Guy Allix
Maman,
j’ai oublié le titre
de notre histoire
(livre inclassable...)
Ce petit livre inclassable continue lentement mais sûrement son chemin. Il surprend certes ceux qui rangent les livres dans les tiroirs caisses cartésiens de la littérature mais il accroche aussi des lecteurs attentifs. Je viens ainsi de recevoir, plus d'un an après la parution de Maman, j'ai oublié le tire de notre histoire, une très belle lettre de Frank Lanot qui, sans aucune flagornerie et avec un souci d'exigence tout amical, partage par des mots bien nourris son voyage dans mes instants d'enfance. Voir en fin de page.
Janladrou
Librairie-Galerie Racine
Mai 2008
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Alors, en un instant, je vis l’horrible. Un geste de folie et de désespoir. Maman avait passé son poing droit à travers l’une des vitres qui explosa littéralement.
Et le bras nu de ma mère était tout explosé aussi. Trois grandes entailles apparurent… et disparurent en quelques instants sous le sang qui pissait.
(…) Jamais je n’aurais cru qu’il pût y avoir autant de sang dans une maman (…)
Maman a été « recousue » et elle est revenue assez vite avec ses trois grandes cicatrices qu’elle a, bien sûr, gardées jusqu’à la fin de ses jours, comme un précieux trophée de ses guerres à elle. De ces guerres dont elle se serait bien passée. Comme nous quatre.
Comme moi avec ce livre.
Oui, j’aurais bien aimé ne jamais voir, ne jamais vivre, ne jamais devoir écrire cela.
C’était là la seule clef. La clef que Maman n’avait pas.
Au bout du compte, je n’arriverais jamais ni à recoller les morceaux, ni à éponger tout ce sang.
Je n’arriverais jamais à retrouver ma voie, à regagner la rive.
(extrait de l’ouvrage)
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Réactions
Il me plaît de mêler, ici, les anonymes et des signatures plus illustres dans le partage d’une émotion, loin du tumulte parisien et de ses mirages.
"Fragments d’enfance, enfance en fragments
On pourrait croire les personnages invraisemblables, inventés pour la bonne cause de la littérature. Mais le jeune Galibot de ce livre entêtant et émouvant est aussi son auteur, lézardé par les malheurs familiaux qui assombrissent sa vie d’homme. Guy Allix cherche à comprendre qui était ce Galibot de ses jeunes années tourmentées passées dans le Nord. De réminiscences sourdes en aveux douloureux, c’est un autoportrait sans fard. C’est aussi et surtout l’histoire d’une échappée par l’écriture que raconte en filigrane Guy Allix, dans ce texte intime, plus directement engagé dans la réalité de sa propre expérience.
Pour ce poète réservé qui se ressource dans le dépouillement, cette mise à nu est un exercice périlleux. Dans un changement apparent de registre, il convoque ses souvenirs comme une ultime épreuve. On sent bien combien ces remontées de magma intérieur lui sont fondamentales. On y retrouve la sincérité qui est sa marque en poésie. Pas facile de raconter sans pathos des souvenirs à vif, des fragments d’enfance en demi-teintes. On frôle souvent l’imminence de l’effondrement. Mais il n’en est rien. Par son ironie douce-amère, Guy Allix sait maintenir la distance nécessaire. Il ne cherche pas à émouvoir et avec drôlerie, réalisme et perspicacité tient la mélancolie comme l’aigreur à distance.
Sans complaisance, il construit peu à peu sa réalité à la manière d’un puzzle pour pouvoir enfin affronter des parenthèses mal fermées et « regagner la rive ». Il renonce au simple déroulé personnel d’une histoire chronologique et s’inscrit en faux contre ce leurre biographique. Il puise à la source, à la vie elle-même. Dans ce récit, l’enfance existe simplement comme un point de départ qui se décline en fragments. Car les moments décisifs qui marquent toute une vie se produisent bien dans l’enfance et la jeunesse, même si on ne s’en rend pas compte sur le moment. Il est question de mémoire et de famille, d’absence (de père), du lien maternel indéfectible, d’existence précaire et de débrouillardise au quotidien. Et des bleus des souvenirs qui les escortent. Ce livre est un retour en terres enfouies, en émotions oubliées, nourries d’aveux et d’angoisses, qui redonne à l’enfance une innocence brutale. De ces pages perce la volonté de comprendre sans s’appesantir le mystère de l’identité et de la connaissance de soi. Il en ressort un alliage de rugosité et de finesse, de noirceur et de générosité, de violence et de sensibilité.
L’enfance demeure à jamais pour Guy Allix un pays perdu où se dessinent des souffrances tues et des chagrins indicibles. Un paradis maléfique qui charrie ses blessures : absence de père, famille déclassée, pauvreté, inhumanité et injustice réservée aux gens de peu.
Afin de donner sens au temps passé, Guy Allix égrène des émotions, redonne vie au fugace, à des instants où espérance et douleur se livrent bagarre. Derrière ces neuf fragments fondateurs, à la manière d’une naissance, se dévoile un garçon avide de connaissances, intrépide casse-cou, passionné de vélo et de cyclisme, déjà en quête d’un chemin exigeant. Dans ces fragments de vie, Guy Allix laisse émerger les sensations physiques. On sent la prééminence du corps au plus près des émotions. Ce récit des sens ressuscités est aussi une mise à nu de l’âme. C’est pourquoi il paraît très proche, très humain. Le portrait de Galibot en révèle surtout un autre en leitmotiv, celui de sa mère, porteuse de tendresse incomprise, de générosité et de fantaisie.
Malgré la noirceur, c’est un récit lumineux par l’humanité et la tendresse qu’il dégage, l’énergie qui l’habite. C’est, ultime paradoxe, un vrai hymne à la vie et aux merveilleuses ressources que chaque être humain a la capacité de convoquer. Guy Allix a gardé de cette enfance difficile une précieuse aptitude à la survie, une lucidité essentielle formatrice d’un tempérament hors-du-commun. La souffrance renforce quand elle n’abat pas. « C’est la précieuse précarité qu’il m’a été donné de comprendre » confie-t-il au détour d’un récit.
C’est cette capacité de résistance et d’espérance qui domine en fin de compte. Si la littérature a un pouvoir, c’est celui de nous aider à tenir debout, à rester en vie. "
Marie-Josée Christien, à paraître
Dans une belle prose, le poète Guy Allix étonne et surprend même ceux qui croyaient le bien connaître. Ses souvenirs de quelques maux de son impossible enfance s'en vont de l'autre côté du miroir avec une franchise rude et cependant courageuse. Entre René Fallet et Poil de Carotte, Guy Allix nous avoue de l'inavouable. Les images restent exactes et fortes, la chasse « maraudeuse » de la mémoire réserve des surprises pathétiques et des injustices flagrantes qu'il faut dépasser sous peine d'en mourir. Mais la tendresse ne rend jamais les armes et lui préfère des larmes cachées. C'est à lire comme un aveu pathétique qui inspire le respect.
Jean-Luc Maxence, Les Cahiers du Sens 2009
[…]. Il sera dès lors passionnant de découvrir la magnifique relation que donne Guy Allix des ignorances encore présentes à l'âge adulte chez une mère plutôt affranchie par ailleurs, mais guère plus au courant d'autres étapes somatiques au féminin.
[…]
Guy Allix, poète français du Nord, rapporte quant à lui dans Maman, j'ai oublié le titre de notre histoire (2008) une enfance marquée par la pauvreté et, singulièrement aussi, la « petite vertu » d'une Maman par ailleurs parfaitement humaine et attachante. On voit d'ici les états d'âme traversés par le malheureux gamin, déjà non désiré (et qui le sait) et cependant conquis par la quotidienneté combative menée par sa génitrice. Le rejet rencontré ailleurs, encore accentué par la naissance plus tardive d'un enfant trisomique, donne lieu à d'ingénieuses parades, souvent attendrissantes, pour « s'en sortir ». Heureusement, il y a le vélo (le livre est dédié à Le Clézio et à la mémoire de Jacques Anquetil) et tout ce que l'inconscience de l'âge peut créer d'aventures pour égayer l'ordinaire des jours !
La pilule n'existait pas encore et elle était donc amère pour ces femmes qui avaient eu le malheur d'aimer un homme « interdit » ou un de ceux qui passent très vite ; (p. 33) [...] On peut toujours donner des leçons. Traiter mo mère de mère « indigne ». Mais une mère indigne qui aura élevé, avec les moyens du bord et contre vents et marées, les quatre enfants qui restèrent, finalement accrochés à son ventre. […] Maman misère... Je t'écris aujourd'hui comme si tu étais lit encore, toi coi us décroché, depuis déjà bien longtemps, de cette vie que tu as toujours bue sanas sucre, comme lu le disais. (p. 35)
Temps de foncières fragilités par l'impécuniosité, sans doute, mais aussi cette aberrante ignorance issue du silence imposé sur les choses dont on ne parle guère. Le chapitre « la ménopause » en est l'illustration indéniable.
Le petit « bâtard » - car il en était un, tout comme Robert Goffin déjà cité - accumulait un trésor de découvertes intimes. Je préférais, comme je l'ai déjà dit, /es garder toujours pour moi seul sachant que « ce n'était pas beau de faire cela », qui, ça rend sourd..., une conviction que partage nativement, dans son érudit dictionnaire, le grand Littré : toujours les relents d'une époque.
Maman attendait un nouvel enfant. Elle m'annonça donc que, depuis deux mois, elle ne « voyait plus rien ». Moi, j'avoue que .je ne comprenais pas trop. Elle n’avait quand même pas l'air bien aveugle [...]. Elle ajoute alors qu’elle perd aussi du lait et que finalement elle en est sûre : elle est enceinte. […] Va donc pour le mariage et advienne que pourra. De toute façon, ça ne pouvait guère être « plus pire ». […] Au moins, même si elle continuait de vivre dans la détresse, elle serait mariée…
Quelque temps après, je vis Maman partir sur la bicyclette familiale de mes exploits futurs. Elle revint une heure plus tard environ. Elle, qui « ne voyait plus », avait pourtant bien rencontré le médecin. Et elle en était toute retournée. Et pour cause puisqu'il lui avait annoncé qu'elle n'attendait pas d'enfant, qu'elle n'avait plus de crainte à avoir de ce côté puisque c'était son « retour d'âge », comme on disait alors. Ma pauvre Maman n'avait seulement jamais entendu parler de cela ! Il, faut dire que, chez ses parents, on ne devait pas causer « sexe » à tous les repas […] Les choses s'apprenaient « sur le tas », on voudra bien m'excuser cette expression, et ce tout au long de la vie. » (pp. 49-51)
Je n'ai rien d'un freudien « pur jus » mais il est incontestable que les récits rapportés par trois auteurs quant à l'éducation - très différente par le temps, le lieu, la condition sociale toujours précaire - sont singulièrement marqués par les conceptions invasives ou sous-jacentes de la sexualité, régnant il est vrai dans un contexte multi varié fait aussi de drames de la pauvreté et de bouleversements sociaux.
Presque absente du premier récit, cette dimension y est cependant implicite par le silence dont elle s'y entoure, et par le célibat à peine effleuré et quasi naturel chez le héros victime de la vision pessimiste ambiante.
Sa place grandit dans le second livre, où elle revêt une franchise grandissante mais servie par une extrême délicatesse des propos, bien éloignée de la complaisance étalagiste de notre temps. La ruralité joue là un rôle incontestable, apportant une singulière vérité et franchise au vécu du personnage central.
Elle devient plus centrale dans la troisième « histoire », celle dont l'auteur dit avoir oublié le titre, mais y garde sous la rudesse des mots une identique tendresse et un absolu désir de lui conserver sa part de foncière humanité et de fierté, sinon d'humour, face à la prétendue déchéance.
Trois arrêts sur l'image pour trois générations successives de formes d'éducation à travers la dureté des temps respective.
Il était important qu'au-delà des analyses sociologiques, des écrivains et des conteurs puissent rendre compte d'éducations européennes rencontrées au xx° siècle, et de conditions de développement personnel qu'on ne reverra pas, sinon sous des formes tellement éloignées qu'elles gagneront, quelque jour, à connaître celles des précédentes décennies.
Pierre Guérande, extrait de « Educations européennes : Armand Bernier, Joseph Bodson et Guy Allix : trois évocations du cadre de vie dans les classes laborieuses au XXème siècle », in « Francophonie vivante » n° 2, juin 2009
« J’ai reçu votre livre ce midi et terminé ce soir… Histoire émouvante, poignante et tellement bien écrite…
Je suis très touchée et émue par l’histoire de votre vie… Je ne m’imaginais pas que vous aviez pu vivre tous ces moments.
Ce soir, j’ai beaucoup de mal à trouver mes mots… Sans doute l’émotion…
Ce chapitre sur votre petit frère m’a bouleversée… Enfin je pense que c’est un tout.
L’émotion m’a envahie plusieurs fois au fur et à mesure que j’avançais dans la lecture.
Je suis bouleversée ce soir mais tellement heureuse de vous connaître encore mieux. C’est une impression bizarre, ressentir à la fois de la tristesse et du bonheur.
Même si les mots sont difficiles ou que ma façon de m’exprimer n’est pas très facile à comprendre, je tenais à vous féliciter pour ce chef-d’œuvre.
Un livre que je prendrai plaisir à relire et où je suis certaine que l’émotion sera tout aussi grande qu’à la première lecture »
Catherine (courriel)
« On a aimé lire : Maman, j’ai oublié le titre de notre histoire, nouvelles autobiographiques de Guy Allix. Un douloureux voyage en enfance et adolescence pailleté d’un humour naïf. 9 courts récits où la sensibilité, la fragilité de Guy explosent l’économie des mots, la sobriété des phrases. »
Jacques Renou, Bulletin de l’Atelier de Groutel
« Quand on reçoit un livre et qu'on en a beaucoup sur la table, on commence par le renifler. C'est ce que j'ai fait avec le tien pour ne plus le quitter quand j'ai entendu évoquer la frontière belge, le borinage, les terrils. Ma propre jeunesse s'est déroulée là, un peu plus bas, dans la Forêt de Mormal, non loin du "Caillou qui bique" de Verhaeren . A une époque plus ancienne toutefois où l'électricité n'existait pas et où on s'éclairait à la bougie ou au quinquet.. C'est dire que j'ai mordu dans ton livre à pleines dents. C'est le récit d'une enfance mal gâtée, écrite sans fioritures avec un brin de candeur puisque c'est un enfant qui s'exprime. Avec parfois l'impudeur de la jeunesse : "le phimosis" est une réussite. Je comprends le plaisir que tu as eu à repenser ces années de misère. La jeunesse est un capital, c'est sur ce socle que se bâtit la suite. »
Jean L’Anselme (lettre)
« Bravo au Galibot errant pour ce merveilleux et poignant moment de vérité
J'admire la justesse et la beauté de ton écriture.
Un grand merci pour ces trop courts instants de pureté. »
Amitié
Thierry (courriel)
« J’ai lu ces « mémoires » avec un très grand plaisir. Vous avez évoqué avec émotion et parfois humour les événements les plus marquants d’une enfance partagée entre la dure réalité et les rêves, les espoirs où l’imaginaire occupe une belle place. Vous avez su adopter le ton nécessaire de telles confidences, sans pathos, ni misérabilisme mais avec courage et lucidité. Je ne connaissais pas votre « passé » mais c’est attachant et incite le lecteur à en apprendre davantage. L’écriture de ces pages a dû vous demander beaucoup de forces, parce qu’il n’est pas aisé de mettre au clair ce que l’enfance véhicule de souvenirs, douloureux ou incertains. »
Max Alhau, (lettre)
« J'ai reçu hier ton livre Maman, j'ai oublié le titre de notre histoire. Et j'ai tout lu d'un trait. Eh bien, je te tire mon chapeau , pas seulement parce que ton livre est rempli d'humour et de tendresse ; pas seulement parce que sa structure est habile , pas seulement parce que tu fais revivre une époque âpre et impitoyable , mais parce que tu prouves que l'individu peut être plus fort que la peine et le desarroi, plus fort que la bêtise et l'indifférence et de la plus belle façon qui soit ; par l'art , par la création . C'est pourquoi , je dirai que tu te trompes quand tu écris : "Au bout du compte, je n'arriverais jamais à recoller les morceaux, ni à éponger tout ce sang".
Bien sûr qu'il y a ta douleur , bien sûr , mais il y a cette grande tendresse que tu prodigues ; cela , n'est-ce pas avoir remis sur pied l'humain ? »
Isabelle (courriel)
« Des souvenirs, oui, vivants, vibrants, mais qui ne le sont ainsi que grâce à une écriture aussi simple que possible, nue, et davantage que ce que l’on appelle des souvenirs d’enfance, un livre de compréhension douloureuse, une initiation à tout ce que tu as écrit, une clé pour t’approcher mieux. Merci. »
Pierre Dhainaut, (lettre)
Est-ce pour cela que Guy Allix a choisi la prose pour son dernier ouvrage, un recueil de nouvelles : Maman, j'ai oublié le titre de notre histoire ? Là, Guy Allix dit une enfance modeste dans le Nord de la France où pour vivre l'on tirait le diable par la queue. Une enfance restituée par fragments, juste quelques faits. Des morceaux de mémoire qu'on se trimballe toute la vie comme des billes dans les poches d'un gamin. Guy Allix a choisi ici d'en jouer quelques-unes. Pas les plus lisses, pas les plus brillantes. Elles sont abîmées ces billes de mémoire. Entachées de honte, de douleur, de regret. En revient-on jamais de ces enfances douloureuses ? L'écriture peut-être fraye un chemin. Aide à nommer une histoire dont l'enfant a oublié le titre.
Natalie Colleville, Livre/échange n° 44
Le poète Guy Allix ( parution récente : « Le poème est mon seul courage », éditions Le Nouvel Athanor ) nous livre ici des confidences douloureuses sur son enfance. Il est difficile d’en parler, car il faut se garder de déflorer ce recueil de nouvelles en détaillant les thèmes abordés. L’auteur les écrit en maintenant une certaine distance, voire un certain humour (un exemple de calembour triste : « le beau-pire » pour le beau-père) . L’émotion cependant perce à chaque page, car Guy Allix nous communique, en les faisant revivre, ses angoisses de petit garçon.
Ce livre, ainsi que le titre « oublié » est avant tout un hommage à la mère, à son courage pour endurer les épreuves traversées. En cela, ces récits autobiographiques me font penser au
roman de Marguerite Duras « Barrage contre le Pacifique » où la mère était clairement victime de l’affairisme de l’administration coloniale dans l’Indochine de l’époque. Ici, la mère du futur poète est la victime d’un système social dont les acteurs bardés de certitudes morales ne font rien pour l’aider, bien au contraire.
Ce livre surprend à chaque page, en ménageant un suspense lié au vécu de l’enfant. On en garde un goût d’amertume et une grande sympathie pour son auteur dont la sensibilité à vif ne peut que nous toucher.
Eliane Biedermann (Interventions à haute voix)
J'ai quand même pris le temps de lire "Maman...."pas facile de mettre en mots ton histoire mais on te suit, captivés, mesurant avec admiration le parcours que tu as suivi.
Amitiés
Sylvie
C'est l'histoire d'un livre reçu, rangé, égaré, disparu, et aujourd'hui - magnifiquement - retrouvé.
J'ai lu, dans l'ennui morne d'août imbécile, Maman, j'ai oublié le titre de notre histoire : d'une seule traite, sans pause, ni halte.
C'est un très beau livre.
Un livre fort.
Fort par l'émotion qui le sous-tend, et surtout, par celle qu'il engendre.
Fort par l'audace, par le courage qui l'anime : tu affrontes la "corne de taureau", comme le dit si puissamment Leiris.
Tu regardes le taureau en face et tu livres le combat. Chapeau, toréro !
Bien sûr, c'est un livre-délivrance, un livre catharsis. Mais que vaut la catharsis de l'auteur si elle ne sert qu'à lui ? Il y a dans ton texte une mise en je(u) qui concerne autant celui qui écrit que celui qui lit. Même si ton histoire n'est pas la mienne - elle est même radicalement différente -, nos deux "moi" "souffrent dans les mêmes liens". Je me reconnais dans ton aventure, à la fois constructible et scripturale.
Et je t'admire d'autant plus que je n'aurasi pas pu faire ce travail - étymologie délicate...
Je reviens à Leiris : ce petit livre (le tien) est ton Age d'homme. Je trouve à ton texte et à celui de Leiris une fraternité : vous avez choisi l'un et l'autre l'écriture en miettes, l'éclatement, le puzzle. En d'autres termes, le refus d'une construction linéaire, le refus d'une illusion réorganisatrice. La vie est faite d'instants. Notre vie est si peu chronologique...
J'en finis avec Leiris : lui, il est allé au bout de son espace littéraire. Toi, tu t'interromps trop tôt. J'aurais voulu 100 pages en plus, au moins ! Je sors de ton texte avec un désir : une attente d'approfondissement de cette quête. Creuse ton Germinal ! Explore davantage, pour nous, ce passage de l'enfance. Donne à voir. Donne à lire. Donne à vivre. Dans la même veine, le même filon : mais étoffe, accentue. Prolonge l'anabase.
Des reproches ? Oui : de surface. Ne te glose pas tant. Tu te regardes parfois écrire : c'est joli pour le texte, mais tu écornes le charme. On voit l'encre et la plume : je n'aime pas voir la main de l'artiste, je préfère le résultat de l'oeuvre. [...] Elague ! va au nerf !
On croule sous l'authentoc, sous le vécu bidonné : tu as, toi, un livre vrai, avec un ton, avec un souffle. Avec une intensité.
[...]
Frank Lanot, lettre du 14 août 2009
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