Guy Allix, poète

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Claude Held

 

 

photo Michel Foissier

 

 

Né à Paris en 1936. Vit à 10km d’Orléans.

 

Des textes ont paru dans une centaine de revues et d’anthologies; certains ont été lus à Paris, Bradford, Belgrade, Rome, Rotterdam, Casablanca.

 

Dernières publications aux Editions de l’Atelier des Grames, La Bartavelle, Jacques Brémond, Wigwam, L’Amourier, Gros Textes, Balthazar, Donner à Voir, Propos/2.

 

Des livres d’artistes ont été conçus avec les Editions de l’Eau, le Paravent, Balthazar, l’Atelier de la Dolve, Tête-à-Tête, Tarabuste, Les Ennemis de Paterne Berrichon, les Commun’arts, Tipaza et la Médiathèque du Pays de Cahors.

 

Des recueils ont été écrits en collaboration avec Jacqueline Held ainsi que des romans, du théâtre, des albums, des poèmes pour les jeunes.

 

On peut consulter les sites :

 

bibliographie : www.festrad.com/fichiers/psheld.html

présentation des ouvrages publiés ces dernières années :

                         www.propos2editions.net

                         www.amourier.com

traductions (poèmes de R. Garfitt, F. Horovitz, T. Holm, R.A. Cabrera et F. Scotto) :

                         boudully.perso.cegetel.net/poesiprenlang.htm

 

Claude Held est en poésie simplement, un peu comme un enfant est au monde. Oui, il peut être gauche comme un enfant, c'est-à-dire être là au plus près des choses et du grand murmure de la vie. Un autre regard habite cette parole.

 

 

 

 

Pouvoir être gauche comme un enfant. Pouvoir dire: il y a un oiseau et un arbre et un ciel et l’oiseau est vert parce qu’on l’appelle pic-vert et il vole et il voit l’arbre et il se pose et il aime être là sur l’arbre et l’arbre lui caresse les pattes et le paysage est pour lui et il a un cri rauque un cri désarticulé et il chante mal parce que le paysage lui fait mal et il aime le paysage et le paysage est un champ labouré noir autour et après le champ il y a une plaine et la plaine est contre un bois et le bois avance doucement par petites touffes presque transparentes et on est en hiver et on regarde parce qu’on est là et on ne dit rien on regarde et il y a un panneau publicitaire sur le bord de la route et un autocar s’arrête près d’un abribus et l’autocar est un zèbre rouge et blanc et il descend trois filles et deux garçons et ils sont petits vus d’ici et un chien jappe tenu en laisse et la personne au chien fait signe et les autres font signe et le chien jappe et saute parce que le chien ne sait pas attendre comme une personne et ils se rencontrent près d’un chemin et tous s’en vont vers les maisons près du bois et l’autocar repart sans faire de bruit et l’oiseau s’envole et nous on respire on parle on marche.

 

(Douze Promenades du Fou, La Bartavelle, 1991)

 

 

***

vallée de la Rouvre

(how to fish for trout)

 

l’eau qui court n’a jamais tué personne

(proverbe espagnol)

 

le faucon Wolfowitz arrive à la tête

de la Banque Mondiale

 

c’est une chance pour les plus démunis:

ils pourront toucher le fond

 

je suis le cours -

une pensée pour mon oncle

 

il marche dans la rivière

- une pensée pour la truite

 

une pensée pour Izaak Walton (1):

toi, Piscator, retiens bien mes leçons

 

et nous dans le courant

paisible, jamais paisibles

 

 

(1) Izaak Walton (1593-1683), the complete angler, 1653

 

(Lieux d’Orne et d’ailleurs, Propos2éditions, 2006)

 

 ***

 

bancs de sable... courant

 

 

 

ça va... ça continue... on a un sens... on distingue l’est l’ouest... sur une île basse les bûcherons ont débarqué... le sable réapparaît... une fumée monte... des gens se promènent... quelqu’un dit “à bien réfléchir”... je n’entends pas la suite... c’était l’expression qu’utilisait mon père... il a bien réfléchi puis il s’est tranché la gorge avec le vieux rasoir de tous les jours... les sternes se posent... se disputent une tache entre deux eaux... j’écris ça dans ma tête... tout à l’heure je copierai sur le parking à Combleux les fragments les restes... l’eau bute contre les pierres... certaines enfouies d’autres non... le ciel devenu bleu avance... parfaitement plat... au nord une plaine est labourée que des voitures traversent... plaine est inexact... trop de choses en fin de compte... c’est plein... c’est vide... c’est du temps rogné... c’est une peau sur le côté de l’ongle... on fera l’impossible... on sera une personne... les sternes ont une blancheur longtemps... Hölderlin aurait pu être un oiseau... faut-il faire des phrases ?... faut-il parler ?... être parlé ?... respirer plus ?... respirer vraiment ?... à supposer que tu t’arrêtes... que ta phrase reste en suspens... devienne une question... où seras-tu dans le hasard dans le doute ?... on peut souhaiter avoir une quantité d’eau devant soi... une étendue d’une simplicité enfantine... avoir un fleuve pour soi... savoir jusqu’à quel point le regard et le fleuve existent... l’église de Saint Jean-de-Braye sonne le glas... ce sont quatre notes qui se répètent... et si peu tristes... qu’on aimerait rester là à les écouter... assis sur un banc... tandis qu’un cordon rouge et blanc en plastique mis là pour cause de travaux danse entre les arbres...

 

(inédit)