Ne cherchez pas Alberto dans les anthologies. Ce plasticien, originaire du Chili, et qui se considère comme un "poète amateur" (belle humilité) est tout simplement vrai. Cela me suffit.
Contact : alberto.cuadros@wanadoo.fr
"Puisse mon sang
Resté là-bas
rejoindre un jour
Ton âme"
Alberto Cuadros
Le Cordonnier
Il est mort seul
Une nuit
Un chien solitaire
Accompagna son âme
Dans la transmigration
Vers le nouveau monde
Ses souliers alchimiques
Réparations de toute une vie
Restèrent en silence
Immobiles dans la terreur
De l’absence
Ses yeux clairs et vifs
Ses longs cheveux noirs
Son visage carré fascinant
S’envolèrent vers la clarté
Des pas perdus
Il portait son plus beau costume
Mais il marchait pieds nus
Sa veuve eut des regrets
Officiels
Un cahier
Un crayon à papier
Une vieille photo d’identité
Le bruit d’une rafale dans la mémoire
Du Temps.
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Le Fusillé
Dans une coupe de poison
Je voudrais verser du vin
Pour adoucir la frontière
Entre les deux mondes
Sur ton ombre abandonnée
Là où tu as laissée la vie
Empourprée par la poudre
Des balles
Un œillet éclot à la place de ton cœur.
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Le désert dans les ténèbres
J’ai creusé avec mes mains
Le sol aride et ingrat du désert
A la recherche de ton corps
De la vérité sous le sel momifiant
La peau et la chaire de l’homme
Mon sang se confondit au sable
Dans un magma de peur et de palpitations
J’ai gratté les entrailles de la Terre
A la place de ton corps une fumée s’éleva
Une spirale grisâtre se répandit dans le ciel
Aspirée dans la dureté de l’hiver
Puis le néant prit possession de la matière
Ta tombe vide je suis reparti
Vers les bobines les engrenages les roues métalliques
De la ville de Calama
Dans chaque cellule de mon être
Ni la lumière ni le son n’ont plus de frontières
Il fait nuit
Okori chante l’obscurité
Puisse mon sang
Resté là-bas
Rejoindre un jour
Ton âme.
****
La lumière et le sang
Elle me donna la lumière
de son sang
et son sang
Le battement de son souffle
mes souliers vernis
l’alchimie d’une photo
De ses mains elle modela la farine
j’ai hérité son pain
la direction du vent
Elle me donna la lumière
le charbon
le maïs grillé
Elle me révéla la face secrète
du miroir d’argent
et son gémissement
Le baume dans les feuilles de la mémoire
les quatre saisons
et la danse du laurier
Elle m’initia au bois et au crayon
à l’ardoise
la géométrie
Elle déchiffra pour moi l’Arc en Ciel
le mystère du sable
la boussole du temps
Ma mère Tina Liberona se répandit
dans la voie lactée
et depuis ce jour
Les étoiles peignent l’aurore avec sa chevelure