Mais que j'aimerais bien retrouver quelque part les poèmes d'un autre illustre inconnu, double de celui-ci, et qui avait pour initiales G.G. !
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Toujours à "l'atelier de Groutel", on annonce Sur ta peau, recueil érotique de François Brilland. En souscription, 18 euros hors frais de port jusque fin novembre. Atelier de Groutel, 25, rue de Groutel, 72610 Champfleur.
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Françoise Hàn, Un été sans fin, éditions Jacques Brémond
Toujours pour continuer dans la bibliophilie, cet émouvant ouvrage de Françoise Han que j'ai reçu... avant l'été. Livre de deuil et de mémoire dans une édition de belle facture :
" Ce qui ne sera jamais dit
laisse uen empreinte
à même le silence
une trace inaltérable"
Ainsi le poème rompu "commencé le matin d'avant, rompu en son milieu" inscrit-il la plaie de ce temps blessé, de ce temps martyrisé par le départ de l'autre, de celui ou de celle qu'on aimait et qu'on croyait pour cela à jamais auprès de nous. Cette parole-là passe de justesse. Les grandes douleurs sont muettes, dit-on. Mais il y a des cris qui nous déchirent de leur silence assourdissant. On pense au meilleur Eluard par instant, celui de la perte de Nush, de ce temps qu déborde, de ce jour en trop :
"il n'y a plus d'attente
il n'y a plus de minuit
il n'y aura plus de point du jour"
Ceux qui recherchent les effets faciles seront déçus sans doute. Rien ici ne triche, ne saurait tricher.
A l'instant fatal, ne reste plus que l'urgente et vraie parole.
Celle qui dit au mieux l'amour.
Prix de l'exemplaire de l'édition courante : 15 euros.
Tirage de tête de 18 exemplaires sur papier de pur coton gris, chacun accompagné d'un poème manuscrit différent, inédit ; 50 euros (éditions Jacques Brémond, Le clos de la Cournilhe, 30210 Remoulins sur Gardon)
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Le combat libertaire, Armand Robin, édition établie par Jean Bescond, introduction de Anne-Marie Lilti, Jean-Paul Rocher éditeur
D'Armand Robin, je connaissais Ma vie sans moi, admirable recueil publié chez Gallimard et dont j'ai repris un jour le titre en exergue à un de mes poèmes. Je connaissais ses talents de traducteur et les infâmes rumeurs auxquelles il avait dû faire face. Je savais aussi, mais plus vaguement, son engagement libertaire et son amitié avec Georges Brassens. Je savais enfin son enracinement dans cette terre bretonne, dans cette "Bretagne universelle" dont il nous dit que c'est "un point de vue de l'âme", "le lieu parfait du génie poétique". Tout cela me suffisait déjà pour le ranger parmi les vrais en ces temps de sombre imposture. Mais je ne connaissais pas encore Armand Robin, loin s'en faut. Je l'ai découvertt pleinenent avec ce livre.
Il est heureux que Jean-Paul Rocher ait éccepté de publier cet ensemble de textes épars qui traduisent bien le "combat libertaire" d'Armand Robin car ce fut bien un combat.
"Une oeuvre, c'est d'abord une désobéissance, et presque une provocation", a écrit l'auteur sur sa dissertation au concours d'agrégation en 1936. Et le poète n'aura cessé de désobéir et de provoquer.
"Les poètes de ce siècle, on les reconnaîtra au fait qu'ils auront tout fait en toute circonstance pour être le plus mal possible avec tous les régimes successifs, avec toutes les polices, avec tous les partis, cela même au péril de leur vie et, bien entendu, au prix de gigantesques campagne de haine et de calomnie déferlant de tous côtés." clame-t-il encore comme pour présenter son oeuvre et sa vie.
Cela nous met bien loin et bien au délà de tous ces petits intellectuels dits "de gauche" ou dits "libertaires", voire "anarchistes" qui ont surfé et surfent sur les vagues contestataires quand bien même celles-ci se réduisent dangereusement.
Des "prémices de l'engagement" et sa belle correspondance avec Jean Guehenno ("On peut surtout compter sur la terre labourée par l'homme ; fût-elle la plus âpre, elle s'est fairete douce après le travail et siforte qu'elle ne trompe plus : je voudrais que mes pensées soient d'elle, qu'elles aient une vie de plante, et, comme les plantes, un geste de reconnaissance tourné vers la soleil et vers cette peine des hommes, à laquelle toutes doivent d'avoir poussé.") à ses nombreux articles donnés au "Libertaire" en passant par ses poèmes indésirables ou ses traductions de Pasternak ou d'Ady, se lit une terrible révolte qui désaffuble avec la plus grande violence, mais aussi un rare courage, l'ignominie et le mensonge. Bien des statues s'écroulent dont celles de ceux qui ont voué une haine féroce à ce véritable fils du peuple, enviant en lui cette qualité qu'ils ne pouvaient qu'usurper.
En ces temps d'aveuglement, Armand Robin est l'un des premiers à dénoncer, preuves à l'appui, l'imposture de la "bourgeoisie stalinienne" : "L'union soviétique, empire des bourgeois sauvages", écrit-il dans "le Libertaire". On ne lui pardonnera pas. Mais lui ne pardonnera pas non plus. Sa lettre ouverte au "Comité National d'Epuration pour les Lettres" porte l'honneur de la littérature.
Robin ira ainsi, après la guerre, au temps des purges, demander expressément de faire partie de toutes les listes noires. Provocation là encore. Provocation bienvenue.
Il y a certes ce que l'on pourra considérer comme des outrances ou des excès ici ou là. Mais ce serait oublier, depuis notre petit confort, le contexte de ces écrits. Oublier aussi l'horrible misère contre laquelle le poète s'insurge.
Voilà un livre essentiel pour tous ceux qui ne peuvent se contenter ni de ce monde terriblement idiot et carnassier qu'on leur propose ni de ces discours trop convenus qui font semblant de lui résister.
note :
L'ami Jean Bescond me signale, suite à mon article, les errements concernant l'édition de Ma vie sans moi, édition tronquée à 50%... Je me dois d'ajouter ici ses utiles mises au point telles qu'il me les a transmises :
"Voici donc l'histoire de Ma vie sans moi, édition Poésie / Gallimard :
1940 : Gallimard publie Ma vie sans moi, recueil composé pour moitié de poèmes personnels de Robin. La 2ème moitié est composée de traductions. Entre les deux un poème personnel... présenté comme une traduction. Un seul critique verra qu'il s'agit là d'une volonté évidente de l'auteur et non d'un moyen
facile de remplir un recueil, comme le suggère l'un d'entre eux !
1968 : Gallimard (Alain Bourdon et Henri Thomas) publie Le Monde d'une voix, recueil de textes trouvés dans l'appartement de Robin à sa mort.
1970 : Gallimard publie Ma vie sans moi (gros caractères) suivi de le Monde d'une voix (petits caractères) ! Et c'est là que commence le scandale ! Dans Ma vie sans moi, il n'y a que les poèmes personnels de Robin.... sans que rien nous en prévienne ! les traductions sont passées à la trappe !
1992 : Gallimard (Françoise Morvan) publie Fragments, et les acheteurs du
Monde d'une voix et donc aussi du volume de poésie / gallimard
apprennent donc qu'ils ont acheté un texte faux dans beaucoup des poèmes !
2005 : Gallimard réédite à l'identique le volume de Poésie / Gallimard, ignorant / snobant donc les travaux réalisés dans sa propre maison ! les textes
de Le Monde d'une voix sont toujours aussi faux, et il manque toujours
la moitié de MVSM !!!"
Jean Bescond
Et pour finir sur ce "combat libertaire" qui, nous l'espérons, n'en finira pas, cette phrase d'une belle lucidité attribuée à Antonin Artaud : "Les anrchistes ce sont ceux qui ont un sigrand amour de lordre qu'ils en refusent toute parodie."
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Codex d’un bienheureux, Claude Held, Propos/2, collection "Des archives pour demain".
« Trois blessés ont succombé à leurs blessures… un communiqué confirme qu’ils souffraient de solitude… », lit-on page 50. Le territoire des bienheureux serait un pays de fable mais la fable dit sans conteste, mieux que tout autre reportage, notre ici, les errements de notre ici. C’est à la loupe que l’ami Claude décrypte notre monde et seul notre aveuglement peut nous faire croire qu’il s’agit d’un ailleurs sans nom. Parsemé de nombreuses citations, comme autant de petits cailloux précieux pour le voyageur, de Voltaire à Lao-Tseu en passant par Bachelard ou Chomsky (une belle hétérogénéité), ce livre nos découvre peu à peu le vrai visage d’un monde terrible de cruauté et de cynisme. « Nos charniers sont les meilleurs : inodores, silencieux. Aucun charognard ne s’y pose », lit-on à la date du 19 décembre.
On ressort bien plus éclairés heureusement par ce codex d’un bienheureux que par ces « écoles de nuit » qui n’imposent à leurs élèves que l’impérieuse cécité en lieu et place de la lumière.
Pour finir, on peut relire, entre humour et gravité, les paroles du guide « nous savons. Nous savons que nous savons. Nous savons sauver. Nous savons savonner ceux que nous sauvons. » comme le véritable manifeste de la tyrannie.
Merci à toi Claude pour ce voyage lucide comme un "lettre persane" en pays d’ici.