Guy Allix, poète

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Le bonheur à l'œuvre chez Guy Quidu

ou

la voix de l'arbre

 

 

On ne sort pas indemne de l'œuvre de Quidu : on en sort plus riche d'un voyage, plus riche d'une caresse. Elle vous transporte dans ses courbes et ses volutes comme en un vol d'oiseaux. C'est qu'il ne s'agit plus là simplement du travail de la matière ou encore de formes. Il s'agit plutôt de cette vie retrouvée (parce qu'attendue). Guy Quidu ne donne pas forme au sens où on l'entend habituellement. Donner forme c'est en effet trop souvent torturer la matière, la nier même. L'œuvre de Quidu retrouve simplement l'appel de cette matière vivante qu'est le bois et qui, après tout, n'a pas forcément besoin de la main de l'homme pour prendre forme. L'arbre ne nous tend-il pas ses bras pour autre chose que la torture ?

 

Les ciseaux de Quidu donnent forme non au bois mais à cet appel de l'arbre. Ils viennent l'accomplir et c'est ainsi que la matière participe au geste du sculpteur plus qu'elle ne s'y oppose, c'est ainsi que la matière devient complice et sensuelle, que la matière devient vivante. On pourrait évoquer ici la fable de Pinocchio par Collodi. Dans cette fable, on le sait, Gepetto a sculpté un morceau de bois qui parlait, et il a donc donné vie à Pinocchio, il a donc donné forme à cette voix. L'œuvre de Quidu, c'est bien cette forme redonnée à la voix de l'arbre et c'est en cela que chacune des sculptures est comme habitée.

 

Habitée par l'étrange, par des visions fantastiques (proche en cela de Jérome Bosch parfois comme dans la Balade du poireau), habitée par le temps (comme dans le Portrait du temps justement), habitée surtout d'une vraie sensualité qui donne à penser que chaque coup de ciseau n'a été qu'une caresse érodant le bois jusqu'à retrouver le pur mystère, la vraie peau du monde. Une peau qui ne peut être qu'une peau de femme. C'est bien souvent une femme en effet qui se profile dans ces courbes comme en ce Symbole qui rappelle étrangement toute cette tendresse portée par la Venus de Brassempoui ou celle de Lespugne.

 

De même que la forme n'est pas simplement chez lui œuvre de la main à charrue, le symbole n'est pas, chez Quidu, œuvre de la main à plume, il n'est pas œuvre non plus d'un de ceux que Nietszche surnommait les eunuques. Si méditation il y a, c'est une méditation des sens au Carrefour de l'abandon, une méditation de la chair et de la main caressante (de la main "rêveuse" ou "œuvrante" chère à Bachelard). L'œuvre justement appelée Méditation ne réinscrit-il pas, dans l'épure et une fraîcheur renouvelée, la puissance du désir de l'homme pour un corps de femme ?

 

C'est ainsi que l'œuvre de Quidu, retrouvant la voix de la matière, nous redonne au monde et à nous-mêmes, nous devient essentielle comme l'amour, ce Partage et plaisir des sens. Ce bonheur retrouvé.

 

Guy Allix, catalogue d'exposition, Saint Jean de Daye, 2000

 

Guy Quidu travaille le bois plius de 40 ans, il habite Le Queillet à La Graverie    14350 France.