit avec la main qui tremble, avec les arbres frissonnants. Il écrit d'une main écorchée; il écrit peu, il écrit avec le peu.
Un grand poète s'impose dès les premières pages. Sa parole est enracinée dans la nôtre. C'est là sans doute, la marque principale de sa fragilité fondatrice. Car, dès lors qu'il s'agit de nommer la stupeur, il s'établit entre le poème et nous une connivence. La connivence, ce n'est pas l'évidence, ce n'est pas l'acclamation des forces communes, moins encore l'embrigadement idéologique ou esthétique. Mais on trouve bien, chez Allix, l'éloge d'un silence, d'une impossibilité de parler devant l'essentiel, qui la fonde. Pour citer Bourbon-Busset: « L'absolu n'est pas dans l'immense, mais dans l'intense ». Le travail du poète dépose alors l'intensité - et la ténuité - sur la page. Pour Guy Allix, il s'agit de ramener sans cesse la parole aux frontières silencieuses qui, tout à la fois la définissent et la menacent. C'est la raison pour laquelle, sans doute, le poète a construit son recueil comme de la musique. Des images reviennent, des sentiments affleurent, se répondent, et le livre se donne ainsi avec une exquise harmonie, parce que l'égarement et la perte qu'il ne cesse d'exprimer enfantent aussi la certitude du partage.
Campé devant les arbres, seul sur la terre, battu par les vents, le poète se sent traversé par ce qu'il voit. Son corps et la nature entretiennent entre eux des rapports bien plus que métaphoriques. Ils sont étonnamment fusionnés. Le poème de Guy Allix - poème toujours très bref, toujours très harmonieux, sans coup de gueule, sans effet gratuit - revient à cette fusion éprouvée par le corps. Si le texte est court, c'est précisément parce qu'il tente une réconciliation avec le monde du silence. Ainsi sommes-nous: entre la certitude d'appartenir à la Nature et l'incapacité d'assumer son mutisme, nous tremblons. Les poèmes de Guy Allix tremblent avec nous, d'avoir perdu le temps de la fusion. Ils tremblent du chagrin de parler. Ils tremblent de la force de parler. Ils tremblent d'être là, de le savoir et de le dire.. »
Lucien Noullez, « Le journal des Poètes », décembre 1993
« Avec Patience, ferveur, en espérant « retenir la vie/ par le son de quelques mots/ qui fusent dans le soir », Guy AIlix poursuit son chemin poétique. « quelque part entre silence et fureur », confirmant son talent pour « rapprocher les mots de la terre » et devenant, au fil des ans, du côté de Jean Follain, mais aussi du regretté Guillevic, un grand. Ce qui est remarquable dans ce style concis, modelé, tendre, arraché parfois, c'est la justesse des images, rares mais toujours au plus proche de la cible, c'est le souffle, qui pourrait être lyrique (ô bon vieux temps de La Tête des songes) mais se retrouve maîtrisé, dominé. Comme « l'haleine rentrée d'un mot."
Jean-Luc Maxence. « Les Cahiers du Sens ». 1997
« Comme ce paysage de roche et d'eau pure, glacée, vos poèmes sont dépouillés, alliant dureté et transparence - ils ont la beauté de l'austère. Vous prenez le langage comme un matériau à la fois immatériel, sonore, obscur, et vous le travaillez comme on taille le silex faisant surgir des lueurs, donnant aux mots tranchant et reflets, et vous traquez, quêtez le « son pur » -impossible, infiniment désiré, comme les jardiniers-alchimistes tournent autour de la rose noire. et vous avez ce vers si sobre, si juste, où se concentre votre écriture, et qui résonne au creux de vos poèmes :
« tout ce qu'il faut taire pour dire ».
Encore merci pour ce très beau recueil. »
Sylvie Germain, lettre
« L’œuvre poétique de Guy Allix se construit quelque part entre silence et fureur, elle est portée par un souffle insolite et sûr de lui brûlant les mots, et bridée par le refus de l’effusion lyrique : de là des poèmes brefs, archipels ou simples îlots dans l’écume des pages, qui disent la souffrance et la difficulté d’être, qui disent la patience de la terre et la beauté d’une rose dans sa fragilité même, la trace irréfutable d’exister et l’effacement. Pas de lamentation dans cette œuvre construite face à la mort,, au contraire une énergie qui sourd du corps, un cri dont l’onde de choc accompagne la dureté des syllabes.
Aux éditions Rougerie, ces vingt dernières années, Guy Allix a publié des poèmes hantés par les questions de la nuit, d’autres illuminés par le sourire de l’amour, des poèmes où la cendre côtoie la semaison, des poèmes de sang et de sève. »
Gérard Poulouin, « Le Mois à Caen » (octobre 2003)
« J’ai lu les deux recueils que vous m’avez offerts. Et j’ai perçu, vous donnez à percevoir de l‘intérieur une tension entre la pré-science de la mort et l’intensité du désir, une tension qui est notre secret commun. C’est pour cela entre autre que votre poésie nous parle. D’un poème à l’autre, mort et désir se font miroir. Et c’est bien cela. D’une part : « cette nuit en toi qui t’aveugle, Qui coule et qui assiège la blancheur hagarde. »
Et « l’aveu du peu de soi/ S’écoule blessé entre les lèvres »
Et d’autre part (l’autre pente de la même crête où vous vous tenez) !
« Tout au bord de toujours vivre/exposé au souffle »
Oui « tout ce qu’il faut taire pour dire. »
Jean-Philippe Domecq, lettre
« Une fois le corps épuisé, l'espoir malmené, le sentiment blessé... Que reste-t-il au poète ? Et bien les mots. Face au vide, au rien, les mots que l'on «affronte à mains nues» demeurent les seuls à faire sens ; ils deviennent l'urgence. Alors «la voix retrouve un chemin inaudible», s'éloigne de «l'heure d'inexister». Le dernier recueil du poète Guy Allix, Le Poème est mon seul courage, prend ce chemin pour fuir peu à peu l'effacement, le silence, ces peurs ancrées dans la voix du poète. D'une meurtrissure intime, de la plaie, creusée à force d'être triturée, naît le chant sincère du poète, une parole juste, pure et forcément bouleversante. Le poème est ce qui demeure, le recueil des instants évanouis, «seul sillon à la trace de vivre». Le poème sera le dernier souffle et au-delà encore... Guy Allix esquisse ainsi une poésie sobre, exigeante, resserrée sur le vital. «À mesure que je suis plus démuni, la poésie me devient plus essentielle."
Nathalie Colleville, « Livre/échange », mai 2004
"Guy Allix : une poésie à odeur de soufre qui regorge de vie, où l'angoisse rejoint les gestes les plus quotidiens : voilà qui nous change de tant de mots accumulés sur tant de pages qui ne peuvent s'en défendre."
Gilles Pudlowski (Le quotidien de Paris), Janvier 1975
"Mais il n'y a pas à aller au diable vert pour remonter à Guy Allix car il dit présent à chaque mot. Sa poésie est de celles qui exultent à dire et qui ont l'innocence du débordement et de la révolte à cru et à nu. J'en ai de la tendresse pour sa parole."
Maryline Desbiolles (Offset n° 3)
"Guy Allix avoue ses tendresses comme ses faiblesses avec une franchise poignante rendue encore plus évidente par la sûreté extraordinaire de sa plume. L'ensemble pénètre l'ère du vide et Guy Allix n'en demeure pas moins l'un des tout neufs poètes les plus doués que je connaisse."
Jean-Luc Maxence (Monde et vie l974)
"Cette "parole d'elle-même, parlant je ne sais d'où m'atteint. Votre recueil est une mouvance vraie, habitée par des mots vrais."
Lucie Albertini (lettre 1984)
"Peu de mots, oui, mais efficaces parce que bien choisis, bien plantés et nourris."
Jean Rousselot (lettre, 1984)
"Merci infiniment, cher Guy Allix, pour vos poèmes qui sont l'or de votre inspiration, "volant de la parole sur la mort". C'est un cri plus que muet. Mais votre écriture est comme l'herbe, non pas lambeaux de terre mais tombeaux de l'air. Bravo pour vos poèmes courants et fluides..."
Jean Cayrol (lettre, 1984)
"Merci tout de suite pour cette mouvance des mots, je viens de découper le livre (un plaisir qui se fait rare) et d'en prendre en quelque sorte le pouls, ces mots toujours arrachés, toujours frémissants, nécessaires. Oui, "au corps à corps avec les contradictions", sans les habituelles facilités du point unique et du refuge."
Pierre Dhainaut (lettre, 1984)
"Voilà à quoi l'on pense, entre autre, en lisant Guy Allix. Ses poèmes donnent au lecteur l'impression d'avancer, à l'automne, dans un chemin couvert de feuilles et d'y ramasser des bogues privés de fruit. Débris, restes d'instants d'amour ou de tristesses de la chair, nids de souvenirs, nids abandonnés. Derniers reflets...
Rien n'est dit, assuré, formellement lié, aussi le lecteur va-t-il d'un fugitif à l'autre ! Il ne confiera pas à sa mémoire telle page pour la boire à l'heure de la solitude ; par contre, des nuages, des éclaircies, des pans de nuit, de jours, reviendront à son esprit. Et cela, tel qu'en l'auteur il y a eu, tel qu'en "Mouvance mes mots" il y a. Guy Allix ne donne ni à penser ni à rêver. Il donne à voir. Souvent aussi il donne tristesse. Violence, cri, morceaux d'images brisées, reliques, ruines, etc. sont déposés sur la page comme raisins noirs sur la table."
Joseph Leclerc (La Manche Libre, 1984)
"Les marginalités poétiques dans le monde ont des éveils surprenants et cachés ; elles mêlent anarchiquement des voix proches et lointaines. Voix qui gravent d'une profondeur mythique l'identité de l'être poétique qui ne traite pas du monde. Identité réfractaire à l'écriture poétique et à la critique.
Ainsi l'exil du "souffle de l'essai" demeure l'unique main éprise qui, par la maîtrise de ses gestes extrêmes, réalise l'approche et la trace de sa passion fondatrice - c'est à dire de son identité poétique-."
De là nous arrive le visage précurseur, visage qui sculpte dans un silence sublime ses rites particuliers sur la marge poétique en France. Ce visage profond c'est celui de Guy Allix. Poète qui se distingue par un imaginaire poétique qui met en oeuvre des rhétoriques où le fragmentaire, l'économique et le transparent jouent le rôle d'instruments essentiels. En outre ces rhétoriques s'appuient sur la force du quotidien et du marginal pour tenter de les mystifier, pour en faire l'essence d'une trace poétique autre. Enfin les rhétoriques de Guy Allix deviennent cette lumière voilant la nuit poétique fondamentale qui s'efforce de transformer les interrogations poétiques traditionnelles de l'Occident (interrogations portant sur l'Etre, la Raison, la Parole, la Métaphysique...) au moyen d'outils poétiques particuliers.
Voici pour nos lecteurs, la traduction de quelques poèmes de Guy Allix de son avant-dernier recueil "Mouvance mes mots" édité avant "Fragments des fuites"."
Jalal El Hakmaouï (Supplément culturel
de L'Union Socialiste Marocaine, 14 août 1988)
"Un livre comme "Mouvance mes mots" de Guy Allix surprend et trouble en nous rendant très présents des aspects du monde physique et moral.
C'est une oeuvre dure et dense, sans effusions lyriques, sans concessions ni pudeur inutile, qui, comme le remarque Hubert Juin dans sa préface, manifeste "l'opération d'un extrême refus". On pourrait la qualifier d'existentielle dans la mesure où, ignorant un quelconque ordre du monde, elle exprime les angoisses d'une conscience enfermée dans l'ici-maintenant. L'auteur, qui a très peu publié et ne laisse rien transparaître de sa biographie, semble hanté comme jadis un Kierkegaard par un sentiment tragique d'insécurité. Faute d'atteindre à une transparence qui toujours se dérobe, ou simplement à une paix intérieure, il se trouve rejeté vers son moi et ses souffrances, sans espoir d'une ultime libération :
"Cela finira par de la terre même ton cri."
Le beau titre de l'ouvrage peut à lui seul en suggérer les tendances directrices, si l'on se donne la peine d'en peser les éléments. S'y révèlent à la fois l'instabilité d'une situation vécue au jour le jour, la subjectivité délibérée, la recherche d'un recours dans le langage. La mouvance est du reste acceptée comme telle ou même justifiée par l'insolite citation d'un sociologue voulant passer de "l'élimination des contradictions au corps à corps avec les contradictions" ; elle est hautement assumée par Guy Allix qui relève une "parole troublée, tremblante, qui dit tout plutôt qu'un...".
De fait les brefs poèmes indiquent tantôt des pulsions érotiques et tantôt une profonde lassitude, tantôt un élan vital et tantôt un goût de mort. Ils en reviennent tôt ou tard au corps, à ses besoins et douleurs, à ses sueurs, à ses spasmes, dans un continuel constat vigilant et obsédant.
Cette voix n'est donc pas plaisante à entendre, mais elle doit être écoutée. Sa sincérité, sa force le méritent. Et elle s'adoucit en de rares instants qui n'en sont que plus précieux..."
Georges Sédir (Le Républicain Lorrain, 4 octobre 1985)
"Le poème pourrait-il être s'il n'était aussi, d'abord, la mise à la question de ses mots ? On l'accusa de résoudre trop vite nos contradictions ou de rendre la mort trop belle. Guy Allix n'a jamais eu à rejeter cette magie-là, le poème a toujours été pour lui un acte à la fois lucide et violent : "Révélation de feu/Un voile à abattre/Le poème est déchirure", disait-il en 1976 dès "l'éveil des forges".
Depuis rien ne s'est calmé. Dans "Mouvance mes mots" Guy Allix n'écrit qu'à travers l'"angoisse" qui "serre", "comprime et "ronge", non pas pour l'exorciser ou du moins l'apaiser, mais pour l'aiguiser. Ainsi se multiplient toutes ces images hors de nous comme en nous, dans la ville, dans le corps, de la nuit et de la mort, de la déréliction, de la putréfaction, "l'inéluctable". Le poème est ce mouvement, ce jaillissement plutôt, qui "agrippe la forme sur l'abîme", une "fulgurance". Nulle durée, en effet, le temps ici n'a point de continuité, il est perçu constamment brisé, instant par instant,("l'instant nu"), et le poème qui naît de ces trous n'essaie pas de rétablir les liens ou de couturer les lèvres de la blessure, il est lui-même une trouée, il est simultanément "déchiré" et déchirant, un cri qui se perdra, qu'il faudra répéter ("chaque instant le dernier poème") :
"Dernier souffle
Toujours sous le mot
Et dévide le dire au plus juste
L'échéance au fond du corps
Invente les lèvres d'un cri"
Urgence permanente, de la "secousse" à la "brèche", le poème de Guy Allix n'a pas droit au développement qui endort l'énergie, il s'effraie de tous les pièges auxquels nous ont habitués les mots, leurs "masques", leurs "mensonges". "Voler de la parole sur la mort" sans le souci de garder cette parole, "mettre à nu" : une telle exigence ne souffre aucun relâchement de la tension, elle a besoin des mots les plus serrés, les plus âpres, en petit nombre, autant que des raccourcis, les vers qui se cassent, les blancs qui les coupent : "crispé de mots", ce poème est également crispé de silence. Mais ce silence ne se prolonge pas, il ne fait pas rayonner un secret, il marque l'impossibilité de dire. Rien ne s'arrondit ou ne s'assourdit, Guy Allix fixe des "vertiges" et les "traverse". Avec lui la lucidité l'emporte, elle ne brise pas la violence et l'élan, au contraire, elle lui rend l'éclat, la "fulgurance sévère".
Pierre Dhainaut (La SAPE)
"A la fin du recueil, un court poème de deux vers - mais encadré de point de suspension - vaut art poétique.:
"... Rétréci le silence
au plus loin...
Poème programmatique et mode d'emploi du livre, qui ne donne pas à voir le compact mais le diffus. Et qui aère la continuité du des poèmes de notules en italiques qui invitent à les resituer, à les détacher, à s'en détacher. La première est d'ailleurs rappel des limites :
"Cela finira par de la terre même ton cri."
Et la dernière est invitation à ramasser, par delà les jalons laissés sur le chemin, ou au fil des pages, l'élan qui en est à l'origine et qui en dépasse le terme :
"Et tu ramasses ta fuite sous toi..."
Ultime affirmation de la continuité du désir par rapport à l'atomisation des mots, du corps, du moi. L'essentiel n'est pas dans mes mots, mais dans la mouvance qui les engendre, en émane et les dépasse."
Jean-Yves Debreuille (monographie Guy Allix)
"Nous voilà donc tout un petit cénacle à tenir Guy Allix pour un grand poète de notre temps."
Jean Paris (Lettre à Christian Rivot)
"La retraite de Guy Allix doit s'entendre de deux façons. Il a créé ce lieu d'écriture où il se retranche, parce qu'en ce lieu s'érigent ces pierres d'os rongés où bat le sang de sa mémoire. Et cette retraite est, également, résistance à ce qu'il y aurait de douteux dans tel ou tel emportement lyrique auquel il ne peut (ni ne veut, bien sûr ! ) consentir. Mais cette retraite, me semble-t-il, n'est pas, pour autant, écart ou éloignement, ni retranchement hors du monde des humains. C'est au contraire. Il y a là cette chaleur pudique et très exigeante, que l'on va, lisant les pages qui suivent, découvrir."
Hubert Juin (Préface de "Mouvance mes mots")
"Ces poèmes disent et ne disent pas, ils donnent et ne donnent pas, mais, ce faisant, ils désignent encore ce qu'ils ne sauraient dire, et délimitent le lieu de leurs refus, proposant tout à la fois pour énigme, et pour solution de cette énigme, la loi de leur équilibre subreptice, et de leurs voltes, entre évidence et allusions, mutisme et présence, abstraction et chaleur."
Gabrielle Althen (Vagabondages n° 16)
"Toute la puissance -la force- des cailloux est intérieure. Il en est ainsi des poèmes (des mots) de Guy Allix. Poèmes brefs, épurés, concis. Poèmes rudes, nus. La mémoire, ici, est ramassée, réduite à "cela", ramenée vers "cela" : vers le dernier poème. Le poème unique, la vie et la mort. Toute l'histoire de l'humanité, de l'homme : en ce seul poème, en ce caillou, en ce point, en "cela" : un signe, un souffle, la trace d'un passage. Nulle vérité, nul discours. Seulement comme un remuement des lèvres : une mouvance, un tremblement, un non-dit, l'inter-dit. Un écho. Une lave formelle. Sommes-nous dans le cri, au plus loin d'une parole sèche ? Ou déjà ailleurs, sur cette rive du temps où le temps n'est plus ?
"...Rétréci le silence/ Au plus loin...""
Gaspard Hons (Le journal des Poètes)
"Ne nous méprenons pas sur l'interprétation du recueil : l'angoisse, l'errance, la mort ne sont que des formes pour dire : "j'existe". "Mouvance mes mots" peut être lu, bien sûr, comme le constat d'un échec mais aussi, et surtout, comme la réussite d'une parole qui dit l'échec."
Dominique Malas (monographie Guy Allix)
"J'ai beaucoup apprécié "Mouvance mes mots" où la retenue s'allie à la générosité, où les mots parlent et se meuvent, où la poésie est dite avec la mort. Je crois qu'il s'agit là d'un recueil exceptionnel (et Juin l'a bien vu)."
Gaston Puel (Lettre, 1984)
"Comme me touchent votre errance, et la faille...Merci de cette langue "criant d'aveux". Et merci du courage que vous avez à l'arracher ainsi. A la combler ainsi de mort pour que tout soit vivant. Ah ! Cette conscience que vous mettez à nu !"
Bernard Vargaftig (lettre 1984)
"Est-il besoin de rappeler combien les poètes ont l'amour et le respect des mots, tout en se permettant de les torturer? Mais ces mots que sont-ils détachés de la phrase ? et quel pouvoir ont-ils dans leur isolement, leur nudité ? Toute écriture poétique joue des ambivalences et tout simplement de la polysémie.
On pourrait ainsi taquiner Guy Allix sur le choix de son titre "Mouvance mes mots" où on trouve à la fois les notions de mouvement, d'allégeance et de souveraine propriété, ce qui est une très bonne définition de l'écriture poétique. Question posée : le mot est-il dès l'abord dans la mouvance du poète qui le soumet à toutes les dominations ? ou n'entre-t-il dans sa mouvance qu'une fois soumis aux caprices combinatoires ? (Paul Chaulot a écrit : "Je suis vassal de mon poème / Comme l'est le maçon de son mur"). Le poète n'est-il pas en perpétuelle mouvance avant d'être un suzerain pointilleux ?
En tous cas Guy Allix a une haute idée du langage, de la parole. Il écrit ; "Le poème criant d'aveux" ou "le verbe écarquillé sur l'herbe et sur la bave" et plus loin : "tu voles de la parole sur la mort".
On trouve par ailleurs une richesse des images, une perfection dans les assemblages de mots. Par exemple : "la ville repassait son linge"..."Les vitrines agenouillaient les femmes en troupeaux"". Le sang se blottit dans un coin de la mort"..."L'échéance au fond du corps/Invente les lèvres d'un cri". N'est-ce pas admirable ?"
Jean Bouhier (Carte noire n°8)
"Il y a là une authentique passion du langage"
Georges-Emmanuel Clancier (lettre 1984)
"Mouvance mes mots" de Guy Allix est un livre majeur car nous sommes en présence d'un poète qui va plus loin que bien d'autres dans l'interrogation de la vie et du temps...Une réalité vivante commande et creuse cette poésie pudique et exigeante où un homme retrace son itinéraire intérieur...Quête - de quelle vérité perdue ? - la parole de Guy Allix est éclat de voix vouée à sa perte, "cela finira par de la terre même ton cri", mais aussi volonté de se dépasser sans cesse : "la faille enrichit et dépasse"... Guy Allix parle juste dans sa voix d'éternel errant, conscient de la vanité, voire de l'inutilité de toute action dans cet univers chaotique où nous ne cessons de nous égarer et de nous perdre... Les images et sensations bouleversantes de Guy Allix viennent du plus profond d'un être qui "se sauve" par ses admirables stèles d'une mémoire qui éclatent en buissons ardents où poète et lecteurs brûlent littéralement au feu des mots."
Joseph-Paul Schneider (Luxemburger Wort 17 janvier 1985)
"Ce fut un grand bonheur pour moi de vous découvrir.
Certes d'une part dans la généreuse analyse que vous faites des autres poètes, telle votre entrée à travers une porte fermée dans l'univers de Guillevic mais d'autre part et surtout par vos propres poèmes. Je n'avais lu de vous auparavant que les beaux (mais peu nombreux) poèmes parus dans les cahiers que Marcel Jullian m'envoyait fidèlement mais c'est une oeuvre d'une toute autre ampleur que je découvre, vous remerciant de vos dédicaces, heureux (comme vous le devinez) de couper les pages.
Ampleur n'est pas un très bon mot car votre oeuvre me paraît plutôt définie par le lien entre la rigueur, la brièveté, la concision d'une part et l'émotion poétique d'autre part.
Je lis toujours plusieurs fois les poètes et je découvre de nouvelles beautés à chaque lecture. Telle est l'aventure que je vis pour mes derniers jours de vacances en vous relisant."
Professeur Jean Bernard (lettre septembre 1990)
"Une course vide où le corps se prend aux mots : telle est la tonalité de ce nouveau recueil de l'auteur de "Mouvance mes mots". Les pas sont presque impossibles dans le jour en lambeaux et dans la vie trop brève. Les mots se crispent dans le ventre et invitent à taire "au plus juste la voix".
Guy Allix participe d'une poésie fragmentaire où le corps crie une indicible souffrance et fuit dans l'imprononçable qui soudain donne naissance à quelque "nom enténébré"."
Daniel Leuwers (Sud)
"Merci pour cette poésie profonde. J'ai lu vos fragments avec attention, puis avec gravité. La rigueur de votre écriture me rend plus présente la fièvre de votre quête. "Si peu de nous arrivera à l'heure du monde"."
Jamel Eddine Bencheikh (lettre 1989)
"Le vécu intérieur de Guy Allix a sa propre voix. Il suffit de l'écouter en lisant "Fragments des fuites". Une voix parfois crue dans les mots et, pourtant toujours empreinte de pudeur, de sensibilité, de chaleur et d'humilité."
Florence Berruer (Ouest-France, 1987)
"...chez Guy Allix, il s'agit d'un arrachement...qui conduit le poète jusqu'à l'épuisement du corps et des mots.
"...Dire le souffle qui vient
Et puis s'épuise
Gonfle et vide les formes..."
Il se dégage de ces textes haletants un sentiment d'insécurité et de gravité tragiques, mais également une volonté de dépasser cette sensation physique de flottement et de passages à vide -qui confinent à l'effacement en captant, goutte à goutte, chaque vibration de vie : " Sans cesse urge/ Le temps de dire/ Et de tirer sur la mort". Paroles comme gestes pour repousser la mort..."
Joseph-Paul Schneider (Luxemburger Wort, 1987)
"Te lisant, toujours le coup au cœur, cette bouche vide, cette angoisse curieusement roborative. Après j'essaie vainement de me l'expliquer. Il me semble qu'avec ces "fragments des fuites", tu n'as jamais été à ce point au plus près, au plus juste -au bord de l'indicible-. Les derniers mots possibles avant la grande mort. C'est d'une extrême violence. C'est d'une rare tendresse. "Taire au plus juste la voix". Tout est là. Mais après cette magnifique et terrible réussite, est-il encore pour toi une écriture possible ? "Mouvance mes mots" : il me paraissait difficile d'aller plus loin. C'est fait. Il me semble impossible d'aller plus loin. Je sais que tu le feras. Tu es un grand poète. Je t'envie."
Gilles Perrault (lettre, 1987)
"Merci de l'envoi de Mouvance mes mots : comment ne serais-je pas touché par ce qui traverse vos mots et qui en fait le masque d'une présence tantôt déchirante, tantôt apaisante."
Bernard Noël (lettre)
"Merci de ton nouveau livre. J'y retrouve l'extraordinaire densité du moindre mot, de la moindre syllabe, qui t'apparente -décidément j'insiste- aux japonais. Serais-tu le plus asiatique de nos poètes ?"
Jean Paris (lettre 1987)
"Tes fragments sont arrivés au Caire martyrisés par un douanier stupide qui les a pliés en deux, après avoir essayé de les lire. Après soins, il reste une brisure au dos entre ton nom et le titre, un de ces abîmes proches que ne cessent d'indiquer, de frôler, tes poèmes. Tout serait dans cette crispation suprême, orgasme mortel et rétraction du monde, selon la doctrine stoïque : tout en un point et il n'y a plus qu'à exploser.
Le souffle même, qui m'est si cher, et j'apprécie en ami qu'il figure dans le poème que tu me donnes, le souffle, tu le fais obéir à cette loi de systole. Mais le travail de la syntaxe, je le devine sans en pouvoir encore rendre compte. C'est ta syntaxe d'abord qui est fragments. Liaisons qui ne se raturent pas. Phrases selon des modèles non vus. L'arbre chomskyen semble un buisson grotesque dans un jardin de notaire.
Mais on finit sur trois alexandrins. Est-ce pour redoubler les six syllabes de "Le nom enténébré"?"
Jean-Louis Backès (Lettre, 1988)
"Après "Mouvance mes mots", "Fragments des fuites". Un nouveau recueil de poèmes signé Guy Allix, édité chez Rougerie. A l'intérieur du recueil des fragments de phrases, des fragments de pensées, des fragments de sentiments qui éclatent, bouleversent, bousculent avec des moments de tendre accalmie :
"Elle s'écoulait devant/ Elle n'avait plus de souffle/ Que cette envie au fond/ Presqu'à bout..."
Et des fuites, imprégnées de doute, des fuites qui obsèdent, libèrent ou entravent."
(La Manche Libre, 1987)
"Depuis "L'éveil des forges"(éditions de l'athanor, 1976) nous savons que pour Guy Allix "jamais tout ne sera dit". Un seul vers, au bas de la page, introduit "Mouvance mes mots", recueil préfacé par Hubert Juin. Quelques mots écrasés par un blanc lourd de sens. Une sentence qui révèle l'importance de ce qui restera à dire malgré :
"Cela finira par de la terre, même ton cri."
Du cri à l'écrit, une même absence traverse ces pages : celle d'un dieu transcendant. Pour Allix, il n'y a de transparence ni des êtres, ni du langage. Son écriture se situe dans une zone médiane, dans un entre-deux. Comme l'a souligné Jean-Yves Debreuille, cette poésie est ballottée entre le noyau et l'enveloppe, entre le dedans et le dehors. Elle affronte les contradictions, se méfie des certitudes des ubiquités.
Et ce sont les notions de point d'appui, d'affirmation qui sont démenties par ce langage découpé, elliptique. La vérité se dérobe et nous voici condamnés à porter des masques. Des masques qui griment les rapports, qui claquent des dents quand s'ajoute à nos plaies l'impossible guérison.
Nous voici contraints de voyager de signe en signe, d'écho en écho dans un chaos qu'il s'agit d'ordonner à travers une écriture qui ne peut être que fragmentaire.
L'utilisation du distique, la forme courte ne sont pas, chez Guy Allix, une raréfaction de la pensée. Mais elles correspondent à la densité, à la tension du projet.
Si pour certains l'écriture permet d'effectuer une percée dans leur nom (projet explicite de Sollers dans "Paradis" par exemple), Guy Allix oppose l'imprononçable du nom. Il décline une origine confuse, une identité précaire. Nommer laisse si peu de traces :
"A regarder les mots sous la terre
Le sang s'étonne
Et grave plus loin les nervures
Seul ton nom trace ici de rien ton passage"
Un lieu existe pourtant qui ne s'économise pas.
L'intimité. Le désir se frayent un passage, entre rédemption et perdition. Lourde chute et salut des corps à travers l'instant :
"Un instant au monde
Comme à la fenêtre du désir
S'ébattre la rumeur
Qui court au loin
Mourir ce flot qui couche
Dans les syllabes de ton ventre
Cette poésie n'apaise pas les conflits, se méfie des certitudes, d'un imaginaire occultant le réel. Elle redoute le chant, l'emphase. L'écriture, pour Guy Allix, est à ce prix de sueur et d'os rongés, dans l'équilibre instable entre soi et les autres :
"Toujours le monde t'affole et te crispe et te noie"
Pascal Boulanger (Arc en Seine n° 2)
"Superbe ! Magnifique ! tout debout dans sa couverture noire et rouge (rouge et noire : bien mieux !). J'avoue à la typographie avoir toujours un frisson. J'ai la sensation de pénétrer dans la matière du poème, frappé sur ce beau papier. J'ai eu un immense plaisir à retrouver tes textes ainsi ciselés entre le noir et le blanc. Et je passe la main sur la page comme un obsédé... Et tout ton livre est éclairant. Alors je m'extasie au détour d'un vers : "Comme à revers le rêve" par exemple superbe écho sonore qui va mouvant, mouvement de vague qui se lève à revers et s'abat en douceur. Ah je n'en finirai pas. Et bien que je connaisse ces vers je les redécouvre là dans cet objet qu'est le livre."
Christian Rivot (lettre)
"Tu devines que ma réaction est très loin de l'indifférence, et que je m'émerveille d'être mêlé à cet appel à l'essentiel que constitue ton dernier livre. Je ne l'ai encore qu'à peine feuilleté -et les blancs incitent à cette suspension ou à cette accélération de la lecture dans la mystérieuse ordonnance de leurs labyrinthes- mais j'ai été très sensible à ses arrêts au bord du vide ou du sublime, aux effleurements et aux affleurements de la tendresse et du désir, aux élans retenus vers le mot qui excède. Il me semble que tu es désormais pleinement maître de ton écriture, dans cette aptitude à désigner le manque en avant du dernier mot tracé."
Jean-Yves Debreuille (Lettre, 1987)
"Merci de m'avoir envoyé votre beau Mouvance mes mots qui m'atteint à l'essentiel. Il est assez rare que la poésie actuelle m'émeuve, me paraisse originale. J'ai découvert avec vous quelque chose de fort et de vrai, l'expression admirablement juste du lieu de l'amour -tel que je le comprends, ce "ventre qui devient la scène et le souvenir"- de la mort et des mots. Vous avez des phrases que j'aimerais avoir écrites, comme "agripper la forme sur l'abîme, chaque instant le dernier poème". Continuez à écrire des textes aussi beaux, denses, obtenus, je le sens, au prix de l'exigence la plus douloureuse."
Annie Ernaux (lettre, 1992)
"Lieu de souffle, "fragments de chair", "livre écartelé", ce recueil abrite une écriture dense et nue, un cri durci en mots. "Lèvres de peu" avivées par les braises de la Parole.
Vécu comme un élan, un appel toujours plus exigeant, le poème est cet arrachement en l'obscur de la terre et du corps. Tout l'être vacille à l'instant de la parole: "Seule une forme que j'attends/ S'insinue vient me tremble".
En les mots sont les mêmes qui disent la "glaise de ton ventre", "le ventre de la terre", le cheminement du poème. "Dans la nuit de ton ventre un cri s'enfle de terre. Un cri est déjà prêt". Nœuds de souffles et de forces, éclat fugace et déchirure "Ton poème tendu de questions" erre aux lisières des failles et des ruptures.
Ce que quête Guy Allix n'est pas apaisement ou sérénité, lui qui accentue les vertiges au risque de l'abîme. "Risquer: la seule demeure à jamais des mots". consumé par un feu intérieur, porté par une ardeur, une véhémence amoureuse, il écrit dans le sentiment de l'urgence et du manque. Tendu dans une fuite éperdue à travers soi vers cet ailleurs, le poème toujours à venir. "Le souffle qui se dérobe/.../Le monde toujours à l'instant de n'être plus".
Mais comment écrire sans "s'éperdre", s'abandonner dans "la faiblesse et le dénuement". Comme dans l'étreinte, il faut consentir à se quitter, à s'égarer. Peu à peu s'effacent les limites du corps. "J'écris sans moi/ souvent je sens me prendre/ Les mots par le corps/Jusqu'au délire de n'être là".
Pour chaque poème, "retrouver la grande patience de la parole", n'opposer aucun obstacle au feu , devenir cet être fragile et nu qui n'a de demeure que dans le précaire.
En filigrane, dans les poèmes de Guy Allix, exigence et humilité mais transparaît aussi la tendresse lorsqu'il parle de l'aimée ou du pays intime et profond, ce Nord que l'errant a un jour habité de tout son corps. "C'était ce pays de froid dans le dos qui tout entier travaillait à la chaleur".
L'amour, la tendresse vécus dans la fragilité, à l'orée des blessures et toujours intensément. "Tandis que la mort assiège" car si l'amour est "argile patiente", c'est aussi "Oser ses fruits au bord du vide".
Ainsi Guy Allix de poème en poème mène sa parole à travers corps et silence et éveille en celui qui consent à cheminer avec lui le temps d'un recueil, toujours plus de soif."
Sylvie Schellenberger, Froissart n° 67 Septembre 1993
"Oui, les poètes osent rêver la vie, rêver le temps, passer par le vrai chemin du monde, fait de tendresse et d'ardeur. Il y a dans ces brèves, une détermination, une force, la leçon d'une souffrance, le poids du silence, un livre comme un bûcher. J'aime cela. »
J.M.G Le Clézio
Enfant des corons, Normand d'adoption, spécialiste de Jean Follain, à 40 ans Guy Allix tisse une œuvre poétique fluide et réfractaire à la fois. Mouvance des mots, aimantation pour le souffle oriental, "imprononçable silence", il y a là comme les traces d'un sans-lieu, les fragiles indices d'une solitude de briques rouges. On suit, somnambule, la mystérieuse ordonnance d'une prière païenne sur les rives de glaise: "Le vent murmure ta sueur / Quelque part entre les os et la peau / Ton impatience de vivre / Dans ce pays si loin de toi" Dans sa préface, Pierre Dhainaut insiste sur l'exigence minimale, le risque absolu, "l'argile féconde et patiente" qui nourrit le souffle d'Allix.
Patrice Delbourg, L'Evénement du jeudi, 5 août 1993
""J'ai perdu le Nord et mon enfance", écrit Guy Allix au terme de l'extraordinaire recueil qu'il donne à lire chez Rougerie. Mais cette perte, cet égarement forcent le poète à culminer - c'est le plus beau des paradoxes - par une humilité qui trouve ses racines précisément dans ce qui est perdu : "C'est là que j'ai appris l'humilité, que j'ai appris à m'enfoncer dans la terre". "Le Nord" éclaire donc en 19 pages toute la pauvreté avouée dans la première partie du livre. Guy Allix ne surplombe rien. Il écrit à hauteur de terre; il écrit avec la main qui tremble, avec les arbres frissonnants. Il écrit d'une main écorchée; il écrit peu, il écrit avec le peu."
Un grand poète s'impose dès les premières pages. Sa parole est enracinée dans la nôtre. C'est là sans doute, la marque principale de sa fragilité fondatrice. Car, dès lors qu'il s'agit de nommer la stupeur, il s'établit entre le poème et nous une connivence. La connivence, ce n'est pas l'évidence, ce n'est pas l'acclamation des forces communes, moins encore l'embrigadement idéologique ou esthétique, mais on trouve bien, chez Allix, l'éloge d'un silence, d'une impossibilité de parler devant l'essentiel, qui la fonde. Pour citer Bourbon-Busset: "L'absolu n'est pas dans l'immense, mais dans l'intense". Le travail du poète dépose alors l'intensité - et la ténuité - sur la page. Pour Guy Allix, il s'agit de ramener sans cesse la parole aux frontières silencieuses qui, tout à la fois la définissent et la menacent. C'est la raison pour laquelle, sans doute, le poète a construit son recueil comme de la musique. Des images reviennent, des sentiments affleurent, se répondent, et le livre se donne ainsi avec une exquise harmonie, parce que l'égarement et la perte qu'il ne cesse d'exprimer enfantent aussi la certitude du partage.
Campé devant les arbres, seul sur la terre, battu par les vents, le poète se sent traversé par ce qu'il voit. Son corps et la nature entretiennent entre eux des rapports bien plus que métaphoriques. Ils sont étonnamment fusionnés. Le poème de Guy Allix - poème toujours très bref, toujours très harmonieux, sans coup de gueule, sans effet gratuit - revient à cette fusion éprouvée par le corps. si le texte est court, c'est précisément parce qu'il tente une réconciliation avec le monde du silence. Ainsi sommes-nous: entre la certitude d'appartenir à la Nature et l'incapacité d'assumer son mutisme, nous tremblons. Les poèmes de Guy Allix tremblent avec nous, d'avoir perdu le temps de la fusion. Ils tremblent du chagrin de parler. Ils tremblent de la force de parler. Ils tremblent d'être là, de le savoir et de le dire..."
Lucien Noullez, Le journal des Poètes, décembre 1993
"Dans sa préface, Pierre Dhainaut perçoit avec finesse l'essentiel: "A la soif Guy Allix ajoute la source, au cri la prière", écrit-il. En effet, ce nouveau livre d'Allix le place très à part, dans l'abîme, quand les mains "plongent dans la page" et "fouillent ce ventre de signes qui s'insurgent". Cette poésie revient toujours du "bout de soi", "dans le creux d'un désir", comme "une parole coulée dans la terre".
"Le temps me manque à dire / Presqu'un cri sur le vivant des morts / qui s'attache à l'amour"... Ce qui m'étonne toujours en lisant Guy Allix, c'est son étrange filiation avec Giovannoni et Char tout à la fois, avec une atmosphère qu'eut aimé René-Guy Cadou (surtout dans "Le Nord"). Cette fragilité originale est inoubliable. A savourer en silence. Loin des lyrismes faciles, ces mots ont la netteté du diamant et l'haleine de la terre. Des mots d'arc-en-ciel et d'alliance fraternelle, sobres et par conséquent forts."
Jean-Luc Maxence, Les Cahiers du Sens n°3
Guy Allix est un poète rare qui est avare de ses mots comme s'il voulait enfermer ce qu'il a à dire dans une sorte de langage secret. Pudeur ? Peut-être « Retenir l'instant de rigueur. La trace indistincte de vivre quand la bouche est nouée de terre... »
Rien de surprenant quand on sait que notre poète a un penchant justifié pour Jean Follain, ce qui l'entraîne dans une recherche de l'image juste et dans une grande économie de moyens qui. par moments, fait penser à Guillevic.
Deux parties composent le recueil, d'abord Lèvres de peu suivi de Le Nord, mais la même écriture simple, essentielle. On devine combien le Nord cruel a marqué toute une enfance: « Ce pays donnait le Nord ! La peau y trouvait sens ! aux pavés des chemins se dessinait le tremblement de vivre." Ce qui n'empêche pas cet aveu: « j'écris sans moi! souvent je sens me prendre! Les mots par le corps! Jusqu'au délire de n'être là! L'imprononçable silence. »
Jean Bouhier. Vents et Marées
Pour exprimer la douleur d'être, la fragilité de l'existence. Guy Allix a préféré à la révolte la sérénité, le recours à une écriture fluide qui n'en est pas moins intense. Les poèmes contenus dans Le déraciné, qu'ils soient en vers ou en prose sous forme d'aphorismes, se caractérisent par leur concision, leur densité, un vocabulaire volontairement répétitif qui constitue en quelque sorte le thème directeur de la pensée du poète: la voix, les mots, la vie se mêlent traduisant l'appréhension du monde. Aussi l'unité de cette poésie se trouve-t-elle peut-être dans ce poème qui contient tous les autres l'alliance du corps et du verbe, une fusion intime avec une vie qui ne ménage personne : "Je retourne mon nom vers mon visage/ Dans l’ici de ce corps martelé comme un mot /J 'ai noté des conciliabules à peine audibles ".
Mais chez Guy Allix la présence du silence, la tentation d'y recourir demeure toujours présente, expliquant plutôt que justifiant la brièveté de ses poèmes qui conduisent vers le non-dire. Ce sera dans la dernière partie, suite d'aphorismes, que l'on notera la progression de l'écriture vers une sorte de blancheur presque imperceptible. " Toujours au bord de ne rien parler. Pas même /'haleine rentrée d'un mot "
Face à une existence précaire. Guy Allix sait que toute protestation est vaine, que seuls les mots, la femme. l'amour qu'elle porte en elle et qui devient source d'apaisement, valent la peine d'être dits. Dès lors, la poésie de Guy Allix se charge de tendresse, d'un lyrisme retenu, pudique, mais néanmoins perceptible: "Dans l'étreinte de ce lieu perdu que tu sais / La vigueur exige la patience de I 'amour / L 'urgence du souffle / La plus juste faiblesse "
La poésie apparaît alors comme une tentative pour côtoyer le silence, pour dire aussi par le biais des mots essentiels le lieu où toute vie serait source d'émerveillement possible. Si les mots sont menacés, il n'en reste pas moins que leur capacité de métamorphose demeure fondamentale : " Il suffit parfois d'un mot pour que tu habites le monde " déclare Guy Allix à juste titre.
Max Alhau, La Sape n° 48-49, 1998
Une poésie fragmentaire, épurée, concise, qui se veut appel à l'essentiel : l'œuvre de Guy Allix est toute tendue de questions, obsédée par « l'imprononçable silence », écrite « dans la faiblesse et le dénuement », à la recherche du dernier poème.
Le poète évoque aussi le pays de son enfance : Douai, le Nord. « Ce pays se sculptait avec la sueur. Le travail des hommes l'habitait tout entier. » C'est là que j'ai appris l'humilité, que j'ai appris à m'enfoncer dans la terre."
Bruno Sourdin. Ouest-France
" Votre « éparpillement de paroles" m'a infiniment touché : on vous lit dans une espèce de grâce vous savez créer la patience du poème" au sens fort de l'attente, mêlée à la passion... Et j'ai beau nouer des références -Char. Supervielle...- il y a chez vous une tonalité particulière, qui ne tient qu'à vous, qui n'est que de vous. Vous donnez le désir le plus grand: celui de l'appropriation. S'emparer de vos mots, les lire à voix haute et les graver en mémoire. Faire écho au déracinement, et lui faire échec aussi : car votre parole s'enracine dans une région profonde et sensible, où elle se grave et s'épanouit. Merci pour ces instants de bonheur, qui approchent au plus près de l'essentiel."
Frank Lanot
" ...Il y a chez Guy Allix une exigence de rigueur qui le pousse au plus près du corps et de la langue. l'un épousant étroitement l'autre. Des sensations -caresse ou brûlure- aux mots justes pour les dire, le poète prend le temps aux tripes" pour dire désespérément une identité qui ne cesse de le fuir dans les méandres" d’« une parole vaine ». Ecorché vif, Allix brûle de tous ces mots qui l'emportent dans ses errances pour mieux le briser au bord de ses dérives et de ses rêves fous. Peu de poètes savent (se) dire avec une telle maîtrise langagière l'irréparable solitude (comme) corps entre deux eaux" mais aussi ces trouées d'azur trop rares dans le ciel la vie d'un regard qui dit son nom « ... le geste de la prière ». On appréciera ces fragments de poésie à la sensualité crépitante des étoiles d'un feu de raison sauvage" qui tisse « au dedans » le flux du sang, le flux des mots.
Joseph Paul Schneider. Luxemburger Wort. 5juin 1997
« Avec Patience, ferveur, en espérant « retenir la vie/ par le son de quelques mots/ qui fusent dans le soir », Guy AIlix poursuit son chemin poétique. « quelque part entre silence et fureur », confirmant son talent pour « rapprocher les mots de la terre » et devenant, au fil des ans, du côté de Jean Follain, mais aussi du regretté Guillevic, un grand. Ce qui est remarquable dans ce style concis, modelé, tendre, arraché parfois, c'est la justesse des images, rares mais toujours au plus proche de la cible, c'est le souffle, qui pourrait être lyrique (ô bon vieux temps de La Tête des songes) mais se retrouve maîtrisé, dominé. Comme « l'haleine rentrée d'un mot. ».
Jean-Luc Maxence. Les Cahiers du Sens. 1997
Comme ce paysage de roche et d'eau pure, glacée, vos poèmes sont dépouillés, alliant dureté et transparence - ils ont la beauté de l'austère. Vous prenez le langage comme un matériau à la fois immatériel, sonore, obscur, et vous le travaillez comme on taille le silex faisant surgir des lueurs, donnant aux mots tranchant et reflets, et vous traquez, quêtez le « son pur » -impossible, infiniment désiré, comme les jardiniers-alchimistes tournent autour de la rose noire. Et vous avez ce vers si sobre, si juste, où se concentre votre écriture, et qui résonne au creux de vos poèmes
« tout ce qu'il faut taire pour dire ».
Encore merci pour ce très beau recueil.
Sylvie Germain, lettre
Recueil après recueil, Guy Allix creuse son sillon et construit, en solitaire, une œuvre poétique qui ressemble à cet homme frêle, sensible et délicat. Une œuvre qui pour être discrète n'en soulève pas moins des questions essentielles.
Dans Le Déraciné, son huitième opus publié par le même éditeur, on sent le chemin accompli depuis les premières publications comme cette Tête des songes (Athanor, 1974), l'économie des moyens mise au service de l'émotion.
Poésie du corps et de ses humeurs (sang, salive, sueur, sperme), la plume de Guy Allix se propose d"'inscrire l'errance du corps. Modeler la glaise et le feu". Souvent les mots de Guy, Allix sonnent juste : Etre une douleur au monde. Dans l'arraché de vivre". En somme, le poète triture nos plaies et nos blessures, il appuie le doigt là où ça fait mal. Un lieu indicible " quelque part entre silence et fureur" ou précis " quelque part entre les os et la peau ". Nous étions avertis dès le départ: " Consens à ce que les mots te taraudent et t'agrippent ". Que demander de plus ? "
Abdourahma Ali Waberi
« Merci pour ces poèmes de Solitudes que je viens de recevoir et que je commence à lire avec émotion — car votre poésie me semble parfois jaillir comme d'une blessure le sang. Votre voix est amour et douleur. »
Georges-Emmanuel Clancier, lettre
« Ces mots de Solitudes fulgurent avec toute la force de la sensation. Sans doute pour cela, faut-il « ne pas savoir les mots », les faire surgir du corps et de la douleur, Ce recueil est très beau et la préface de Noël l'accompagne de façon juste. »
Annie Ernaux. Lettre
« Merci de m'avoir envoyé ces Solitudes : il y a une voix qui est la tienne, que l'on reconnaît tout de suite, que ta n'as pas cessé depuis que je te lis de poursuivre ou d'5pprofondir. de « déchirure » en « déchirure » et tu parles justement de « l'encre tenace sur les parois » qui témoigne constamment de la « terreur lucide ». On ne sort pas indemne de ta lecture, elle rudoie. Mais sa rudesse même est nécessaire en ces temps de restauration poétique molle. Tu tiens bon, cela m'est précieux.. »
Pierre Dhainaut. Lettre
« Merci, cher Guy Allix, pour ces nouveaux poèmes. Oui, ils vont m'accompagner. C'est bien que vous gardiez ainsi vivante la parole, malgré la solitude où elle se trouve si souvent aujourd'hui. Je vous dis toute mon attention. »
Yves Bonnefoy. Lettre
Introduit par un texte étrange de Bernard Noël, lequel, à force de parler de failles, de cassures, d'arêtes, perd lumière au fil des mots, ce nouveau recueil de Guy Allix ne cesse de nous rappeler que le poète rêve d'écrire sur le manque et l'absence " Dans la lumière d'un tremblement figé ". Les poèmes de Guy Allix sont beaux et brefs ainsi que des bouquets de musique tendue lancés dans l'œil du monde Tout est devenu tragique, et la douleur sourde est évoquée avec discrétion.
" Comme un regard à jamais blessé de lumière/ Et qui s'enfonce dans la terre lourde". Le désespoir, plus que surmonté, est ici maîtrisé comme la colère et la rage habitent parfois le poing rebelle. Tout s'effrite, même les mots et le flot des cris plus ou moins facilement étouffe « à l'épreuve de la mort ».
Il y a bien chez Guy Allix " la tentation d'espérer" : " sourire dans la nuit à n'y pas croire, quand une main aimante te retient au bord du gouffre".. La fragilité de Guy Allix est dans cette " tendresse qui perdure " et devient alors sa force, son rayonnement fraternel. Cette humilité est rare dans notre poésie contemporaine. C'est le signe d'une haute qualité dans la pudeur de l'aveu. Lucide, Guy Allix ? Oui Tel un sorcier immobile devant « le cercle des sens » à n’en pas douter.
Jean-Luc Maxence. Les Cahiers du sens 2000
L’œuvre poétique de Guy Allix se construit quelque part entre silence et fureur, elle est portée par un souffle insolite et sûr de lui brûlant les mots, et bridée par le refus de l’effusion lyrique : de là des poèmes brefs, archipels ou simples îlots dans l’écume des pages, qui disent la souffrance et la difficulté d’être, qui disent la patience de la terre et la beauté d’une rose dans sa fragilité même, la trace irréfutable d’exister et l’effacement. Pas de lamentation dans cette œuvre construite face à la mort,, au contraire une énergie qui sourd du corps, un cri dont l’onde de choc accompagne la dureté des syllabes.
Aux éditions Rougerie, ces vingt dernières années, Guy Allix a publié des poèmes hantés par les questions de la nuit, d’autres illuminés par le sourire de l’amour, des poèmes où la cendre côtoie la semaison, des poèmes de sang et de sève.
Gérard Poulouin, Le Mois à Caen (octobre 2003)
Peut-on parler de poésie effrénée, de la course des mots, de presque mort et de renaissance à propos du poème ? Oui, quand on lit la poésie haletante de Guy Allix. On a un goût de sang dans la bouche, la présence d’un feu dans la poitrine. On sent son propre corps en lisant, le vent des mots contre la peau. Le livre comporte une suite de poèmes sur le Nord de la France.
Michel Ganguillin, Le Promenoir (Internet)
J’ai lu les deux recueils que vous m’avez offerts. Et j’ai perçu, vous donnez à percevoir de l‘intérieur une tension entre la pré-science de la mort et l’intensité du désir, une tension qui est notre secret commun. C’est pour cela entre autre que votre poésie nous parle. D’un poème à l’autre, mort et désir se font miroir. Et c’est bien cela. D’une part : « cette nuit en toi qui t’aveugle, Qui coule et qui assiège la blancheur hagarde. »
Et « l’aveu du peu de soi
S’écoule blessé entre les lèvres »
Et d’autre part (l’autre pente de la même crête où vous vous tenez) !
« Tout au bord de toujours vivre
exposé au souffle »
Oui « tout ce qu’il faut taire pour dire ».
Jean-Philippe Domecq, lettre
Une fois le corps épuisé, l'espoir malmené, le sentiment blessé... Que reste-t-il au poète ? Et bien les mots. Face au vide, au rien, les mots que l'on «affronte à mains nues» demeurent les seuls à faire sens ; ils deviennent l'urgence. Alors «la voix retrouve un chemin inaudible», s'éloigne de «l'heure d'inexister». Le dernier recueil du poète Guy Allix, Le Poème est mon seul courage, prend ce chemin pour fuir peu à peu l'effacement, le silence, ces peurs ancrées dans la voix du poète. D'une meurtrissure intime, de la plaie, creusée à force d'être triturée, naît le chant sincère du poète, une parole juste, pure et forcément bouleversante. Le poème est ce qui demeure, le recueil des instants évanouis, «seul sillon à la trace de vivre». Le poème sera le dernier souffle et au-delà encore... Guy Allix esquisse ainsi une poésie sobre, exigeante, resserrée sur le vital. «À mesure que je suis plus démuni, la poésie me devient plus essentielle.»
Nathalie Colleville, Livre/échange, mai 2004
Guy ALLIX
Des mots comme des ombres
« Se nourrir d'errance! Alimenter le juste doute »
Frêle, sensible, Guy Allix construit, à coup de mots, une œuvre poétique qui lui ressemble. Interrogeant sans cesse la réalité, sa parole la dépasse même si le poète écrit que « cela finira par de la terre/ Même ton cri. »
Depuis l'âge de dix-huit ans, Guy Allix a fait le choix de l'écriture poétique. D'abord par goût pour certaines chansons, celles de Brassens, Brel, par exemple. « Quand j 'ai commencé à écrire, je voulais tout simplement faire comme eux; et j'ai donc commencé par écrire surtout des chansons », confie l'auteur de Solitudes. La rencontre avec les grands textes littéraires dont ceux de René Char et de Pain Eluard, mais aussi Rimbaud, Verlaine s'est faite plus tard, son enfance ne lui ayant pas accordé 'accès aux livres « mes armoires étaient vides, comme celles d 'Annie Ernaux », dit-il. Pour autant, son écriture est singulière et celui qui a travaillé sur l'œuvre de Jean Follain n'en subit pas l'influence. « Dans une œuvre, on reconnaît une voix. Je suis attaché la singularité. » Guy Allix, en écrivant « Tout ce qu'il faut taire pour dire », nous livre une poésie nécessairement exigeante, resserrée, qui se construit sur un fil tendu. La parole devient parfois coulante! Aux commissures les lèvres « Comme pour guérir le creux. » livre-t-il dans Mouvance mes mots. Sans s'opposer. Apparaissent toujours, comme lieu de tension jamais résolue, un dehors et un dedans; une surface, « une peau qui vient de loin » et un creux comme il l'écrit si souvent.
Le corps et le sang
Guy Allix développe progressivement une poésie du corps, du mouvement comme une blessure qui n'en finit pas de suinter. Il n'écrit pas sur le corps mais à partir de son corps, d'un ventre de questions". Le corps est à la fois vie et mort : « celle qui m'a mise au monde m'a aussi tué », écrit Le Clézio qui connaît la poésie de Guy Allix. L'expérience fondamentale est celle de la mort. « J 'ai toujours considéré que la pensée commençait à la mort. La mort nous inscrit dans une espèce de minéralité -la terre, l'argile - ou de liquidité - le sang, la sueur, le sperme - qui noie l'homme, qui le noie jusqu 'au silence »
Le corps, c'est une forme déracinée, arrachée à une autre vie que la mémoire enracine. « La mémoire bat des rythmes / Sur nous comme des tenailles ». Même s'il le nie, il s'inscrit nécessairement dans une mémoire, celle de son histoire. « d'une enfance plutôt sombre », comme il l'évoque avec beaucoup de pudeur et de respect pour les artisans de cette misère. Une même parole se perpétue de recueil en recueil. « Aujourd'hui, de quoi parlons-nous ? De corps, d'amour, de mort, de sang, de sueur.. Je suis un mystique sans Dieu. L 'art religieux m 'interpelle; la prière me parle en ce qu 'elle dit notre précarité. »
Le juste doute
Guy Allix se méfie des certitudes. L'auteur de Fragments des fuites répète : « Se nourrir d'errance, alimenter le juste doute ». « Mon écriture est vagabondage ; on se doit d'affronter 1'errance, d'éviter 1'enracinement. Le déracinement est douleur mais chance aussi et je l'assume » Il parle alors de son écriture sur la corde raide. « Sitôt que je nomme la chose, sitôt que je nomme I'être aimé même, ce qui est nommé meurt. Les mots n'inscrivent que des ombres. Et c'est là que naît pour moi la poésie. Dans ce malentendu originel et définitif qui se retrouve aussi bien dans 1'expérience fondatrice et effarante de la mort. J'écris parce que je ne sais pas. Mais dire « je ne sais pas » nous confronte à I'impossible. Comment affronter ce paradoxe d'un savoir du non savoir? Comment le dire même quand l'interlocuteur ne pourra prendre en charge cette déception ? Le poème, lui, affronte le paradoxe elle singulier et je sais que, si j'en parle, je ne fais que passer à côté du paradoxe et du singulier, ,et que cette parole qui se prolonge tente désespérément de renouer les fils et les morceaux ». Guy Allix a résolument choisi l'écriture poétique comme seule possibilité de dire l'impossible, la déroute, l'effarement.
L'impossible vérité
Depuis vingt ans, le poète creuse toujours au même endroit, tord les mots et leur donne forme, habité par la douleur qu'il nomme « séparation » ; avec une conscience aiguë de l'inéluctable, de « l'irrémédiable ». Guy Allix se tient comme un vassal de l'écriture, du langage. C'est ainsi qu'il faut appréhender le mot « mouvance », c'est-à-dire « dans son sens originel. Médiéval » précise-t-il. « L'humilité est indissociable du travail d'écriture, c'est un préalable, la condition même de l'expérience poétique. » L'émotion est un élément moteur dans la pratique de son écriture : « ensuite, c'est tout le travail sur le langage qui attend le poète ; c’est un travail d’artisan ». « consens à ce que les mots te taraudent et t’agrippent » écrit-il dans le Déraciné.
Guy Allix, même si la vérité est impossible, si tout s’achève dans l’ensevelissement, dans la terre, ne renonce pas. Car « il y a des jours pourtant où les mots coïncident » (Fragments des fuites). C’est dans l’amour –que le poète considère comme « peut-être le plus grand mythe de l’espèce humaine »- que nous apprenons l’impossible sans pour autant nous départir de ce sentiment. « Quelque fois, je me dis que les plus belles histoires d’amour sont celles que l’on a évitées. Il faudrait peut-être savoir passer à côté d’une femme, graver son nom et son parfum au fond de notre corps et partir très loin pour l’aimer dans son absence même. Lui donner alors quelque chose comme un poème ou une œuvre d’art, quelque chose qu’elle ne recevrait jamais et qui pourtant contiendrait notre amour même. Mais voilà, on s’arrête et on étreint et on a(b)îme et on se consume dans cette souffrance. » Guy Allix ne cesse de parler de cet apprentissage de l’impossible ; « même tes fleurs étaient crispées », lance le poète dans Mouvance mes mots.
Osons une comparaison, pour comprendre le cheminement de Guy Allix, entre le poème et la femme rêvée, évitée », qui permet de nourrir un sentiment d’amour, une énergie vitale qui chemine vers un accomplissement progressif de l’œuvre poétique. C’est bien dans la séparation, celle d’avec les mots et ce qu’ils nomment, qu’écrit le poète pour une impossible harmonie sans cesse recherchée. « Solitude », « déracinement », « mouvance », « fragments » ; autant de mots qui tentent de dire cette irrémédiable séparation. Une lucidité qui n’est en rien tragique et livre des poèmes qui transcenderont leur auteur.
Sylvie Bénard, Livre /échange n° 12
C'est entre " fureur " et " mystère " que René Char " habitait une douleur ". C'est entre silence et fureur " que Guy Allix avoue " être une douleur au monde ". Les nuances ont leur poids. Si le mystère recouvre et occulte à coup sûr un arrière plan, il petit n'y avoir derrière du silence qu'un infini de silence. Si "habiter" implique pour un sujet souverain la possibilité de choisir un autre lieu, < être " est un état aussi unique qu'irrémédiable. Ainsi s'explique l'écriture rageuse d'un " déraciné " qui tente de reprendre pied par les mots dans toutes les continuités dont il se sent exclu: celle de la mémoire, celle de la vie, celle du monde, celle du langage. Entreprise épuisante, où l'haleine se raccourcit, où les mots griffent la page : rarement le poème parvient à dépasser quelques vers, et tout s'achèvera dans la dernière partie en notules qui avouent définitivement "le non-là ", tout en poursuivant leur proclamation têtue, puisque le "cri" a le dernier mot, conjugué avec la perte d'ailleurs : "Où mieux s'égarer que dans le cri ?"
Car le dire n'est pas un état stable : c'est une frontière. Derrière lui, un territoire qui paraît à la fois riche, plein et inaccessible, matière de mémoire et matière de rêve, à la fois fascinant et interdit, nous-mêmes et l'autre de nous. Devant, le vertige de l'ouvert, de l'avenir, de la dispersion, de la perte, et finalement, de la mort. Entre les deux, un mouvement, celui de l'écriture et celui de la vie : " Tu te précipites à mots perdus dans l'épreuve de vivre ". Car la mémoire ne s'explore pas, elle s'" explose ", et c'est toujours " au bord du temps " que se tient le veilleur, comme Madeleine à la veilleuse (encore une réminiscence de Char). Si "le temps reflue jusqu'à sa source ", c'est pour mieux "fulgurer" et "étonner ", et les "pas" retrouvés du passé se disent par le même mot que la négation. Même Rennes, la ville du passé et de la jeunesse, est moins une archéologie du moi qu'un lieu un peu plus amicalement offert à une investigation totalement incertaine de ses buts, "espace lucide ouvert par un nom ". Si ses rues lui ont appris à "marcher sa voix ", il lui faut bien reconnaître qu' "à pas comptés ses mots passaient" : toujours la négation dont on se rend compte qu'elle envahit aussi le verbe " pas-ser. "
Ce qui doit donc être valorisé, c'est ce qui vit dans la légèreté du passage, et singulièrement le regard et le souffle. Ces deux mots sont omniprésents dans les poèmes de Guy Allix. Le regard " coule la fragilité ", il " se dissout sous l'aisselle du temps ", il sait même « écrire son nom ». Il ne pèse ni ne pose, il s'alimente de la nouveauté, il ne fait qu'accueillir. Ainsi sa légèreté l'apparente-t-elle naturellement au souffle, qui serait en quelque sorte son retour, l'expression de son impression : " Trouver le lieu du souffle. La posture essentielle. Le rythme éphémère a deux pas des paupières ". Dans sa brièveté répétée, dans ses oscillations d'accueil et de très brèves méditations, le battement de paupières a ainsi à voir avec le rythme fondamental, celui sur lequel il faudrait vivre et écrire, le rythme du souffle. Les instants qu'il découpe sont les "moments propices d'une irruption de vivre, d'une éclosion de souffle ". Et "écrire le poème ", c'est "consacrer le vivant du souffle à l'essentiel de l'effort ". Les mots "vie" et "vivre" reviennent sans cesse : la poésie n'est pas chose définitive, mots tracés une fois pour toutes sur un papier qui les accueille et les recueille (ainsi parle-t-on du recueil de poèmes). Le souffle est un fragile véhicule où les mots mal arrimés tremblent et s'effilochent au passage, accrochent ce qu'ils rencontrent, et de ces accidents naissent des rêves nouveaux portés par des mots inconnus. Ainsi s'émerveille le poète, se tutoyant comme un autre lui-même advenu dans les à-peu-près de son langage : tes mots ne t'échappent pas, ils "t'écharpent par tout le corps" ; "ici où ta vie l'étrange ", "ton souffle s'étrangle / Sur le bord cassant d'un rêve ". Bords qui sont aussi, un autre poème le dira, les "bords de la tendresse ".
Car il ne s'agit pas de perdre le monde, mais de le trouver enfin, dans un contact plus tendre. Le trouver, ou le pressentir: cette poésie arrachée n'est pas celle de l'adhésion ni de la confiance. Mais son " effort de vivre ", c'est tout de même de "rapprocher les mots de la terre ", de leur faire reprendre corps, de rétablir le contact entre la peau du moi et la peau du monde. Dans les moments de grâce, le "paysage" ou le "lieu" sont vécus comme une "étreinte" par celui qui a " mal au ventre de la terre ". Douleurs bénéfiques et fulgurantes ou effleurements sitôt envolés qu'apparus, sentiments poignant de réalité qui ne durent que le passage d'un mot, la brièveté du les accueille et les ente. Par la proximité du mot "rosée" et du mot "rose ", "une odeur t'accroche à la terre ". Ecrire, c'est se re-situer dans le monde : "Le poème t'avance dans un autre lieu ", et le souffle qui le porte apparaît comme "ton seul pays au-dedans de ton corps étonné ". Fragilité définitive : dans " étonné" se pressent le tonnerre de la déflagration prochaine. La chance de la poésie, qui lui permet simultanément de "dire, ne plus dire ", est qu'elle n'est pas tenue d'être conclusive. Tout ce livre soigneusement construit et implacablement conduit est hérissé de protestations, d'efforts, que trouent les repos de brèves conquêtes, son unité est tension entre des poèmes, entre des mots qui à la fois font entendre un "appel ultime" et "me séparent, me confondent ". Mais ce lieu de résonances est le seul vivable, nous en avons été avertis : " Sans échos il n'y aura que le souffle blême / De la mort ".
Jean-Yves DEBREUILLE, préface de El Desarellat (Editions Liquens, Barcelone)
C'est dans un style plus effacé, plus blanc que Guy Allix poursuit son œuvre. Très peu de mots, très peu de vers sur chaque page de Quelque part entre silence et fureur (traduction en italien de Giuseppe Baldassarre et Eliana Terzuoli). Au creux de sa poésie, Guy Allix fouille lui aussi son désastre intime et en toute humilité, mais avec la pugnacité de l'écorché, explore "la belle misère d'exister". Il faut pour cela avoir le courage d'affronter sa douleur, la sonder. "Laisse-toi couler comme un vieux linge défait dans le gouffre murmurant des plaies" livre le poète dès l'ouverture. C'est au plus profond de cette souffrance, au plus près du sang que peut-être la vie atteint son intensité, au point limite qui exacerbe et le silence et la fureur. "C'est là où passe la vie / Au bout des paupières engluées de défaite / Sur l'instant de chavirer". La mort est là qui ne dit pas le nom de celui qu'elle enserre, elle pousse le sang à la révolte, à la colère, elle lance le poète dans l'errance à travers les mots quand peut-être la solution serait à jamais de se taire. À moins qu'un souffle, encore, parvienne à l'emporter, et rende possible, une nouvelle fois, "des conciliabules à peine audibles" que Guy Allix est là pour capter.
Dominique Nédellec, Livre échange n° 19
Il y a trente ans, je recevais, à Paris, dans mon vieil appartement de l’avenue d’Italie, au cinquième étage sans ascenseur, Guy Allix. Il avait vingt-et-un ans, et moi, à peine davantage. Il venait de Bretagne. en antique vélomoteur... Il souhaitait rencontrer l’éditeur, qui avait décidé de publier son premier recueil La tète des songes (L’Athanor, 1974), comme ça, au culot, à l’enthousiasme, pour le plaisir. Il s’en suivit de longues conversations d’insomniaque sur l’inquiétude d’être, les dogmes et les mots d’ordre que nous n’aimions pas, nos perceptions du monde, de l’amour, de l’amitié, de la liberté. Trois ans plus tard, dans l’unique numéro de sa revue « LA V1E TOTALE », en novembre 1977, Guy Allix écrivait :
« Aucun mythe vivant ne nous soutient plus, la mort remonte au grand jour, tragique, nous retournons à l’errance, cherchant un nouveau lieu. La poésie, alors débarrassée de toute volonté esthétique, navigant entre le constat d’absence et la recherche de nouveaux mythes (qui pourront passer avant tout par l’itinéraire décisif du corps...) va reprendre sa fonction religieuse ( malgré l’insuffisance du langage) et inquiétez-vous en aussi car ce chemin sera loin de nuire aux luttes et au renversement de votre monde ».
Ensuite, il y a eu la vie, avec ses réussites et ses échecs, ses amours tourmentés, ses engouements~ ses déceptions, ses quêtes de repères, ses rêves... Après La tète des songes ( un merveilleux titre pour entamer un itinéraire de poète !), L éveil des forges (l’Athanor, 1976), Mouvance mes mois (Rougerie. 1984), Fragments des fuites (Rougerie, l987), Lèvres de peu (Rougerie, 1993), Le déraciné (Rougerie, 1997), sans oublier Solitudes (Rougerie, 1999), comme pour finir et caractériser le vingtième siècle.
A l’évidence, Guy Allix n’a cessé d’écrire, en trente ans, et de demeurer avec « cette paupière ardente fermée sur la nuit », luttant contre «l’étouffement du dire », retenant mal ce cri au creux du corps et de l’âme, ces ( ses ? ) mots blessés à mort qui avouent parfois le désespoir avant de reprendre espérance, en sachant, justement, que le poème est souvent le seul courage possible.
Chez Allix, plus l’œuvre suivait son labyrinthe personnel, plus le poème s’est fait bref et tendu, essentiel, sans fioriture ni romantisme. C’est vrai, Bernard Noël, l’un de ses préfaciers, a bien lu : c’est avec une flèche sur la page que ce poète contemporain écrit. Et Pierre Dhainaut a mieux compris encore quand il note: «A la soif Guy Allix ajoute la source, au cri la prière ».
Alors, la tentation a existé d’ajouter une phrase redondante aux propos de tous ceux qui saluent depuis trois décennies cette voix exceptionnelle. Pourtant, quand le vieux camarade m’a demandé quelques mots d’introduction pour donner envie de capter «la parole a I abot sur la vitre », j’ai choisi d’évoquer notre jeunesse, alors que « les murs nous serraient comme des pieuvres », et qu’Yves Martin était notre idole Je sais, bien sûr, que l’amitié ne se met pas en mots magiques comme Paris dans sa traditionnelle bouteille. Toutefois, je note qu’à chaque fois que je rencontre Guy Allix, sur des chemins joyeux et/ou douloureux, je le retrouve comme si l’on s’était quitté la veille. Et je reconnais là le signe d’une connivence imprenable par les jaloux et les salonnards.
Ainsi, l’autre jour, au premier Salon du Livre de Bricquebec, dans l’ombre lumineuse du Père Amédée Hallier (à ne pas confondre avec Jean-Edern, s’il vous plait), l’alliage a pris instantanément une fois encore. J’en suis émerveillé pour longtemps.
On le devine, je me suis réjouis quand Guy a décidé de me confier... ses derniers inédits pour Le Nouvel Athanor. Sans hésiter, j’ai accepté. J’avais lu son manuscrit. Tragique et fort. Et prouvant d’évidence que l’Ouroboros de nos mémoires n’est pas seulement une histoire de psychanalyste mais bien l’éternel retour aux sources du poème patient. « C’est toujours ailleurs que tu es là. Pour vivre ici dans la peau d’un rêve »...
Quoi qu’il en soit, ne cherchez pas, ô critiques, des ressemblances rassurantes en découvrant ce livre unique qui s’ouvre parfois jusqu’à la déchirure. «A mesure que je suis plus démuni, la poésie me devient plus essentielle »... C’est du Guy Allix, tout simplement. Il serait grand temps d’en être reconnaissant.
Jean Luc Maxence, préface de Le poème est mon seul courage,
Le Nouvel Athanor février 2004
Noir désespoir que celui de Guy Allix et employer un pléonasme est tout simplement fait pour souligner le mur qui se dresse devant l’auteur de Le poème est mon seul courage. En témoignent ces vers
« Au nom même d’aimer, tout au bord de l’abîme » « ... un attendant l’épreuve ultime... l’irréparable ou tu plonges déjà... t’assoit dans la déchirure, toujours à l’instant du pire... si peu de toi arrive à l’heure... pas la moindre coïncidence a horizon.. ».
Pourtant un sursaut d’énergie, une plausible délivrance par le biais du poème
« J’aurais voulu te donner un mot
Un seul mot ventre ouvert
Un seul mot pour caresse »
ou encore...
« A donner simplement
Dans la courbe du monde
Vivre pourtant ».
Et si la déchirure parcourt toutes ces pages d’écoute (écoute au sens où l’auteur s’adresse à un tu qui lui es un autre soi, miroir sans doute tendu, mais voix vive qui saigne toutes les illusions), nous comprenons et louons avec le poète sa dernière invite au sursaut « malgré la douleur et les livres » (Claude Royet-Journoud).
« Il n’y avait rien. Rien que le poème. À jamais »
Quant aux deux feuillets du « livre de défaite » qui clôt l’ouvrage, qu’en dire sinon que ces aphorismes fouettent le sang, réveillonnent avec le territoire du souffle et défenestrent toutes les évidences.
A mesure que je suis plus démuni, la poésie me devient plus essentielle».
« Un peu de temps et que s’effeuillent les mots dans la voix qui le souffle ».
« Etreinte, éternité », dis-tu poète, et tu inscris ainsi le feu de la lettre au plus profond du vertige».
Marc Syren, Elan, Décembre 2004
Né dans le Nord de la France. Guy Allix a vécu une enfance difficile près des terrils et de la misère. Il s’est établi dans la Manche en 1975. Professeur de lettres. il a mené de nombreuses expériences autour de la poésie au collège Lavalley de Saint-Lô, au lycée de Carentan puis à l’IUFM de Saint-Lô. Il est un spécialiste de la poésie de Jean Follain et a publié son œuvre aux éditions Rougerie.
Dans son dernier livre, Solitudes, on découvre en 139 pages la quintessence de sa poésie. Il y dit sa douleur d’écrire la douleur, l’épuisement, la blessure, “cette plaie dans la béance du monde «Ecrire quand ce n’est plus possible. Sur cette déchirure. Dans l’horreur de l’absence! Ecrire ces mots qui usent comme l’amour. Qui épuisent le sang. » La douleur au ventre, avec des mots simples et fragiles, toujours prêts à se déchirer et à s’effacer. Allix décrit ce silence blanc qui préside à son inspiration. «Il n’y a rien que cette plaie plus vive. Ces mots blessés dans la nuit et qui travaillent à la plus Juste perte/Cette petite flamme qui expire au creux du corps ».
Sa saison à lui, c’est l’hiver saison de « l’inadmissible lucidité » ‘. Déraciné, en exil sur cette terre, le poète éprouve ce manque au plus profond de son être. Même l’amour n’est pas pour lui synonyme d’apaisement, car il est séparation et absence.
Dans sa préface, Bernard Noël insiste sur “la volonté du désespoir, qui n’est pas le renoncement qu’on veut nous faire croire, mais tout au contraire l’énergie fondamentale du poème.» Un désespoir qui engendre la solitude et qui persiste d.ans la déchirure ultime de chaque instant.
B. SOURDIN. Ouest-France, le 8 février 2000
«Aujourd‘hui la mort ». Tels sont les premiers mots de ce recueil, qui continue :
S inscrire, imprimer ce souffle au plus blanc de cette permanence, dans cette fragilité de papier où se tisse la voix..
Cet incipit inusuel donne le ton d’une entreprise complexe, courageuse, tragique même, puisqu’il s’agit de lutter contre le poids et le mystère des choses. La solitude dont souffre Guy Allix n’est pas essentiellement de nature sociale. mais plus grave car induite par les divergences entre le moi phénoménal, le besoin d’affirmation et les ambiguïtés de l’expression.
Sa perception de l’être est d’abord matérielle (mais nullement matérialiste, ce qui impliquerait une philosophie a priori). On relèvera qu’il insiste sur le rôle de la peau et qu’il a dédié l’un de ses textes au peintre anglais Bacon. Il considère d’autre part l’Univers comme en déclin:
Une peau lucide et tendre tendue de souffle
L image précaire qui te soumet
Où s‘effrite lassé le nom des choses
Où s‘abîme infiniment le monde.
Si l’on compare cet ouvrage avec Les lèvres de peu, dont on avait rendu compte dans ces pages (n° 68-69, printemps 1994). on constatera qu’Allix n’a pas modifié son orientation générale, mais en accentue peut-être le pessimisme au point de parvenir à une sorte de nudité, d’humilité devant une vie qu’il ne peut ni rationaliser ni même exprimer pleinement. Ainsi s’explique la tension parfois dramatique d’un livre à la fois sincère et troublant.
Georges Sédir, Phréatique n° 94, automne 2000