On fera dans le bref car Christian Rivot est passé comme un météore. Dans le début des années 80, je reçois, à la rédaction Ouest-France de Saint-Lô où je tenais une chronique poésie, une revue assez artisanale encore : l'Ortie et quelques opuscules de son directeur : Christian Rivot. Au milieu des piles de recueils souvent insignifiants que je reçois alors, cet envoi me marque à tel point que je prends assez vite contact avec le poète que je sens très proche. Avec Ghislain Gondouin, Jean Paris et quelques autres nous avons formé notre petit cénacle. Rien d'opportuniste ici : l'amitié simplement loin des cercles parisiens. J'avais même présenté le poète dans un colloque national sur la poésie à l'Université de Caen. Ce jusqu'à ce que Christian publie La Moire, fort bien présentée par un "après coup" de Pierre Dhainaut, aux éditions "Poésie Clandestine". L'Ortie, qui en était au numéro 16, prenait alors une dimension importante... Et puis ce fut le silence, un silence implacable.
Je continue de penser que La Moire fut un recueil injustement ignoré par les critiques et les cuistres de service, un recueil important, et que l'écriture et le travail de Rivot, qui était aussi plasticien, restent à découvrir.
Je donne à lire ici deux extraits du recueil.
Quant à Christian Rivot, Castrais d'origine, il est bien vivant.
Contact : c.rivot@wanadoo.fr
PRISME
un mot peut-être
mais vertical
coupé bas
testiculairement happé
mot dit
là
seul
et toi
debout
si tu trembles
°°°°°·
part nulle
la parade est figure
le mot dément
en quête de modèles
lui
tourne
à ses rythmes
quelque peu de liberté
dans le jeu du même
et de l'autre
facettes à s'y prendre
où la parole va
muqueuses pâlies
d'avoir trop forcé le silence
et encore les restes
pour te parler d'un corps
croire aux cathédrales
°°°°°
amorcé par ce marmottement des lèvres
qui delà les mots
risquèrent le bord
l’illisibilité du poème
sa volte-face
cette épaisseur de terre
gavée de larves
°°°°°·
silence mouvant
où quelque chose souffre
d’être là sans pouvoir donner
sa mesure de lettres
taisez-vous poètes !
la mort parle
mieux que vous
°°°°°·
pourtant
plutôt que le silence
ce poids de la main
oeuvrant toujours sur le risque du bord
s'agrippant aux derniers repères
d'un jeu de langue
que nulle terre ne boit plus
où du poème ne figurent
que quelques éléments épars
traces d'ombres
dont nous sommes la proie
***
DERNIERS RETRANCHEMENTS
à Ghislain Gondouin
écrire à perte
si tel était le risque
oser la demeure
ici de mots
la seule pénétrable
le poète sera impliable
faut-il qu'une ferveur
quelque part
nous sauve de la dérive
°°°°°·
il faudrait ouvrir
ne plus être
que source en la langue
ne pas prendre la parole
mais entrer
se soumettre
demeurer en lettre
rendre le monde
habiter
la douloureuse certitude
au risque de tout perdre
°°°°°·
attendre
que tant d'images se posent
pour le site d'un mot
peut-être rien
alors ce rien
là
comme ce serait autre chose
moi déjà plus
°°°°°
ouvert sur le supplice
à répéter
le creux
le passé n'appartient pas
la virginité fut pour d'autres
déjà volé avant
le commencement
°°°°°·
il n'aura
que la béance
le nom de l'autre
sans espoir de retour
sinon d'en mourir
maintenant
°°°°°·
trop dire
serait refermer
mais il est debout
et il va
nul ne sait où
sinon là
l'infinie traversée du même