Guy Allix, poète

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Rentrée littéraire 2009 ! 

 

Il me plait en ces temps de rentrée littéraire de présenter trois livres introuvables et surtout non-convenus. C'est si rare.

Je joins aussi un livre d'insurgé, non convenu lui aussi, qui ne figurera pas au nombre des références du petit monde étriqué de l'intellocratie parisienne. 

 

Aïe coups, Nicolas Guillemet, portfolio imprimé par les soins de Jacques Renou, atelier de Groutel, 2009, 23 exemplaires numérotés.

Ce portfolio n'aurait pas vu le jour si son auteur n'avait subitement disparu. Il a été publié en effet pour une soirée d'hommage à Nicolas Guillemet qui étati aussi musicien. L'éditeur typographe préparait alors un "choisi" consacré aux haï-kus de Nicolas. Il y a là des instants splendides et lucides magnifiquement éclairés par la typographie soignée de Jacques :

"Ce sera dans l'ombre

Qu'il me faudra travailler

A la vraie lumière"

On s'en veut pendant le reste de sa vie de n'avoir pas su écrire cela.

 

Aïe ! Coups, Nicolas Guillemet, collection "choisis", atelier de Groutel, 25, rue de Groutel, 72610 Champfleur, 65 exemplaires numérotés

Et voici donc maintenant la poésie "intégrale" de Nicolas telle qu'il l'a confiée avant de mourir aux bons soins de l'ami Jacques Renou.

"C'est la sagesse

du rosier que d'offrir ses fleurs

aux douceurs du vent"...

Ce fut là la sagesse de Nicolas que d'offrir ainsi ses poèmes avant d'écrire lui-même ce mot fin. Le recueil vaut bien comme un testament :

"Passeurs et étoiles

grande famille filante

à tous je dédie

l'échappée lunaire

de mes pas lourds et fragiles

dans la nuit du jour"

Un vibrant témoignage de cette vie qui se donne (et avec quel éclat !) quand, avec courage, elle se retire. C'est dire qu'il n'y a là que des mots justes, frappés du coin de cette urgente nécessité que ne connaîtront jamais les fades faiseurs.

Nicolas n'est plus que ce petit livre essentiel et tellement habité. Un petit livre précieux qui ne s'éteindra pas.   

 

 

***

 

Métalogos, François Tonniac, publié chez Jacques Renou, Groutel, Sarthe (02 33 28 22 08).

Toujours chez le même passionné de poésie et de typographie, on retrouve l'ami François Tonniac qui crie sa rage, sa haine et son amour quand "la révolte n'a pas de mots" et qu'il "reste à inventer des mots/sans humilier le monde". Poètes endimanchés, salonnards, intellocrates, mauvais faiseurs, petits génies sans âme et surtout sans humilité... passez votre chemin, ceci n'est pas pour vous ! Tout au plus contre vous et c'est bien venu :

 

Rien qu'une page à soi sans entraves

Sans mots convenus, sans hypocrites connivences

Comme un rêve sans fin sans cesse renouvelé

Où tout dire n'entraîne nulle remontrance

Comme un voilier fou sur une mer sans fin

S'enivre de son vent, du soleil, de l'errance

La révolte n'a pas de mots que des contraintes

Ce n'est pas la haine mais la hargne

Une détresse comme un excès de tendresse

Une poésie froide sans compassion ni raison

Des mots rien que des mots impossibles à plier

Plus lointains que la mélancolie la liberté

Un souffle brisé un miroir de solitude

Du sang de la terre la vérité de la fin

Ni se complaire ni s'écouter s'attendre

Pour que jamais ne gagne le silence.

 

Voilà un véritable art poétique et un vrai cadeau pour celui qui en est l'heureux dédicataire.

Et le typographe que nous avons déjà présenté ici a su aussi se montrer généreux envers ce poète inclassable. Qu'il en soit remercié s'il ne l'a pas encore été ! 

Mais que j'aimerais bien retrouver quelque part les poèmes d'un autre illustre inconnu, double de celui-ci, et qui avait pour initiales G.G. !

 

***

 

Toujours à "l'atelier de Groutel", on annonce Sur ta peau, recueil érotique de François Brilland. En souscription, 18 euros hors frais de port jusque fin novembre. Atelier de Groutel, 25, rue de Groutel, 72610 Champfleur.

 

***

Françoise Hàn, Un été sans fin, éditions Jacques Brémond

Toujours pour continuer dans la bibliophilie, cet émouvant ouvrage de Françoise Han que j'ai reçu... avant l'été. Livre de deuil et de mémoire dans une édition de belle facture :

" Ce qui ne sera jamais dit

laisse uen empreinte

à même le silence

une trace inaltérable"

Ainsi le poème rompu "commencé le matin d'avant, rompu en son milieu" inscrit-il la plaie de ce temps blessé, de ce temps martyrisé par le départ de l'autre, de celui ou de celle qu'on aimait et qu'on croyait pour cela à jamais auprès de nous. Cette parole-là passe de justesse. Les grandes douleurs sont muettes, dit-on. Mais il y a des cris qui nous déchirent de leur silence assourdissant. On pense au meilleur Eluard par instant, celui de la perte de Nush, de ce temps qu déborde, de ce jour en trop :

"il n'y a plus d'attente

il n'y a plus de minuit

il n'y aura plus de point du jour"

Ceux qui recherchent les effets faciles seront déçus sans doute. Rien ici ne triche, ne saurait tricher.

A l'instant fatal, ne reste plus que l'urgente et vraie parole.

Celle qui dit au mieux l'amour.

 

Prix de l'exemplaire de l'édition courante : 15 euros. 

Tirage de tête de 18 exemplaires sur papier de pur coton gris, chacun accompagné d'un poème manuscrit différent, inédit ; 50 euros (éditions Jacques Brémond, Le clos de la Cournilhe, 30210 Remoulins sur Gardon)

***

 

 

Le combat libertaire, Armand Robin, édition établie par Jean Bescond, introduction de Anne-Marie Lilti, Jean-Paul Rocher éditeur

D'Armand Robin, je connaissais Ma vie sans moi, admirable recueil publié chez Gallimard et dont j'ai repris un jour le titre en exergue à un de mes poèmes. Je connaissais ses talents de traducteur et les infâmes rumeurs auxquelles il avait dû faire face. Je savais aussi, mais plus vaguement, son engagement libertaire et son amitié avec Georges Brassens. Je savais enfin son enracinement dans cette terre bretonne, dans cette "Bretagne universelle" dont il nous dit que c'est "un point de vue de l'âme", "le lieu parfait du génie poétique". Tout cela me suffisait déjà pour le ranger parmi les vrais en ces temps de sombre imposture. Mais je ne connaissais pas encore Armand Robin, loin s'en faut. Je l'ai découvertt pleinenent avec ce livre.

Il est heureux que Jean-Paul Rocher ait éccepté de publier cet ensemble de textes épars qui traduisent bien le "combat libertaire" d'Armand Robin car ce fut bien un combat.

"Une oeuvre, c'est d'abord une désobéissance, et presque une provocation", a écrit l'auteur sur sa dissertation au concours d'agrégation en 1936. Et le poète n'aura cessé de désobéir et de provoquer.

"Les poètes de ce siècle, on les reconnaîtra au fait qu'ils auront tout fait en toute circonstance pour être le plus mal possible avec tous les régimes successifs, avec toutes les polices, avec tous les partis, cela même au péril de leur vie et, bien entendu, au prix de gigantesques campagne de haine et de calomnie déferlant de tous côtés." clame-t-il encore comme pour présenter son oeuvre et sa vie.

Cela nous met bien loin et bien au délà de tous ces petits intellectuels dits "de gauche" ou dits "libertaires", voire "anarchistes" qui ont surfé et surfent sur les vagues contestataires quand bien même celles-ci se réduisent dangereusement.

Des "prémices de l'engagement" et sa belle correspondance avec Jean Guehenno ("On peut surtout compter sur la terre labourée par l'homme ; fût-elle la plus âpre, elle s'est fairete douce après le travail et siforte qu'elle ne trompe plus : je voudrais que mes pensées soient d'elle, qu'elles aient une vie de plante, et, comme les plantes, un geste de reconnaissance tourné vers la soleil et vers cette peine des hommes, à laquelle toutes doivent d'avoir poussé.") à ses nombreux articles donnés au "Libertaire" en passant par ses poèmes indésirables ou ses traductions de Pasternak ou d'Ady, se lit une terrible révolte qui désaffuble avec la plus grande violence, mais aussi un rare courage, l'ignominie et le mensonge. Bien des statues s'écroulent dont celles de ceux qui ont voué une haine féroce à ce véritable fils du peuple, enviant en lui cette qualité qu'ils ne pouvaient qu'usurper. 

En ces temps d'aveuglement, Armand Robin est l'un des premiers à dénoncer, preuves à l'appui, l'imposture de la "bourgeoisie stalinienne" : "L'union soviétique, empire des bourgeois sauvages", écrit-il dans "le Libertaire". On ne lui pardonnera pas. Mais lui ne pardonnera pas non plus. Sa lettre ouverte au "Comité National d'Epuration pour les Lettres" porte l'honneur de la littérature.

Robin ira ainsi, après la guerre, au temps des purges, demander expressément de faire partie de toutes les listes noires. Provocation là encore. Provocation bienvenue.

Il y a certes ce que l'on pourra considérer comme des outrances ou des excès ici ou là. Mais ce serait oublier, depuis notre petit confort, le contexte de ces écrits. Oublier aussi l'horrible misère contre laquelle le poète s'insurge.

Voilà un livre essentiel pour tous ceux qui ne peuvent se contenter ni de ce monde terriblement idiot et carnassier qu'on leur propose ni de ces discours trop convenus qui font semblant de lui résister. 

 

note :

L'ami Jean Bescond me signale suite à mon article les errements concernant l'édition de Ma vie sans moi, édition tronquée à 50%... Je me dois d'ajouter ici ses utiles mises au point telles qu'il me les a transmises :

 

"Voici donc l'histoire de Ma vie sans moi, édition Poésie / Gallimard :
1940 : Gallimard publie Ma vie sans moi, recueil composé pour moitié de poèmes personnels de Robin. La 2ème moitié est composée de traductions. Entre les deux un poème personnel... présenté comme une traduction. Un seul critique verra qu'il s'agit là d'une volonté évidente de l'auteur et non d'un moyen
facile de remplir un recueil, comme le suggère l'un d'entre eux !
1968 : Gallimard  (Alain Bourdon et Henri Thomas) publie Le Monde d'une voix, recueil de textes trouvés dans l'appartement de Robin à sa mort.
1970 : Gallimard publie Ma vie sans moi (gros caractères) suivi de le Monde d'une voix (petits caractères) ! Et c'est là que commence le scandale ! Dans Ma vie sans moi, il n'y a que les poèmes personnels de Robin.... sans que rien nous en prévienne ! les traductions sont passées à la trappe !
1992 : Gallimard (Françoise Morvan) publie Fragments, et les acheteurs du
Monde d'une voix  et donc aussi du volume de poésie /  gallimard
apprennent donc qu'ils ont acheté un texte faux dans beaucoup des poèmes !
2005 : Gallimard  réédite à l'identique le volume de Poésie / Gallimard, ignorant / snobant donc les travaux réalisés dans sa propre maison ! les textes
de Le Monde d'une voix sont toujours aussi faux, et il manque toujours
la moitié de MVSM !!!"

Jean Bescond